Réponse au « Canard enchaîné »... par le Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF)

La rédaction /

La rédaction

Le 17 août dernier, Le Canard Enchaîné publiait un billet à charge contre le CCIF, collectif luttant contre l’islamophobie en France. Cet article, diffamatoire et mensonger, s’inscrit dans une importante campagne de dénigrement du travail de l’organisation créée en 2003. Le CCIF y répond sous la forme d’un fact-checking, paragraphe par paragraphe.

Dans un article anonyme daté du 17 août 2016, Le Canard Enchaîné a publié un tissu de mensonges à propos du CCIF, instantanément repris par toute la fachosphère et les détracteurs obsessionnels du CCIF. Après enquête, il s’avère que l’auteur, qui s’est (courageusement) caché derrière le nom générique de J.C. (utilisé par la rédaction du Canard Enchaîné), est coutumier de ce type de procédés, profitant de l’occasion pour déverser toute sa haine face à l’ampleur du travail et au succès que rencontre le CCIF.

L’auteur semble nourrir une forme d’obsession vis-à-vis de tout ce qui se rapproche, de près ou de loin, des musulmans, en publiant régulièrement des propos incendiaires à leur endroit. Il est à ce titre choquant qu’un journal comme Le Canard Enchaîné offre une tribune à ses diatribes idéologiques et très personnelles.

Pour rétablir les faits, le CCIF travaille sur deux fronts :

D’une part, notre avocat, Me Accardo, a demandé par voie légale l’insertion d’un droit de réponse et nous nous réservons le droit d’intenter, au nom du CCIF et de son directeur, des poursuites en diffamation, si les faits n’étaient pas rectifiés.

D’autre part, nous vous proposons ci-dessous un fact-checking des accusations contenues dans l’article, paragraphe par paragraphe, afin que les faits soient rétablis et que les lecteurs puissent juger du niveau de désespoir argumentaire dans lequel se trouvent ceux qui prennent aujourd’hui le CCIF pour cible.

Paragraphe 1 :

Les statuts du CCIF sont très clairs et précisent que l’association œuvre pour la préservation des droits humains et la lutte contre l’islamophobie. Pour accomplir sa mission, le CCIF utilise des moyens divers, allant de l’action juridique au soutien psychologique des victimes, en passant par la communication et la coopération avec les instances internationales.

A ce titre, le CCIF est titulaire du statut spécial consultatif auprès de l’ONU pour la qualité de son travail et est régulièrement sollicité par l’ECRI, le Conseil de l’Europe, l’OSCE ou l’ONU pour rendre compte, sur la base de faits, de la situation en France en matière de racisme et d’islamophobie.

Si la France est mise en cause dans les instances internationales, ce n’est pas du seul fait de l’action du CCIF, mais de la réalité qui traverse notre pays, où subsistent hélas des formes de racisme contemporaines, de l’antisémitisme à l’islamophobie en passant par la négrophobie, le traitement des Roms et des migrants, entre autres.

En ce sens, les rapports du CCIF coïncident exactement avec ceux de l’ONU, d’ECRI ou de nos institutions sur le plan national, comme la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme.

Paragraphe 2 :

En dehors des contributions écrites sollicitées régulièrement par l’ONU, le CCIF a également été présent à New York et à Genève, par la voix notamment de Lila Charef, responsable du pôle juridique de l’association.

Si Mme Rossignol a été mise en cause par les expertes de l’ONU, c’est également pour ses déclarations répétées et stigmatisantes, à l’égard des femmes musulmanes comme des Noirs. Rappelons ici le tollé, national et international, qu’a suscité sa sortie sur RMC, où elle avait comparé les femmes musulmanes voilées à des « nègres qui soutenaient l’esclavage ». Ces abjectes déclarations lui ont valu une action en justice, initiée par le CCIF et la Fondation Frantz Fanon, à laquelle se sont joint des centaines de citoyens, heurtés par cette incitation à la haine et cette forme de révisionnisme, s’agissant de l’histoire de l’esclavage.

