La philosophie de comptoir

Le vin monte à la tête de Michel Onfray


Comité des enseignants pour l’abrogation de la loi de 2004 (CEAL)

Interrogé sur le vin, l’islam et la France par La Revue du Vin de France (30 octobre 2015) Michel Onfray réussit le tour de force de produire 8 inepties en 4 phrases. Autant de preuves que plus rien ne contrôle son islamophobie, pas même le minimum de rigueur qui l’empêche de voir à quel point sa théorie du Grand Remplacement viticole est inconséquente.

La revue des vins de France a trouvé le moyen d’inclure une question sur l’islam dans son interview de Michel Onfray : Certaines religions comme l’islam, interdisent la consommation d’alcool, quelles questions posent ces pratiques religieuses qui tranchent avec la tradition viticole de notre pays ?

Qui n’attendait qu’une réponse tout aussi caricaturale :

"Tant que la France restera un pays judéo-chrétien, le vin sera libre. Si la France devait un jour ne plus être ce pays, son rapport au vin se modifierait ! L’Algérie a connu une époque ( de 1830 à 1962) où le vin était cultivé, elle en a connu une autre où les vignes ont été arrachées. S’il venait à l’idée du Qatar d’acheter Pétrus pour arracher ses vignes, peut-être serions-nous plus regardants sur le patrimoine que nous bradons désormais aux pays les plus offrants."

Il est temps de déconstruire point par point la réponse de Michel Onfray entre fantasmes islamophobes et apologie de la colonisation :

1 - « Tant que la France restera un pays judéo-chrétien... »

En fait, la France est un pays laïc. Confondre un passé chrétien avec une identité et/ou des racines est une ineptie historique et politique. Et accoler une identité juive à la France, c’est nier l’antisémitisme qui a marqué l’histoire de ce pays et qu’ont subi les juif-ves en France.

2 - « … Le vin sera libre »

En fait, la vente et la consommation du vin, comme de tout alcool, sont réglementées et leur liberté bornée. Le vin n’est donc pas libre (pour peu que cette phrase ait un sens, d’ailleurs), et ce ne sont pas les musulman-es qui en sont responsables.

3 - « Si la France devait un jour ne plus être ce pays... »

En fait, c’est déjà le cas, comme indiqué plus haut : la France n’est pas judéo-chrétienne. Mais Onfray évoque ici sans le dire le « Grand Remplacement » et fait l’hypothèse d’une domination de la France par des musulman-es. Même sous forme hypothétique, Onfray cautionne et relaie les délire paranoïaques, racistes et islamophobes de Renaud Camus, Michel Houellebecq, Eric Zemmour, Nadine Morano et bien d’autres.

4 « ...Son rapport au vin changerait. »

En fait, le « rapport de la France » au vin, pour peu que cette expression ait un sens, change constamment, sans qu’il y ait besoin de faire l’hypothèse terrifiée d’une domination politique par les musulman-es. Cela peut par exemple se faire sous le coup de lois bien républicaines et bien laïques qui visent la santé publique – ce qu’Onfray évoque lui-même dans la question précédente, où il critique la loi Evin.

5 « L’Algérie a connu une époque (de 1830 à 1962) où le vin était cultivé... »

En fait, cette période est celle de la colonisation française, où la culture du vignoble a été imposée aux Algérien-nes en leur volant leurs terres. Onfray entonne donc un nouveau refrain de la chanson de Michel Sardou « Le joli temps des colonies ». Tout en saluant de façon implicite le fabuleux travail civilisateur de la France venue apporter les bienfaits de la vigne et du vin, il masque le vol des terres, la violence envers les paysans, le déséquilibre de l’agriculture que ces pratiques ont suscitées. Mais qu’est-ce que cela vaut face au goût d’un verre de vin ?

6 « … Elle en a connu une autre où les vignes ont été arrachées. »

En fait, les vignes ont été arrachées surtout à partir des années 1970, en réponse aux menaces du gouvernement français qui menaçait de boycotter le vin algérien et aux tentatives de l’exporter à bas prix ailleurs, notamment en URSS. L’histoire viticole algérienne n’est pas déterminée par la religion, mais bien par la politique néo-coloniale de la France.

7 « S’il venait à l’idée du Qatar d’acheter Petrus pour arracher ses vignes... »

En fait, Onfray imagine les hommes d’affaires du Qatar si abrutis qu’ils achèteraient des vignobles non pour faire du profit, mais pour empêcher les braves Français.es de boire du vin. Vous croyiez qu’un philosophe répondait à des questions sur le vin, vous avez en fait un mauvais scénariste de films d’espionnage franchouillard et raciste.

8 « ...peut-être serions nous plus regardants sur le patrimoine que nous bradons désormais aux pays les plus offrants. »

En fait, 2 % du vignoble français en moyenne sont détenus par des étranger.ères, avant tout chinois.es, britanniques, suisses, américain.es, allemand.es, néerlandais.es. On peut trouver que c’est peu ou que c’est beaucoup, que c’est le signe de l’attractivité de ce secteur ou une menace pour le patrimoine français. Mais au vu de la diversité des nationalités des acquéreurs du vignoble réel, on est en droit d’interroger la pertinence de l’hypothèse imaginaire prise par Onfray : le Qatar, censé illustrer l’iresisitible conquête de l’islam de nos contrées « judéo-chrétiennes ».

PS : Les bêtises islamophobes d’Onfray ne doivent pas faire oublier la responsabilité du magazine dont la question était sans ambiguïté possible stigmatisante.

Contre-attaqueR

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