10 citations de Malcolm X qui résonnent encore aujourd’hui

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Il y a 52 ans, Malcolm X était assassiné à Harlem, devant un auditoire de plus de quatre cent personnes. Son apport à la lutte contre l’impérialisme et la suprématie blanche n’a pas pris une ride. Nous publions ici quelques extraits de ces discours.

Sur la haine de soi intériorisée

« Qui vous a appris à haïr la texture de vos cheveux ? Qui vous a appris à haïr la couleur de votre peau, à tel point que vous la blanchissez pour être comme l’homme Blanc ? Qui vous a appris à haïr la forme de votre nez et la forme de vos lèvres ? Qui vous a appris à vous haïr du sommet de votre tête à la plante de vos pieds ? Qui vous a appris à haïr votre nature ? À haïr la race à laquelle vous appartenez à tel point que vous ne voulez pas être à côté de ceux qui vous ressemblent ? Non...avant de venir demander si M. Muhammad enseigne la haine, vous devriez vous demander qui vous a appris à détester ce que Dieu a fait de vous. »
(extrait d’un discours prononcé le 16 février 1965, au sein de l’Église méthodiste de Corn Hill)

Sur l’importance de la fraternité

« Je le répète, je ne suis pas raciste. Je ne crois en aucune forme de ségrégation. Je suis partisan de la fraternité à l’égard de tout le monde, mais je ne crois pas qu’il faille imposer la fraternité à des gens qui n’en veulent pas. Pratiquons-la entre nous, et si d’autres veulent la pratiquer à notre égard, nous accepterons de leur rendre la pareille. Mais je ne pense pas que nous devions chercher à aimer qui ne nous aime pas.
L’hostilité est une bonne chose. Il y a trop longtemps qu’elle est contenue. Quand nous cesserons de toujours dire oui à M. Charlie et de tourner la haine contre nous-mêmes, nous commencerons à êtres libres. »

Sur les stratégies de division mises en œuvre par le pouvoir

« Ainsi la stratégie de l’Amérique est celle qu’ont appliquée autrefois les puissances coloniales : elle consiste à diviser pour régner. L’Amérique soutient un dirigeant noir contre un autre, une organisation noire contre une autre. Elle nous incite à penser que nous avons des objectifs différents, des buts différents. Sitôt qu’un noir prend la parole, elle court en trouver un autre pour lui demander : "Que pensez-vous de ce qui vient d’être dit ?" Aujourd’hui, tout le monde peut s’en rendre compte, à l’exception de certains dirigeants noirs. »
(Extrait d’un discours de Malcolm X, prononcé le 8 avril 1964 à New York, à l’occasion d’un meeting organisé par le Militant Labor Forum)

Sur la richesse des États-Unis, et ses origines

« Vous laissez l’homme blanc venir parler de la richesse de ce pays, mais vous ne prenez jamais le temps de vous demander comment ce pays a fait pour s’enrichir si vite. Il s’est enrichi parce que vous avez fait sa richesse.
Prenons ceux qui sont réunis ici. Ils sont pauvres ; pris individuellement nous sommes tous pauvres. Le salaire hebdomadaire de chacun d’entre nous ne représente pour ainsi dire rien. Mais si l’on considère globalement le salaire de tous ceux qui se trouvent ici, cela fait de quoi remplir un tas de paniers. Cela fait une grande richesse. Si vous pouvez collecter les salaires que touchent en un an tous ceux qui sont ici, vous serez riche, et même plus que riche. Envisagez la question de cette façon et songez à la fortune que l’Oncle Sam devait accumuler aux dépens non de la poignée de noirs que nous sommes, mais de millions de noirs. Mon père et ma mère, vos pères et vos mères, qui ne connaissaient pas la journée de huit heures, mais commençaient alors que le jour n’était pas encore levé pour terminer alors qu’ils n’y voyaient plus, et travaillaient pour rien, ont enrichi l’homme blanc, enrichi l’Oncle Sam.
C’est cela, notre investissement. C’est cela, notre contribution – notre sang. Non seulement nous avons fait cadeau de notre travail, mais aussi de notre sang. Chaque fois qu’il a appelé aux armes, nous avons été les premiers à endosser l’uniforme. Nous avons péri sur tous les champs de bataille de l’homme blanc. Personne en Amérique n’a consenti de plus grands sacrifices que nous. Nous avons donné plus et reçu moins.
Pour ceux d’entre nous dont le nationalisme noir constitue la philosophie, les droits civiques, cela veut dire : “Donnez-les nous maintenant. N’attendez pas l’année prochaine. Donnez-les nous hier, et ce ne sera pas encore assez tôt.” »

(Extrait du discours "Le bulletin de vote ou le fusil" - 22 mars 1964)

Sur la nécessité de faire front face à un ennemi commun

« Il est temps que nous mettions nos divergences en veilleuse et que nous comprenions que ce que nous avons de mieux à faire, c’est de commencer par nous rendre compte que nous avons tous le même problème, un problème commun – un problème qui fait que vous prendrez des coups, que vous soyez baptiste, méthodiste, musulman ou rationaliste. Que vous ayez fréquenté l’école ou que vous soyez analphabète, que vous viviez sur le boulevard ou sur la ruelle, vous prendrez des coups tout comme moi. Nous sommes tous dans le même bateau et nous allons tous recevoir les mêmes coups du même homme. Il se trouve précisément que cet homme est blanc. Tous nous avons subi, dans ce pays, l’oppression politique imposée par l’homme blanc, l’exploitation économique imposée par l’homme blanc et la dégradation sociale imposée par l’homme blanc.
Lorsque nous nous exprimons ainsi, cela ne veut pas dire que nous sommes anti-blancs, mais que nous sommes opposés à l’exploitation, opposés à la dégradation, opposés à l’oppression. Et si l’homme blanc ne veut pas que nous soyons ses ennemis, qu’il cesse de nous opprimer, de nous exploiter et de nous dégrader. Que nous soyons chrétiens, musulmans, nationalistes, agnostiques ou athées, nous devons d’abord apprendre à oublier ce qui nous sépare. Si nous avons des divergences, discutons-les en privé ; mais lorsque nous descendons dans la rue, qu’il n’y ait pas de sujet de controverse entre nous tant que nous n’aurons pas fini de discuter avec cet homme. »

