Sexisme et islamophobie ordinaire

Parodie de l’homme blanc de Libé

Jerôme Martin /

Jerôme Martin

Enseignant et membre du CEAL (Collectif des enseignant·es pour l’abrogation de la loi du 15 mars contre le voile à l’école) Ancien militant d’ Act Up-Paris, blogueur.

Pour répondre à cette tribune nauséabonde, un texte en forme de parodie du mâle blanc sexiste et islamophobe dans toute sa splendeur misérable. Recension des dégoûts réels comme des répulsions laïques déclenchées par un islamophobe sexiste de Libération.

[Afin de suivre le fil de ce texte, veuillez d’abord lire la tribune originale« la femme voilée du métro » .]

C’est un début de soirée sur Internet. Je suis sur le site de Libération. La lecture se fait de la pseudo-gauche à l’extrême-droite, et les métaphores boursouflées me mettent à la peine.

L’homme blanc est assis devant son ordinateur et attend son lecteur. Il a la puissance de ceux qui aimantent sans parité le pouffement et la colère, la lassitude et le dégoût. Impavide, immobile, c’est bien lui qui brandit les paranoïas ambiantes et calcifie les fantasmes destructeurs. Il se retrouve sans retenue dans une explosion d’affects racistes et de désirs d’exclusion. Le tout lui fait un miroir révélateur et un podium de pole-dance pour un strip-tease islamophobe terrorisant.

Il porte des vêtements, quels qu’ils soient. Son pantalon traîne peut-être au sol mais si tel est le cas, il ne balaie pas la poussière des anxiétés alentour – sans doute sont-elles allées ailleurs. Les mains sont dégantées pour taper un texte de haine sur l’ordinateur, ce qui ne peut manquer de les rendre moites. Sa tenue laïque lui fait la cuisse évasive, la fesse envasée, les seins restreints. Ou pas : comme c’est un homme, l’évasivité de sa cuisse, l’envasement de sa fesse, ou la restriction de ses seins ne sont pas importants. Les cheveux sont distraits à la concupiscence de celles et ceux qui savent ce que veut dire « cheveux distraits à la concupiscence », c’est-à-dire pas grand monde.

Seul son texte est apparent. Il est haineux, sexiste, d’une lourdeur qui passerait pour banale si ce style boursouflé fleurant bon les années 40 ne rehaussait l’inanité des idées du vieil homme. Il doit avoir dans dans les 50 ans. Il est le tonton désolant des mâles blancs sonores et tapageurs qui égaient les soirées du PS.

Il se tient ainsi et les lecteurs-rices oublient vite son apparence pour se concentrer sur sa rhétorique portée en bandoulière. Tout le monde s’attend à en voir sortir les propos sexistes et islamophobes convenus. Personne n’est déçu. Si l’oeil du lecteur se fait inquisiteur, c’est bien pour repérer les traces de sexisme, de « bourrelet charmeur » à pincer en « ceinture de chasteté ». Alors quand les doigts sexistes amorcent sur le clavier le moindre mouvement islamophobe, les sourcils se froncent.

Il ne cille peut-être pas, ne bronche peut-être pas. La moue n’est peut-être pas bravache. L’homme blanc ne manifeste aucune honte apparente devant la violence qu’il assène. Je ne sais si cette exposition le comble d’aise et le renforce dans son bonheur d’humilier les femmes et les musulman-es. A moins qu’il ne se blinde pour résister aux critiques légitimes que son texte insultant va provoquer.

Je me rassure en me racontant que ce choix régressif et réactionnaire n’aura qu’un temps. Que ce n’est qu’une saison de sa vie, qu’il reviendra à des attitudes moins haineuses. Mais peu ont survécu à leur période réacs-de-libé. Il doit être dans le défi à la vie, dans la crise de la quarantaine prolongée. Certains vont à des manifs, s’intéressent aux droits des minorités. Tout n’est pas perdu.

Je me dis que j’exagère, et tout internet avec moi, de mettre en garde à vue le libre arbitre d’un pauvre petit sexiste islamophobe qui ne fait de mal qu’aux femmes qu’il estime mal habillées en citant Brassens pour justifier sa violence. Sauf qu’il y a peu de chances pour que le vieil homme non puceau fête les 110 ans de la loi de 1905 qu’il n’a visiblement jamais lue. Il peut toujours passer sous silence son article premier, je ne peux m’empêcher de le voir comme un compagnon de route des racistes de tout poil, de droite comme de gauche. Tant qu’il ne casse pas du musulman ou de la meuf, il peut penser ce qu’il veut, croire aux bobards qui le réjouissent et s’habiller à sa guise mais j’aimerais juste qu’il évite de nous prendre pour des buses. Arborer l’égalité homme-femme et la laïcité pour écrire un texte anti-laïque et sexiste revient à balancer un bloc de propagande hypocrite sur les libertés publiques et sur l’émancipation de l’individu. Ce qui est son droit le plus strict, répondre à cette hypocrisie relevant pour moi non du droit, mais du devoir.

Le texte continue de défiler. A la mention de la loi de 1905, j’implore Simone de Beauvoir de rappeler à l’homme blanc le sexisme des pères fondateurs de la laïcité, qui ont refusé le droit de vote aux femmes. A la mention des « lapideurs », le flip revient et je confirme que l’homme blanc est en cheville avec les politiques racistes et sexistes qui marquent notre société. A la ligne suivante, quand se finit la théorie si peu laïque d’une laïcité sanctifiée et falsifiée, je ne pète pas les plombs, je considère froidement le problème et me demande : « que ferait Georges Perec ? ». Ma lucidité laissant l’homme-zombie continuer à vomir sa haine, peut-être immobile et habillé comme il l’entend.

Contre-attaqueR

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