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Les actes anti-musulmans cachent-ils une misogynie ?


Les agressions contre les musulmans concernent beaucoup plus de femmes que d’hommes : elles représentent plus de 81% des victimes et la quasi totalité des agressions violentes. Ce n’est pas un hasard.

Le 4 juillet dernier, une jeune femme voilée est agressée. Des insultes fusent, de toutes sortes : « sale arabe », « sale musulmane », et aussi « sale pute ». Les agresseurs se seraient, selon le Collectif contre l’islamophobie (CCIF) qui rapporte l’histoire à Slate, jetés sur la jeune femme pour lui arracher son foulard. Racisme, sexisme, ou les deux à la fois ?
Selon Elsa Ray, porte-parole du CCIF ( le Collectif contre l’Islamophobie en France), ce type d’agressions visant les femmes voilées et s’accompagnant de commentaires sexistes est courant. De fait, les agressions contre les musulmans concernent beaucoup plus de femmes que d’hommes : elles représentent plus de 81% des victimes et la quasi totalité des agressions violentes, selon le CCIF. Des statistiques du Ministère de l’Intérieur aboutissent à un constat similaire, selon la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), qui s’est inquiétée dans un rapport en avril 2014 que sur les 17 actions violentes à l’encontre des musulmans, 14 concernaient des femmes. « La typologie des faits infractionnels met en lumière un phénomène particulièrement préoccupant, celui d’une recrudescence des agressions à l’encontre des femmes, et particulièrement de celles portant le voile », écrit l’institution. Si bien qu’on peut se demander si ces actes ne cachent pas une forme de misogynie.
De fait, le débat en France autour de l’Islam et des musulmans s’est largement focalisé sur les femmes. A tel point que le commissaire européen aux droits de l’homme, Nils Muiznieks, s’en est alarmé dans un rapport en février dernier, inquiet de cette « stigmatisation ». Et dès le début : la loi sur les signes ostentatoires religieux à l’école, votée en 2004, concerne certes tous les signes religieux, mais dans les faits, les femmes voilées sont les principales touchées. Selon un bilan établi un an après la loi par l’inspectrice de l’Education nationale Hanifa Chérifi, sur 639 signes religieux recensés en 2004-2005, 626 concernaient des foulards islamiques.

Le foulard gêne, et pas qu’à l’école

Loin d’avoir apaisé les tensions, le vote de cette loi a ensuite suscité d’autres débats, cette fois autour d’organismes privés. Avec le licenciement d’une salariée de l’association Baby-loup en 2008, des élus se sont demandés s’il fallait autoriser le foulard au sein des crèches associatives, recevant des subventions publiques. Puis c’est la question du voile intégral dans l’espace public qui a fait débat, finalement interdit par les députés en 2010 et officiellement banni depuis 2011.
Un nouveau front a également été ouvert à l’université, notamment par un membre du gouvernement, en mars 2015 : « L’université, c’est un lieu où on doit pouvoir parler de tout […] Je ne suis pas sûre que le voile fasse partie de l’enseignement supérieur », déclare Pascale Boistard, la secrétaire d’Etat aux droits des femmes. « Je ne vois pas la cohérence d’un système où on interdirait le voile à l’école, au collège, au lycée et où on l’autoriserait à l’université », lui emboîte le pas le patron de feu l’UMP, de concert avec sa Secrétaire nationale en charge des Valeurs de la République et de la Laïcité. A droite, le féminisme est d’ailleurs souvent le cache-sexe d’une islamophobie non-assumée, comme l’avait illustré l’affaire du maillot de bain à Reims, qui a suscité nombre de réactions de responsables politiques d’habitude peu prompts à défendre les droits des femmes.
La loi de 2004 n’a pas réglé les problèmes à l’école.

Même au sein de l’école, où l’on aurait pu croire les choses réglées par la loi de 2004, les limites et contours du texte semblent toujours flous, toujours remis en question. Les activités connexes à l’école, comme les sorties scolaires, sont dans le viseur de certains responsables politiques. En novembre 2014, l’actuel président des Républicains s’est ainsi opposé à ce que des mères voilées puissent être présentes lors des sorties scolaires. Là encore, ce sont des femmes qui étaient essentiellement visées. Un député de son parti, Eric Ciotti, a d’ailleurs déposé en février une proposition de loi en ce sens, quelques jours avant que Nicolas Sarkozy affirme : « Nous ne voulons pas de femmes voilées ».

Quelques semaines plus tard, ce sont les filles aux jupes « trop » longues qu’on veut exclure. Sarah K., âgée de 15 ans, est interdite d’entrée au collège Léo-Lagrange de Charleville-Mézières par deux fois en avril. Son vêtement est jugé contraire à la laïcité. Le 6 mai, c’est une autre jeune fille qui explique dans les colonnes de la République du Centre avoir été priée de laisser sa jupe chez elle, suscitant une nuée de tweets sous le hastag #JePorteMaJupeCommeJeVeux.

Cette crispation sur le foulard et les femmes musulmanes n’existe d’ailleurs pas qu’en France. Au Canada le Premier ministre Stephen Harper a récemment déclaré que le voile était « contre les femmes » et s’est opposé à une décision qui les aurait autorisées à porter un niqab durant les cérémonies d’accueil dans la citoyenneté canadienne. Une étude de l’université Teesside au Royaume Uni montre que quatre agressions dans la rue sur cinq visant explicitement des musulmans touchent des femmes.

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