Il était une fois le salon de la femme musulmane du Val d’Oise...

Marwan Muhammad /

Marwan Muhammad

Directeur exécutif du CCIF, collectif contre l’islamophobie en France. Ancien conseiller spécial auprès de l’OSCE, en charge des questions de luttes contre les discriminations, dans les 57 pays membres de l’organisation.

Polémique autour du salon musulman du Val d’Oise, qui a été perturbé par l’irruption de deux Femen seins nus sur la scène d’une conférence du salon. Marwan Muhammad, conseiller spécial auprès de l’OSCE, en charge des questions d’islamophobie, livre son opinion.

J’assiste à la pathétique et énième polémique à propos du « Salon de la femme musulmane » à Pointoise, qui vise principalement Nader Abou Anas et Rachid Abou Houdeyfa.

Qui organise ce procès en règle ?

Les mêmes islamophobes qui, à chaque fois que la lune est visible, doivent faire recette en trouvant une nouvelle façon de problématiser les musulmans, de quelque manière de ce soit, sous peine d’être au chômage technique. Ce sont exactement les MEMES qui attaquent le CCIF pour sa lutte contre l’islamophobie, Al Kanz pour son travail journalistique, Tariq Ramadan pour ses idées, Baraka City pour son travail humanitaire... bref les musulmans, du lundi au dimanche, puis en marche arrière.

Les voici soudain investis d’une mission féministe, soucieux à n’en plus dormir de vouloir émanciper des femmes musulmanes qu’ils passent le reste de l’année à diaboliser. Il n’est en rien islamophobe (en soi) de ne pas partager la vision des intervenants en matière de condition des femmes, mais lorsque cette obsession est animée par des gens qui acceptent l’ordre sexiste le reste du temps, tout en étant par ailleurs les invariables critiques des communautés musulmanes, on peut se poser quelques questions.

Les mêmes qui n’ont pas de problème à promouvoir les stéréotypes les plus sexistes dès qu’ils sont bankables et qu’ils ramènent la femme à une condition d’objet, à base d’activisme façon Femen comme un mode de pensée.

Donc dans l’ordre, petite mise au point :

1. On peut ne pas être d’accord avec des propos ou des idées de Nader Abou Anas ou Rachid Abou Houdeyfa, auquel cas on vient avec des arguments et on débat avec eux, point par point, y compris sur la condition des femmes et les moyens d’améliorer les choses. Ce type de débats a déja lieu, entre des opinions et des sensibilités différentes.

2. Les deux imams « mis en cause » retransmettent systématiquement sur internet toutes leurs conférences, tous leurs prèches, tous leurs discours. Leurs conférences sont ouvertes et suivies par des dizaines de milliers de personnes, en direct ou en ligne, y compris par des non-musulmans. Si certains de leurs propos semblent problématiques, libre à ceux qui le souhaitent d’intenter une action en justice. De la à les interdire de parole, vous conviendrez que ce serait un peu contraire à l’esprit Charlie dont on nous bassine 24H/24...

3. Le SMIC journalistique lorsqu’on cite quelqu’un, c’est de ne pas déformer son propos en faisant des montages à charge contre lui. On peut désapprouver certains des discours prononcés, mais ce serait aussi bien de noter, s’agissant de Nader Abou Anas et Rachid Abou Houdeyfa, tout le travail qu’ils font et que peu d’autres personnes sont capables de mettre en oeuvre : les discours à propos des mêmes femmes dont on se soucie tant, ordonnant de les aider à accéder à l’éducation, de les traiter de la meilleure des manières, avec douceur et bienveillance, tout en luttant contre les violences conjugales. Donc on peut avoir une vision diamétralement opposée des moyens d’émancipation des femmes (et au sein des communautés musulmanes, la même diversité existe), sans nécessairement avoir recours à des moyens malhonnêtes pour diaboliser les boucs émissaires salafis à qui on demande en même temps d’être les travailleurs sociaux chargés d’éponger nos injustices, tout en continuant à priver les premières intéressées (les femmes musulmanes, donc) du droit à la parole.

4. Ce serait bien d’évaluer aussi le bilan social et humain du travail de ces imams : Combien de milliers de personnes ont délaissé des parcours de délinquance suite à l’une de leurs vidéos, combien de centaines ont été convaincus de ne pas sombrer dans la violence en quittant la France, combien de convertis se sont réconciliés avec leurs parents, combien de non-musulmans sont revenus de leurs préjugés, combien de personnes ont trouvé des réponses de base à leurs questions, seuls et sans autre moyen d’apprendre l’islam que via internet ? J’ai eu l’occasion d’intervenir avec ces deux imams et je les ai vus répondre à toutes sortes de questions, en privé comme en public, allant de la conciliation des couples aux questions pratiques les plus élémentaires, avec patience et bienveillance.

L’Islam est une religion qui s’adresse à une communauté humaine, donc faite de diversité. On y trouve des progressistes et des gens rigoureux sur les traditions. On y trouve des gens simples et des gens sophistiqués. On y trouve toutes les qualités, mais aussi tous les défauts. On y trouve donc des choses qu’on aime et d’autres avec lesquelles on se trouve en désaccord.

Mais ne vous y trompez pas, lorsque des islamophobes s’intéressent subitement à la condition des femmes qu’ils discriminent et rejettent, c’est l’ensemble des musulmans qui sont visés. Lorsque des racistes, qui n’ont que faire des courants de l’islam, s’attaquent aux salafis parce qu’ils sont les plus visibles et les plus faciles à problématiser, ce n’est pas par soucis d’élévation théologique mais par pure tactique de division, comme ils le feraient envers d’autres courants si cela leur était plus accessible.

Donc je reste conforme à mes principes :

Je ne prends pas de leçon de théologie des racistes.
Je ne prends pas de leçon de féminisme de ceux qui excluent mes soeurs.
Je ne prends pas de leçon de progressisme de ceux qui prétendent nous civiliser pour mieux nous domestiquer.

Et je continuer à respecter toutes les sensibilités qui font la richesse et la beauté de ma communauté, avec ses points de convergence et ses points de désaccord.
Et que Dieu me préserve de voir l’honneur et la dignité de gens que j’estime être piétinés sans que ça ne réveille mon coeur pour rétablir sur eux la seule chose qui devrait sortir de ns bouches :

Une parole de vérité.

Contre-attaqueR

« Islamophobie et xénophobie à l’heure de la présidentielle » : meeting à Saint-Denis le 18 décembre

#AdamaTraoré : chronique d’une affaire d’État

#MomentMarianne : chronique de cette « gauche » qui sombre

Assa Traoré : « Cette détention provisoire, c’est une vengeance insupportable du parquet de Pontoise »

« Islamophobie et xénophobie à l’heure de la présidentielle » : meeting à Saint-Denis le 18 décembre

#AdamaTraoré : chronique d’une affaire d’État

#MomentMarianne : chronique de cette « gauche » qui sombre

Assa Traoré : « Cette détention provisoire, c’est une vengeance insupportable du parquet de Pontoise »

`