Le Figaro Magazine et Saint-Denis (suite)

Quand France Inter et Hélène Jouan approuvent le bidonnage journalistique à des fins islamophobes

Jerôme Martin /

Jerôme Martin

Enseignant et membre du CEAL (Collectif des enseignant·es pour l’abrogation de la loi du 15 mars contre le voile à l’école) Ancien militant d’ Act Up-Paris, blogueur.

Le 20 mai 2016, la responsable de la revue de presse de France Inter, a relayé et cautionné le dossier du Figaro Magazine, confirmant une pseudo-islamisation et une menace pour la ville et des banlieues.

Ce vendredi 20 mai, Hélène Jouan, en charge de la revue de presse, vient de présenter des articles évoquant la disparition du vol Egypt Air, les interrogations sur un possible attentat, les précautions à prendre sur une telle analyse ou encore les appels à interdire les fans zones face à des menaces d’attaques. Le présentateur n’y va pas par quatre chemins pour assurer la transition avec la Une du Figaro Magazine qui vient de paraître : «  Menace terroriste, montée de l’islamiste en France. Nouvelle illustration dans la presse ce matin » (voir la revue de presse à ce lien, à partir de 3’57 ). L’équation est claire, elle est assumée par la rédaction de la chaîne publique.

Hélène Jouan présente le dossier sans aucun recul critique. La seule mise à distance qu’elle se permet sera un timide : « une ville qui semble, à la lire en tout cas, presque totalement tombée aux mains des plus radicaux ». Jouan enchaîne ensuite sur un résumé du « dossier ».

Depuis, le bidonnage de l’article a été maintes fois prouvé. Ainsi, le témoignage d’un responsable de la mosquée, que cite Jouan, est un faux, comme l’a prouvé le Journal de Saint-Denis (voir à ce lien). Un autre témoin du dossier, Loïc, a indiqué ensuite qu’il n’avait pas tenu les propos qu’on lui prête. Un couple d’habitant-es de Saint-Denis a raconté les questions biaisées que lui a posées la journaliste, et révélé que leurs propos n’avaient pas été publiés car ils ne rentraient pas dans la ligne idéologique imposée : curieuse façon d’enquêter sur une ville et ses habitant-es. Les photos sont évidemment choisies et sélectionnées : on n’y présente pas la diversité des habitant-es, de leur tenue, des magasins, notamment de vêtements, etc. Les luttes sociales, collectives, intenses dans la ville, sont passées sous silence, ainsi que les problèmes réels : le manque de remplaçant-es pour les professeurs, les déserts médicaux, les services publics (poste, transport) insuffisant, etc. Des habitant-es de Saint-Denis ont ainsi analysé en détail l’article.

Bien sûr, Hélène Jouan pourrait dire qu’elle n’avait pas le temps de vérifier ses informations. Mais qui l’oblige à accorder une telle importance au dossier du Figaro Magazine, sans aucun recul ? À présenter les magazines le jour de la sortie ? S’il faut à cette journaliste quelques jours pour recouper un témoignage et examiner une info, c’est-à-dire faire son travail, qu’elle les prenne, et fasse la différence entre une revue de presse et un publi-reportage.

Et même si Jouan avait de bonnes raisons de ne pas attendre, un témoignage au moins était facile à vérifier, celui du prêtre qui affirme qu’il ne peut acheter de viande non halal hors des jours de marché ou à Carrefour. Une simple vérification sur Openstreetmap prend 30 secondes.

Mais loin de vérifier les infos bidonnés du dossier, Hélène Jouan va les relayer et les amplifier, au prix de quelques erreurs sur le contenu même de l’article ! Elle généralise ainsi le témoignage de deux femmes en les présentant comme la norme de Saint-Denis. Et, alors que c’est un certain Abdallah qui évoque dans le Figaro Magazine des stratégies d’intimidation des femmes (« ils bloquent les trottoirs pour les empêcher de passer », page 62), Hélène Jouan prétend sur les ondes de France Inter que ce témoignage serait celui d’une femme. Or, aucune femme interrogée dans le dossier ne confirme la pratique décrite par le sociologue en herbe !

Avant de se tourner vers Didier Daenincks, sur lequel nous reviendrons bientôt, la responsable de la revue de presse conclut : « c’est un reportage à vrai dire assez terrifiant. » Ce qui est assez terrifiant, c’est le manque de déontologie d’une journaliste dès qu’elle travaille sur les quartiers populaires et l’islam. Qu’attend Hélène Jouan pour corriger les erreurs du dossier sur la base du travail des habitant-es de Saint-Denis (voir par exemple la pétition que certain-es ont lancée) et celui de journalistes qui n’ont pas perdu le sens de la rigueur ?

Contre-attaqueR

« Islamophobie et xénophobie à l’heure de la présidentielle » : meeting à Saint-Denis le 18 décembre

#AdamaTraoré : chronique d’une affaire d’État

#MomentMarianne : chronique de cette « gauche » qui sombre

Assa Traoré : « Cette détention provisoire, c’est une vengeance insupportable du parquet de Pontoise »

« Islamophobie et xénophobie à l’heure de la présidentielle » : meeting à Saint-Denis le 18 décembre

#AdamaTraoré : chronique d’une affaire d’État

#MomentMarianne : chronique de cette « gauche » qui sombre

Assa Traoré : « Cette détention provisoire, c’est une vengeance insupportable du parquet de Pontoise »

`