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Islamophobie post-attentats : « C’est le musulman lambda qui est visé »


Warda Mohamed

Journaliste

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Quatre leaders de la communauté musulmane française s’associent pour lancer une campagne contre l’islamophobie. Après les attentats du 13 Novembre, plus encore que pendant l’après-Charlie, ils craignent l’institutionnalisation du soupçon porté sur les musulmans.

« Après les attentats, on s’est demandé comment agir.  »

Nabil Ennasri préside le Collectif des musulmans de France (CMF). Le 28 novembre, il signe avec Samy Debah du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), Idriss Sihamedi de BarakaCity (une « ONG islamique »), Fateh Kimouche d’Al-Kanz.org et Marwan Muhammad, ex-porte parole du CCIF et conseiller auprès de l’OSCE qui s’exprime « en tant que citoyen », un communiqué : « Après les attentats et les perquisitions, ensemble avec vous ».

Au-delà des dissensions

Ces quatre leaders d’opinion français, « musulmans assumés » pour citer Ennasri, peuvent toucher à travers leurs comptes sur les réseaux sociaux des centaines de milliers de personnes. Ils mutualisent donc leurs forces, au-delà de leurs désaccords (plusieurs « tweetclashs » ayant, par exemple, opposé Al Kanz et Nabil Ennasri, autour de la détermination de la date du début du mois de ramadan).

« J’ai reçu des milliers de messages de gens en détresse qui se demandent si on va les perquisitionner », indique Marwan Muhammad. Idem du côté d’Ennasri.

Les deux invitent alors les abonnés de leur page Facebook à créer des comptes sur Twitter et tweeter en utilisant les hashtags #nerienlâcher et #opétwitter (à noter que la page Facebook de Nabil Ennasri a été fermée le 1er décembre, l’entreprise l’accusant « de ne pas avoir respecté les conditions d’utilisation à propos d’un commentaire qui n’aurait pas été modéré » ; elle comptait alors « plus de 40 000 “likes” », indique-t-il).

L’effet est immédiat. Des dizaines voire centaines de comptes sont créés, des centaines de tweets utilisent les hashtags et s’abonnent aux comptes recommandés. « Cette solidarité ne s’adresse pas qu’aux musulmans » insistent-ils : « Les perquisitionnés et assignés à résidence sont très majoritairement musulmans, mais il y a également les écologistes et des associations de gauche. »

Et Fateh Kimouche ajoute : « Même si un facho est touché par les abus, on relaiera, c’est notre idée de la justice. »

#PerquisitionnezMoi

« Notre expérience montre que nos lecteurs n’agissent pas. Nous voulons les amener à créer un contre-pouvoir médiatique », explique Kimouche, très actif sur Twitter et également initiateur du hashtag #perquisitionnezmoi, qui a été dans les tendances Twitter : « Trop peu de personnes réalisent que l’addition de l’action de chacun devient puissance médiatique. Or je le répète inlassablement, ensemble nous sommes les médias. »

Il illustre son propos avec l’exemple du restaurant halal Pepper Grill : « Face à l’armada de policiers, la réaction du patron a été : ’’Il doit y avoir un kamikaze dans mon resto’’. Il a hésité à médiatiser la perquisition puis m’a autorisé à tweeter des photos. Le Monde, M6 et TF1 ont relayé et je suis convaincu que la mobilisation a joué un rôle dans la promulgation de la circulaire Cazeneuve pour recadrer les perquisitions. »

Les personnes perquisitionnées ont « peur de témoigner », la campagne sur les réseaux vise à les soutenir. Muhammad commente : « Il est difficile de convaincre de déposer plainte auprès de policiers puisque ce sont des policiers qui leur ont fait ça : comment déclarer ces abus auprès d’un Etat qui est l’initiateur de ces pratiques ? »

Pour lui : « L’état d’urgence est soutenu par une opinion maintenue dans la peur qui dit : “Ils ont forcément quelque chose à se reprocher.” Pourtant, dans les faits, c’est le musulman lambda qui est visé. Si on veut que les gens comprennent, il faut le leur montrer. »

Lire l’intégralité de l’article ici.

Contre-attaqueR

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