Honte internationale

Amani Al-Khatahtbeh, membre du jury du Festival Cannes Lions, victime d’islamophobie à l’aéroport de Nice

La rédaction /

La rédaction

Dans un post publié ce vendredi 16 juin 2017, Amani Al-Khatahtbeh, créatrice et éditrice du magazine en ligne Muslim Girl, raconte l’humiliation qu’elle a subie à l’aéroport de Nice. De passage pour assister au festival Cannes Lions, où elle est attendue en tant que jury, la journaliste étasunienne a été forcée de retirer son foulard et a dû composer avec l’islamophobie manifeste de plusieurs agents. Pourtant, aucune réglementation ne justifie la demande de retrait du voile. Amani Al-Khatahtbeh se réserve ainsi le droit de saisir la justice. Un nouvel abus qui risque d’écorner davantage encore l’image de « patrie des droits humains » que la France a tenté de se forger à l’étranger.

Nous publions ci-dessous la traduction de son témoignage.

« Je tremble en écrivant ces mots. Je viens d’atterrir à Nice, en France, où je participe au festival Cannes Lions en tant que jury, et avant même d’avoir pu fouler le sol français, j’ai failli être expulsée. J’ai tellement peur que le policier qui m’a fait ça se sente pousser des ailes et recommence avec des femmes musulmanes encore plus vulnérables que je voulais partager cette histoire, dans l’espoir que ça puisse changer quelque chose.

D’abord, le douanier a refusé de tamponner mon passeport tant que je portais mon voile, et ce alors même que sur ma photo de passeport j’apparais voilée...il m’a alors conduite vers un policier qui m’a amenée dans une station de police isolée, située dans l’aéroport. Là, alors que je lui demandais les raisons pour lesquelles je devais retirer mon foulard s’il n’y a pas de problème de sécurité, il n’a cessé de me répéter, non sans perversion : "vous êtes en FRANCE et en France, je dois voir vos cheveux !". Quand je lui ai rétorqué, de manière très ferme, qu’il ne verrait pas un seul de mes cheveux, il est devenu extrêmement hostile et agressif avec moi, insistant sur le fait que c’était la LOI. Je lui ai donc dit que c’était d’accord mais que je ne montrerai mes cheveux qu’à une policière, pas à lui (même si je sais que c’est TOUT AUSSI DÉGRADANT puisqu’il est ÉVIDENT que la SEULE raison pour laquelle ils voulaient voir mes cheveux était de me "remettre à ma place", en tant que musulmane.) Après avoir retiré mon voile devant la policière, dans son bureau, ils ont tamponné mon passeport et me l’ont rendu. PUIS, J’AI APPAREMMENT FAIT L’ERREUR DE DEMANDER AU POLICIER EN QUESTION SON MATRICULE. Il m’a, à nouveau, répondu de manière agressive ; je lui ai alors dit que s’il s’était bien basé sur la loi, il n’avait aucune crainte à avoir. C’est là qu’il a EXPLOSÉ et CONFISQUÉ MON PASSEPORT. Il m’a dit "tu demandes mon matricule ? Alors je prends ton passeport"...puis m’a immédiatement informée du fait qu’il me "renvoyait à New York."

À maintes reprises j’ai demandé à ce qu’ils contactent l’ambassade des États-Unis mais ils ont refusé au moins 10 fois. Durant tout le temps où je réclamais le numéro de leur bureau pour que je puisse informer mes proches, j’ai eu le droit à un défilé d’officiers me répétant avec mépris : "VOUS ÊTES EN FRANCE MAINTENANT, ON NE PARLE PAS ANGLAIS...ON EST EN FRANCE ICI. VOUS N’ÊTES PAS AUX ÉTATS-UNIS, ICI EN FRANCE, ÇA SE PASSE COMME ÇA.", "ELLE DOIT PARLER FRANÇAIS". Ils avaient déjà contacté Delta Airlines pour coordonner mon retour immédiat vers New-York en passant par une correspondance à Tunis. C’était avant que je leur précise que JE SUIS JOURNALISTE, MEMBRE DU JURY DU FESTIVAL CANNES LIONS, QUE DES GENS ALLAIENT FORCÉMENT DEMANDER DE MES NOUVELLES ET QUE J’ÉCRIRAI SUR CE QU’ILS M’ONT FAIT VIVRE. Ils ont alors appelé quelqu’un à la direction de Delta, ou quelque chose comme ça et lui ont dit en français "on a cette journaliste ici...". Elle a tenté de jouer la "médiatrice" en me disant de fermer ma bouche si je voulais quitter l’aéroport. Elle a insisté pour que je me taise alors que les policiers me provoquaient avec des phrases du type "VOUS AVEZ DEUX POSSIBILITÉS : VOUS ALLEZ VOUS TAIRE OU VOUS ALLEZ CONTINUER À FAIRE DES PROBLÈMES ?" Il avait BESOIN de me remettre à ma place. Recontextualisons : tout ça est arrivé parce qu’ILS M’ONT FORCÉE à retirer mon voile sans aucune autre raison que "ON EST EN FRANCE" et que le policier responsable de cet abus n’a pas supporté que je demande son matricule. Alors je le dis : C’EST UN POLICIER DE L’AÉROPORT DE NICE ET SON IDENTIFIANT EST LE
#1096515.

Par le biais de mes chroniques, je vous informe régulièrement sur tout ce que je subis en tant que femme musulmane vivant dans un climat politique particulier ; parmi ces histoires, il y en a plusieurs qui concernent les aéroports justement, mais ce que je viens de vivre à Nice restera à jamais gravé dans ma mémoire comme un moment de pure déshumanisation et d’humiliation. Et ce n’est pas parce qu’ils m’ont finalement laissée rentrer dans leur pays raciste pour sauver leur place qu’ils sont tirés d’affaire. Ils n’ont eu que faire de la violation de mes droits, la seule chose dont ils ont eu peur c’est d’avoir à gérer des médias sur cette affaire. Je m’interroge sur les recours juridiques dont je dispose en France ; je ne me sens pas en sécurité et ce n’est pas le type d’accueil auquel je m’attendais, mais au moins j’ai ma plateforme et vous tous derrière moi.
S’il vous plaît, partagez ce post, faites passer cet effrayant mot, parce que j’en suis malade, j’ai envie de vomir à cause de ce qu’ils m’ont fait subir et je sais pour sûr que je ne suis pas la seule à avoir vécu de telles choses. J’ai tellement peur que le policier pense qu’il va s’en tirer comme ça et qu’il puisse reproduire ce comportement avec des femmes musulmanes plus vulnérables. Je ne peux pas accepter ça. »


Traduit par Sihame.

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