Déshérence de l’état de droit

Il était une fois la gauche contre la déchéance de nationalité...


Thomas Bartherote - Drapeau, place de la Bastille

En 2010, sous le mandat présidentiel de Nicolas Sarkozy, le parti socialiste et aux premiers rangs Manuel Valls et François Hollande dénonçaient comme nauséabond et dangereux le projet de loi de déchéance de nationalité. Aujourd’hui, seuls certains députés, comme Pouria Amirshahi, s’opposent fermement à cette mesure présentée comme « symbolique » à défaut d’être efficace dans la lutte contre le terrorisme.

Pouria Amirshahi : déchéance de nationalité : ma réponse à Manuel Valls

Manuel, tu viens de te fendre d’un billet pour te justifier sur la déchéance de nationalité, après avoir expliqué dans le Journal du dimanche que « certains à gauche s’égarent au nom de grandes valeurs » (sic !). Comme j’ai eu l’occasion de le dire, je crois que c’est toi qui t’égares. J’espère que tu reviendras à la raison.

Après avoir « prévenu » que tu irais « jusqu’au bout » (signe d’une crispation face au dialogue), tu vantes désormais les vertus d’un débat. Alors chiche, débattons. Je réponds donc à tes quelques arguments, un peu tardifs.

Tu demandes « comment peut-on dire que priver de la nationalité française des terroristes condamnés serait une idée d’extrême-droite ? ». Et bien, Manuel parce que toute l’extrême droite la revendique depuis longtemps et, de tous les camps politiques, c’est le seul, absolument le seul, à avoir salué la mesure à l’unanimité. La meute est ainsi lâchée, il suffit de lire les messages que nous recevons les uns et les autres.

Au-delà de l’insulte qui est faite à beaucoup, la mauvaise foi ne peut te conduire jusqu’à affirmer que les partisans de la citoyenneté et de l’égalité véritables, qui s’opposent à ce projet, alimenteraient le Front National. N’inverse pas les responsabilités s’il te plaît. Mieux vaut se remettre en cause, ne crois-tu pas ?

Mais le sujet est aussi sur le fond : tu évoques 1848 et tu uses du plus vertueux des exemples (la déchéance des esclavagistes) pour parer ta mesure de toutes les vertus républicaines. Rhétorique facile, qui veut visser ta transgression sur des valeurs de gauche et républicaines (tout ça pour finalement minimiser les effets de cette mesure « symbolique », « qui ne concerna pas grand monde » etc.). Mais, car il y a plein de mais, dans ce cas là, assume que tu es pour la déchéance en soi, en général, et pour tout délit que TU considères comme attentatoire à nos principes puisque tu en vantes l’exemplarité. Et alors prends conscience que tu ouvres une boîte de Pandore : hier, Nicolas Sarkozy proposait la même chose pour les assassins de policiers, et demain que diras-tu à ceux qui pensent qu’on doit l’élargir à d’autres crimes ou délits ? C’est un peu comme la peine de mort vois-tu. On est pour ou contre, pas avec des exceptions.

J’ajoute un autre « mais » : il n’y avait pas, à l’époque, près de 4 millions de compatriotes binationaux.

Il n’y a aucune raison que pour un même crime, il y ait deux peines différentes. Il n’y aucune raison qu’un autre pays accueille un « terroriste » né français, ayant grandi et travaillé en France et accepte ainsi de devenir le réceptacle de nos monstruosités. Imagine qu’un terroriste franco-malien soit déchu de sa nationalité au Mali, l’accepterais-tu ? C’est pourquoi ce projet est non seulement dangereux mais aussi inutile qu’absurde.

On ne modifie pas la constitution ainsi, surtout « pour quelque cas ». C’est une insulte à l’esprit des Lois, de la Loi fondamentale.

Je conclue (provisoirement) par ceci : il est des invocations de la République qui ressemblent trop à des incantations. La République ne se résume pas à l’autorité de l’État, elle est une promesse pour toutes et tous. C’est cette promesse qui s’éloigne avec les inégalités profondes qui traversent notre pays et bien d’autres et auxquelles tu ferais bien de t’attaquer. Car pendant que votre proposition de déchéance divise et même hystérise notre pays, on ne traite plus du reste, qui relève de ta responsabilité : les politiques économiques, sociales et culturelles.

Contre-attaqueR

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