Coup de gueule - Marche de la dignité

Pour Là-bas si j’y suis, « la racaille a pris la Bastille »


Roxane

Professeure et travailleuse social

Là-bas si j’y suis, l’émission emblématique de Daniel Mermet sur France Inter est passée sur le web en janvier 2015. Les journalistes de l’émission ont décidé de couvrir la marche de la dignité. Après une première émission le vendredi 30 octobre, au lendemain de la marche, le site propose une chronique pour le moins étrange dans son traitement sémantique. Racailles, beurettes, Soral, Dieudonné...autant d’amalgames aux antipodes de l’esprit de la marche. Coup de gueule de Roxane.

Vendredi 30 octobre, Daniel Mermet donnait la parole, plus d’une heure durant, aux organisatrices et représentants de certains collectifs signataires de la Marche de la dignité. L’émission est claire, les objectifs poursuivis par les participants limpides, la parole plutôt libre.

Dimanche 1er novembre, au lendemain de la marche, changement de ton. « La racaille prend la Bastille ». Racaille [1] ce terme, pourtant critiqué par les acteurs de la lutte antiraciste autonome lorsqu’il est utilisé pour désigner, stigmatiser, assigner l’Autre, est employé dans la chronique de la journaliste de de Là-bas si j’y suis, Anaëlle Verzaux, de manière brute, en gros titre, sans guillemets, sans même tenter de faire croire qu’il s’agit d’une citation (de l’ancien président de la République française, par exemple).

"Filles noires et beurettes passent poings levés"

Beurettes. Alors même que de nombreuses femmes racisées militantes, sociologues, travaillent d’arrache-pied à déconstruire ce mot [2] méprisant, sexiste, raciste, qui puise directement son origine dans la représentation de la femme arabe pendant la période coloniale, il est lâché, cité comme une évidence, comme accepté.

« Il faut relier lutte raciale et lutte sociale  », « il est urgent de faire le ménage », martelle la journaliste de Là-bas si j’y suis, Anaëlle Verzaux, dans sa chronique comme un jugement, une assignation. Elle en profite aussi pour glisser une référence à Soral et Dieudonné qui n’étaient ni présents, ni invités à la Marche, ni même évoqués.
Aurait-elle une liste d’injonctions à envoyer à la MAFED ? Collectif de femmes qui ont pourtant su organiser (sans elle !) en autonomie, une marche réunissant près de 12 000 personnes. Et que dire de la sempiternelle évocation du racisme contre « les blancs » mis tranquillement sur le même plan que l’antisémitisme ?

Au-delà des injonctions, comment, au final, expliquer cette pirouette de l’équipe de « Là-bas si j’y suis » dans leur traitement de la Marche de la Dignité ? Comment comprendre ce traitement si différent de la même information, avant et après l’évènement ?

Daniel Mermet, on vous le demande.

[2(on pense par exemple à l’ouvrage entier consacré à ce terme produit par Nacira Guenif-Soulemas, Des beurettes aux descendantes d’immigrants nord-africains aux éditions Grasset )

Contre-attaqueR

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