Paragraphe 3 :

Les faits sont têtus : lorsqu’on observe la prévalence de discriminations ayant lieu dans les services publics (accompagnement scolaire, tenue des élèves…) - le plus souvent résolues par une médiation ou par un rappel à la loi - on ne peut pas cacher les statistiques et exonérer la puissance publique de toute responsabilité.

En ce sens, le CCIF a toujours appelé l’administration à faire un réel travail de prévention dans ses services, sur la base des avis rendus par l’Observatoire de la laïcité, afin d’éviter des incidents et des incompréhensions, pour les usagers comme pour les fonctionnaires.

La nature institutionnelle de certaines formes de discriminations et la prévalence des femmes parmi les victimes est une réalité également observée, au niveau national par le Défenseur des Droits et la CNCDH, mais également au niveau international. Le courageux auteur du Canard Enchaîné gagnerait à se départir de ses œillères idéologiques pour constater les préjudices subis par les femmes, notamment musulmanes, dans notre société. Ces faits sont dénoncés jusque dans les médias étrangers.

Le marqueur ethno-culturel et/ou religieux s’ajoute à certaines discriminations. On appelle cela l’intersectionnalité, un concept devenu évident et incontesté dans le champ des sciences sociales.

S’agissant des statistiques du CCIF, elles sont vérifiées et validées chaque année depuis 2010, par le bureau des Institutions démocratiques et des Droits Humains de l’OSCE, s’agissant des crimes de haine. Elles sont également validées par des universitaires et servent aujourd’hui de modèle méthodologique, dans huit pays d’Europe et avec le soutien de la Commission Européenne (Projet IMAN / 2013-2014). Les seules critiques formulées à ce sujet l’ont été par une experte en cellulite reconvertie en activiste d’extrême droite, à laquelle nous avons répondu ici, ainsi que par Caroline Fourest, dont le sens créatif quant aux faits a occasionné son renvoi du Monde et son bannissement de plusieurs émissions du service public.

Enfin, la discrimination des mamans voilées a été reconnue au plus haut niveau de nos instances, par l’avis du Conseil d’Etat du 19 décembre 2013, les tribunaux administratifs de Nice et d’Amiens, rappelant ainsi que les parents accompagnateurs ne sont pas soumis à une obligation de neutralité et abrogeant, de fait, la circulaire Chatel qui les visait.

Une simple lecture de la presse ou un coup d’œil sur notre site aurait évité à l’auteur d’exposer, sinon son ignorance, du moins sa volonté manifeste de porter atteinte à la crédibilité et au sérieux du CCIF ainsi qu’aux victimes que l’association défend et assiste.

Paragraphe 4 :

Le CCIF a, avec constance, appelé à dresser un bilan des lois de 2004 et 2010, afin de mesurer leur impact et d’en tirer toutes les conséquences. A ce titre, notre opinion est, une fois de plus, confirmée sur le plan national et international. En 2013, par exemple, un rapport commandé par le premier ministre Jean-Marc Ayrault à M. Thierry Tuot, abondait dans ce sens, afin d’aller vers une société plus inclusive et respectueuse des libertés individuelles.

Paragraphe 5 :

Cette partie de l’article du Canard Enchaîné diffame explicitement notre actuel directeur, qui a été pendant deux ans conseiller auprès de l’OSCE en matière de lutte contre le racisme et les discriminations. Marwan Muhammad n’a jamais fait l’objet de la moindre remontrance de la part de ses supérieurs. Au contraire, les fichiers RH de l’OSCE montrent ici, ici et qu’il a fait l’objet des meilleures évaluations pour la qualité de son travail et pour son aide à toutes les communautés, tout au long de son mandat.

