#TousUnisContreLaHaine : le racisme n’est pas un accident, mais un système.

Marwan Muhammad /

Marwan Muhammad

Directeur exécutif du CCIF, collectif contre l’islamophobie en France. Ancien conseiller spécial auprès de l’OSCE, en charge des questions de luttes contre les discriminations, dans les 57 pays membres de l’organisation.

Marwan Muhammad, directeur exécutif du CCIF, collectif contre l’islamophobie en France, réagit face à la campagne contre le racisme initié par le gouvernement « Tous unis contre la haine » à l’occasion de la Semaine d’éducation contre le racisme et l’antisémitisme.

Le gouvernement a lancé ce 21 mars une vaste campagne contre le racisme, intitulée « Tous unis contre la haine ». Cette initiative est à saluer : si elle ne devait avoir qu’une utilité, ce serait de rappeler, à l’intention du plus grand nombre, que l’Etat a encore à cœur de combattre les violences et les discriminations racistes. Ou du moins de l’affirmer.

Car dans les faits, cette campagne est lancée la même semaine où le gouvernement fait appel de la décision le condamnant dans le cadre du très suivi procès sur les contrôles au faciès.

C’est le même gouvernement qui fait défoncer les portes de citoyens innocents en pleine nuit et mène près de 4000 perquisitions ciblant principalement des familles musulmanes, pour ensuite faire mine de dénoncer le racisme anti-musulman et l’islamophobie.

C’est le même gouvernement dont la police poursuit une politique de contrôle au faciès et bénéficie d’une impunité quasi-totale dans les cas de bavures, avant de s’empresser de dénoncer les stéréotypes racistes.

C’est le même gouvernement qui affiche sa volonté de faire œuvre de pédagogie sur toutes les formes d’intolérance, alors même que 40% des discriminations et des refus d’accès ont lieu dans des services publics, par manque de formation au respect des droits.

C’est encore ce même gouvernement qui feint d’oublier que les institutions sont les premières discriminantes en matière d’islamophobie. Ces discriminations touchent dans leur très grande majorité les femmes, à hauteur de 88%, et pourtant, elles sont les grandes invisibles de cette campagne.

Ca commence par des mots… ceux des personnes qui, dans l’espace politique et médiatique, ont droit à la parole publique, produisent et légitiment les idées qui donnent une voix au racisme.

Le racisme n’est pas un accident, mais un système.

L’antisémitisme, l’islamophobie, la négrophobie, la xénophobie, le racisme anti-Roms, la haine des migrants, et toutes les formes d’intolérance et de rejet contemporaines ne sont pas des phénomènes erratiques, de génération spontanée, mais sont au contraire nourris et produits par la convergence de discours, d’attitudes et de représentations. Celles- là même qui permettent de viser et de problématiser des personnes ou des groupes de personnes en raison de leur couleur de peau, de leur origine ou de leur religion, réelle ou supposée.

Cet aspect systémique des racismes n’évacue en rien les responsabilités individuelles des discriminants et agresseurs, mais permet d’expliquer la nature organisationnelle, politique et parfois institutionnelle du rejet.

Ainsi, le grand absent dans la campagne de mise en cause du racisme que lance le gouvernement est le gouvernement lui-même, dont la responsabilité semble totalement évacuée par la mise en scène d’un racisme interpersonnel, dépolitisé et s’exprimant dans la violence de rue, alors même que les populations visées par le racisme, sans minimiser l’ampleur des cas d’agressions, mettent également en cause la responsabilité des agents et de la puissance publique, à la fois sur le plan des discriminations, mais également sur la manière dont celle-ci les protège, les défend et leur rend justice lorsqu’ils/elles sont la cible d’incidents.

« Trente ans après son émergence, l’antiracisme d’Etat ne tire aucune leçon du monde réel, reste cantonné à des slogans, continue à confisquer la parole des premiers intéressés, se sent toujours investi d’une mission civilisatrice, proclamant les valeurs de la République comme des incantations pour conjurer la mise en danger de nos libertés, l’absence d’égalité réelle et la relégation de la fraternité à une dimension chimérique.  »

Cet antiracisme dépossède, méprise, affirme, confirme son entre soi puis s’étonne lui-même, béat, de s’être donné raison. Il parle de « diversité » en n’invitant que celles et ceux dont les opinions auront préalablement été approuvées. Il ne conçoit d’universalisme que dans l’aspect vertical descendant de la vision sociétale qu’il prône, héraut de l’anti-communautarisme aveugle à son propre clanisme.

Le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, Gilles Clavreul, incarne cette vision à la perfection. Sans la moindre qualification dans le domaine, sans la moindre expérience sur le sujet, il truste depuis 2 ans les moyens de l’Etat sur les questions de racisme, en postes et financements distribués à tous ceux qui, autour de lui, partagent le même agenda.

Après avoir hiérarchisé les racismes et renforcé la concurrence victimaire, insulté et diffamé les organisations et associations qui ne s’alignaient pas sur ses positions, voici qu’il sort totalement de son devoir de réserve pour participer à des initiatives politiques militantes, dont la dernière en date, le Printemps républicain, a donné l’occasion à plusieurs intervenants de déclarer notamment que :

Et que :

Sans que cela n’occasionne la moindre dénonciation de la part dudit délégué. Il devient ainsi intenable de prétendre incarner la lutte antiraciste tout en légitimant, par sa présence, ses déclarations et ses silences complaisants, l’idéologie de l’exclusion, visant une fois de plus les musulmans tout en s’exclamant qu’en France, il devient impossible de parler d’islam.

Il est peut être temps, à l’occasion de cette campagne, de se livrer collectivement à un exercice d’autocritique en évaluant comment, en vérité, chacun-e à notre échelle, nous contribuons à la continuation d’injustices et de stéréotypes racistes. A cet exercice, il n’y a pas de perdants, car aucun d’entre nous n’est immunisé contre ses propres préjugés.

Il se peut qu’à l’épreuve, l’on se rende compte que l’Etat et les institutions ont, de même que des pouvoirs, la responsabilité d’en faire usage et de se mettre à la portée de ceux qui vivent le racisme aujourd’hui, y compris lorsque cela amène à se remettre en question et à changer.

Il sera alors plus crédible de s’affirmer tous unis contre la haine et le racisme, en joignant l’action à la parole.

Contre-attaqueR

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