(Extrait du discours "Le bulletin de vote ou le fusil" - 22 mars 1964)

Sur les opprimés instrumentalisés par le système

« Le propriétaire d’esclaves prenait Tom, l’habillait bien, le nourrissait bien et lui donnait même une certaine éducation, un minimum d’éducation ; il lui faisait porter une redingote ainsi qu’un haut-de-forme puis contraignait les autres esclaves à le traiter avec respect. Ensuite, il se servait de Tom pour tenir les autres. C’est la même stratégie qui est encore utilisée de nos jours par le même homme blanc. Il prend un Noir, un nègre, comme on dit, le place au dessus des autres, le forme, lui fait de la publicité, le rend célèbre. Par la suite, ce nègre devient le porte-parole des Noirs, le dirigeant noir. »
(Extrait d’un discours prononcé le 9 novembre 1963)

Sur la dimension internationale du pouvoir

« Contre quoi se révolte-t-on ? La structure du pouvoir. La structure du pouvoir américain ? Non. La structure du pouvoir français ? Non. La structure du pouvoir anglais ? Non. Alors de quoi s’agit-il ? Eh bien, il s’agit de la structure internationale des pouvoirs occidentaux. Une structure qui englobe tout à la fois les intérêts américains, français, anglais, belges et européens. Ces pays qui ont jadis colonisé l’homme noir forment un gigantesques conglomérat international. Une structure, une illustre maison qui a régné sur le monde jusqu’alors. » (discours 15 février 1965)

Sur les astuces du pouvoir pour faire croire qu’il s’occupe d’un problème

« Jusqu’à présent l’administration a usé d’une méthode astucieuse qui consiste à faire semblant de chercher à résoudre le problème, alors que ce n’est pas cela qu’ils cherchent. Ils se sont attaqués aux conséquences, mais jamais à la cause. Ils ne nous ont fait que des concessions symboliques. Le symbolisme ne profite qu’à un très petit nombre d’entre nous ; il ne profite jamais aux masses. Or, ce sont les masses qui ont un problème, pas les membres de la minorité. Celui qui bénéficie du symbolisme ne tient de toute façon pas à nous côtoyer - et c’est pourquoi il s’attache au symbole [...] »
(discours du 14 février 1965)

Sur les médias et le retournement de situation

« Ils nous accusent de ce dont ils sont coupables. C’est toujours ce que fait un criminel. Ils vous lancent des bombes, puis vous accusent de vous les lancer vous-mêmes. Ils vous fracassent le crâne, puis vous accusent de vous frapper. C’est ce que les racistes ont toujours fait…(...) Puis, ils utilisent la presse pour faire de vous un coupable… voyez comme la victime est le criminel et le criminel la victime. C’est ainsi qu’ils procèdent. (…) Mais, ils n’aiment rien faire sans le soutien du public blanc. Les racistes, qui ont habituellement beaucoup d’influence dans la société, ne font pas un geste sans l’opinion publique à leurs côtés. Alors, ils utilisent la presse pour la convaincre. Lorsqu’ils veulent détruire ou opprimer la communauté noire, que font-ils ? Ils prennent des statistiques et, les communiquent au public par le biais des médias. Ils font apparaître que la criminalité est plus élevée dans la communauté noire qu’ailleurs. Quel effet cela produit-il ? C’est un message très astucieux utilisé par les racistes pour faire croire aux Blancs qu’ils ne sont pas racistes et que le taux de criminalité dans la communauté noire est très élevé. Cela maintient l’image de criminel de la communauté noire. Et ce sentiment installé, l’instauration d’un État policier visant spécifiquement la communauté noire devient possible et justifie, aux yeux du public blanc, que la police puisse entrer dans ces quartiers et manifester sa brutalité en tuant les Noirs, en leur fracassant le crâne, en leur lançant des chiens, ou des choses de ce genre. Et les Blancs les suivent, parce qu’ils croient que tous là-bas sont des criminels et qu’ils le méritent. C’est cela que la presse fait. »
(Extrait d’un discours prononcé le 16 février 1965, au sein de l’Église méthodiste de Corn Hill)

Et avant de partir...

« Chaque heure passée ici en terre Sainte m’a permis de mieux comprendre le problème racial en Amérique. On ne saurait blâmer le Noir pour son agressivité dans ce domaine. Il ne fait que réagir à quatre siècles de racisme conscient de la part des blancs. Mais si le racisme américain mène au suicide, je crois que les jeunes blancs de la nouvelle génération, ceux des universités, verront ce qui crève les yeux. Je crois que nombre d’entre eux opteront pour la vérité spirituelle.
C’est le seul moyen qu’ait encore l’Amérique d’éviter le désastre.
Oui, j’ai chéri mon rôle de "démagogue". Je sais que bien des sociétés assassinent les hommes qui les ont aidées à muer. Si je meurs en ayant apporté la plus petite lumière, la plus petite parcelle de vérité, si je meurs en ayant pu contribuer à détruire le cancer raciste qui ronge la chair américaine, alors, tout le mérite en revient à Allah. Ne m’imputez que les erreurs. »

(Dernières lignes de l’Autobiographie de Malcolm X, Alex Haley)

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