Le premier intéressé n’a jamais souhaité communiquer dessus, mais il paraît nécessaire, vu ces attaques, de rappeler la reconnaissance professionnelle dont il bénéficie. Ainsi, lors de sa dernière intervention à l’OSCE, Marwan Muhammad a été salué par une ovation, en présence des Etats participants et des organisations de la société civile, réunis à Vienne le 19 février 2016 (soit 10 jours avant la fin de son mandat). A cette occasion, Mme Beatriz Balbin, directrice adjointe de l’institution a ainsi commenté, devant tous les participants :

« Le départ de Marwan, que nous avons essayé de convaincre de rester avec nous, est une grande perte pour notre institution. Mais nous le comprenons et savons qu’il sera encore plus efficace dans ses nouvelles missions. Nous ne pouvons pas te remplacer Marwan, mais nous pouvons te remercier, pour la qualité du travail que tu as fourni au service de toutes les communautés visées par l’intolérance. »

Marwan Muhammad n’a jamais fait de lobbying au sein de ces institutions et, conformément à son mandat, est toujours resté neutre vis-à-vis des organisations de la société civile. Il serait intéressant, néanmoins, que des journalistes se penchent activement sur le lobbying dont les institutions européennes font l’objet. Ils seraient bien surpris d’y trouver des accointances de l’auteur mystère du Canard Enchaîné, usant de tous les moyens à leur disposition pour stigmatiser les communautés Noires, Arabes, migrantes et musulmanes. Cela donnera, qui sait, l’occasion au Canard Enchainé de publier un article (factuel, cette fois-ci…).

Paragraphe 6 :

Cette attaque et cette tentative de disqualification par capillarité deviennent récurrentes dans les colonnes d’une certaine presse qui, faute d’arguments ou d’éléments à charge contre le CCIF, tente de jeter sur lui le discrédit, en l’associant à des idées ou des discours qui ne sont pas les siens.

Pour rappel, le CCIF est apolitique et areligieux et défend, indistinctement, des musulmans comme des non musulmans, des femmes portant ou non le foulard, mais qui sont, quelles que soient leurs appartenances, visé-e-s à raison de leur appartenance supposée à la religion musulmane.

S’agissant des imams et personnalités citées, le CCIF observe strictement et en toute circonstance la même règle : nous dialoguons avec tout le monde, sans nécessairement partager les idées des un-e-s et des autres.

Dans une semaine type, le CCIF travaille, dialogue et participe à des échanges avec des publics très différents les uns des autres :

Le lundi auprès des communautés chrétiennes
Le mardi dans les instances internationales
Le mercredi auprès des associations et personnalités de Gauche
Le jeudi en échange avec des membres du gouvernement
Le vendredi à la London School of Economics
Le samedi auprès des communautés musulmanes
Le dimanche auprès des communautés juives
Le lundi suivant dans les écoles et associations de quartier… et ainsi de suite.

Le CCIF parle à tout le monde, avec toujours le même message : détermination face aux injustices, utilisation des moyens juridiques mis à disposition par les institutions, espoir et fraternité avec l’ensemble de la société, empathie avec toutes les personnes visées par l’exclusion, pédagogie dans l’explication du fait islamophobe et du travail du CCIF. Toutes les conférences et interventions médias, au plan national et international, sont disponibles en ligne.

C’est cette constance du discours et des moyens qui explique l’ampleur de nos soutiens aujourd’hui et les méthodes utilisées par ceux qui, des courants identitaires au sein de la Gauche (type Printemps Républicain) à l’extrême droite la plus décomplexée, cherchent à porter atteinte à une association qui met en évidence les limites de leurs discours et se donne les moyens de lutter efficacement contre l’islamophobie.

Qu’est-il donc reproché au CCIF, si ce n’est de faire du vivre-ensemble une réalité plutôt qu’un slogan, en allant au contact de toutes les sensibilités de la société française, en cherchant des solutions par le dialogue, sans jamais se départir de l’esprit qui anime l’association, fondé sur le respect et la défense des droits humains pour tou-te-s.

On voit donc, à travers ce fact-checking, que l’article du Canard Enchaîné a peu à voir avec le journalisme et révèle, plutôt que des faits, les obsessions idéologiques de son auteur. De telles calomnies, ainsi révélées au grand jour, viennent émailler sérieusement la réputation d’un journal qui avait habitué ses lecteurs à un peu plus de rigueur.

Texte initialement paru sur le site du @ccif.

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