Jacques Julliard

« Tout refuser aux musulmans en tant que religion »


L’équipe de Contre-attaque(s)

Dans un entretien au Figaro du 26 septembre, intitulé « Il existe à gauche une tendance à la chasse à l’homme », Jacques Juilliard, éditorialiste, est interrogé sur la question de l’islam.

Extrait

La question de l’islam a été hystérisée par certains de ses défenseurs et certains de ses adversaires. Avec Marine Le Pen d’un côté et Edwy Plenel de l’autre, il est devenu extrêmement difficile de parler de l’islam. Les uns y voient un instrument de pénétration de l’idéologie islamiste (ce qui n’est pas indéfendable), d’autres, assez curieusement, en ont fait la religion des pauvres. Sur ce point, je crois qu’il faut tenir ferme sur la seule position universalisable, c’est-à-dire la position laïque. Pierre Manent, dans son dernier livre, critique vertement la laïcité et propose un système religieux pluriel où l’on serait à la fois en chrétienté pour les chrétiens et en islam pour les musulmans. Je pense, pour ma part, que cela mènerait à la libanisation de la France. Je m’en tiens à une seule position, celle de la Révolution française exprimée par Clermont-Tonnerre à propos des Juifs : « Tout donner aux Juifs, en tant qu’individus, tout leur refuser en tant que nation. » À mon tour, je pourrais dire : « Tout donner aux musulmans en tant qu’individus et tout leur refuser en tant que religion. »

Je vois d’un très mauvais œil l’obsession qu’ont les gouvernements français à vouloir trouver un interlocuteur, à chercher une Église musulmane qui n’existe pas. En faisant cela, on enchaîne l’individu à sa religion d’une manière inadmissible. On le contraint à obéir à des chefs religieux. Ce qui est incroyable de la part d’une République laïque qui fut bien longtemps anticléricale ! Nous devons considérer les musulmans comme des citoyens comme les autres, et non comme une minorité brimée, ou comme une cinquième colonne. Si on en fait une communauté structurée, le jour où celle-ci basculerait dans la radicalité, les individus qui la composent auraient une sorte de devoir, imposé par la République elle-même, d’adhérer à cette radicalité. C’est absurde !

Ignorance des fondements de la laïcité

Ce qui est étonnant dans les propos de Jacques Julliard, au-delà de la vision de l’Eglise, c’est le fait que Juilliard semble ignorer que la loi de 1905 crée une nécessité pour l’Etat d’voir un interlocuteur pour chacune des grandes religions. Cet interlocuteur existe pour les catholiques comme pour les juifs, la République en a besoin pour l’islam, ne serait-ce que pour pouvoir choisir les aumôniers dans l’armée, les prisons, les hôpitaux.

Plus grave encore, Juilliard oublie le texte même de la loi de 1905 qui, dans son article 1 « garantit la liberté des cultes ». Le terme garantit est clair, la République a un responsabilité à l’égard des cultes.

Contre-attaqueR

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