Régis Debray dans « Le Monde »

Dessiner librement, mais en tout respect


Natesh Ramasamy - Caricature Artist !!!

A l’occasion du colloque international sur la liberté d’expression organisé par Cartooning for Peace, Régis Debray rappelle, dans le quotidien Lemonde.fr daté du 21 septembre, que le droit à l’ironie et à l’irrévérence ne consiste pas à dire n’importe quoi.

Nous sommes mal placés pour donner des leçons à la terre entière, nous, les enfants de Rabelais, de Voltaire et de Wolinski. Les compagnons de Cartooning for Peace [l’association de dessinateurs présidée par Plantu] sont nos frères en résistance, face à la bêtise au front de taureau qui donne de la corne un peu partout, jusqu’au cœur de Paris. Accueillons-les fraternellement, mais sans jouer au père noble ou au tuteur.
La liberté d’expression, on est tous pour, et il n’y a rien de tel qu’un sonore « il est interdit d’interdire  » pour se faire applaudir par les copains, en vase clos. A l’extérieur, c’est un peu plus compliqué. Je jouerai au ronchon de service, avec quatre vérités assez désagréables à rappeler mais qui me semblent devoir l’être au cas où.

Premièrement, notre propre et belle et combien exemplaire liberté d’expression n’a jamais consisté à pouvoir dire ou montrer n’importe quoi à n’importe qui et n’importe où (en tout cas, pas aux enfants et sur la voie publique). Elle consiste, comme le dit l’article 4 de la Déclaration de 1789, « à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. Ainsi l’exercice des droits naturels n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces droits ne peuvent être déterminés que par la loi ».

De fait, la loi du 20 juillet 1881, avec ses adjonctions successives, n’a cessé de veiller sur les droits des autres, tant il est vrai que l’individu, même dans un pays hyperindividualiste comme le nôtre, n’est jamais seul au monde. Ces bornes sont connues, et multiples : apologie de crimes, incitation à la haine, injure, diffamation, outrage (notamment à l’hymne national), etc. N’y revenons pas. Notre liberté est réglementée, contrôlée par le juge et sous surveillance. C’est peut-être malheureux, mais c’est un fait.

Deuxièmement, pour la Cour européenne des droits de l’homme, la protection des droits d’autrui inclut le respect des convictions religieuses, lesquelles sont en effet d’une autre nature que des opinions. La Cour a inclus dans la longue liste de nos droits «  le droit à la jouissance paisible de la liberté de religion  », qui interdit que les convictions de tel ou tel groupe soient outragées ou blessées (arrêt Otto-Preminger du 20 septembre 1994). Une conviction est une opinion où la sensibilité s’implique et qui engage, à fleur de peau, le tout d’une personne.

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Contre-attaqueR

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