Le « New York Times » et Manuel Valls

Les femmes musulmanes ont-elles droit à la parole ?

La rédaction /

La rédaction

Grandes absentes des médias lors du débat sur le « burkini », les femmes musulmanes ont-elles leur mot à dire ? Pour le premier ministre, la réponse est claire : non. Surtout si leurs témoignages est relayé par un média états-unien avec une très large audience internationale.

Il y a un an environ, parallèlement au lancement du site Contre-attaque(s) nous avions publié un documentaire réalisé avec le soutien d’Amnesty International, Paroles de musulmanes. Il nous avait semblé indispensable de donner la parole aux premières concernées par le débat sur l’islam en France.

Ce qui frappe avec le débat sur le « burkini », c’est le fait que les médias qui ont publié des kilomètres d’articles et des dizaines d’heures de reportages n’aient même pas songé à donner la parole aux premières concernées. Non seulement on veut leur imposer ce qu’elles doivent faire (ou porter), mais on les prive même de la parole.

Il est symptomatique que ce soit un grand quotidien américain The New York Times, qui ait relevé le défi en faisant appel aux musulmanes. Il a reçu plus d’un millier de courriers qu’il a publié en français sous le titre « Regards ‘changés’ et ‘langues déliées’ : Des musulmanes évoquent l’Europe d’aujourd’hui ».

Le bilan est tellement accablant que le premier ministre en personne a tenté de répondre en publiant une tribune diffamatoire « En France, les femmes sont libres », dans le Huffington Post du 5 septembre. Il y fustige la prétendue « complaisance » du quotidien américain vis-à-vis de femmes qui auraient « participé au camp d’été décolonial » - ce qui est absolument faux -, affirme que toutes les femmes interrogées portent le foulard – ce qui est un mensonge – et reproche à la journaliste d’avoir donné une « image insupportable » de la « France des lumières et des libertés ». Notons que pour Manuel Valls, ce ne sont ni les déclarations racistes de plusieurs élus français ni les arrêtés ciblant des citoyennes musulmanes qui abîment l’image de la France...mais les articles les dénonçant. Soit.

Dans une réponse parue dans la foulée des déclarations du premier ministre, le New York Times a rappelé que l’enquête réalisée par ses soins a été « rigoureusement documentée et alimentée par les retours de plus de 1200 lecteurs. » En réalité, le prestigieux journal n’a fait que porter les voix de celles qui subissent quotidiennement l’islamophobie institutionnelle et ordinaire en France et dans d’autres pays européens.

Leurs témoignages sont d’ailleurs accablants. En voici deux exemples :

« Quand bien même vous faites tous les efforts inimaginables en croyant ainsi vous “intégrer”, il vous est toujours martelé que pour bien faire et ainsi répondre à une intégration “complète” il nous faut renoncer à nos principes et notre religion. Dans nos foyers, au bureau ou entre amis, une sorte de pression sévit. On n’ose plus répondre favorablement à une invitation “d’amis”, car nous en avons marre de devoir refuser un verre d’alcool et justifier poliment en y mettant les formes, tout ça en veillant à ne pas dire de choses préjudiciables dans ce que l’on peut presque appeler des excuses. Au bureau, les petites vannes du genre “tu as aidé tes cousins ?” à la suite d’un attentat. Et nos familles lors des repas qui maudissent ces terroristes et sont insultés par la nouvelle législation. »

« Alors quoi. On s’isole. Et lorsqu’on s’isole, on ne s’intègre plus. »

— Mira Hassine, 27 ans, Orléans. Responsable administrative dans une entreprise du bâtiment. Elle est musulmane mais ne porte pas le voile.

« Être musulmane en France, c’est vivre dans un régime d’apartheid dont l’interdiction de plage n’est que le dernier avatar. ... Je crois que les femmes françaises musulmanes seraient fondées à demander l’asile aux USA, par exemple, tant les persécutions que nous subissons sont nombreuses. »

— Karima Mondon, 37 ans, professeur de français. Elle vient de quitter Lyon avec sa famille pour s’installer à Casablanca, au Maroc.

Rappelons qu’en janvier 2015, Manuel Valls évoquait lui-même un « apartheid territorial, social et ethnique » en France... Il a visiblement changé d’avis.

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