Nice, 14 juillet

A propos d’un communiqué du Printemps républicain


Alain Gresh

Journaliste, auteur de La République, l’islam et le monde, Fayard.

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On ne présente plus le Printemps républicain, amalgame de personnalités de droite et de gauche, unies dans leur dénonciation du concept d’islamophobie. Leur dernier communiqué mérite d’être lu.

Nous avons reproduit ce communiqué intégralement avec nos remarques en gras.

En frappant la France le 14 juillet, en massacrant délibérément des civils pacifiques venus célébrer notre fête nationale, le terrorisme islamiste a une fois de plus montré à Nice sa haine de nos valeurs républicaines, de notre mode de vie, de notre engagement séculaire pour la liberté des hommes et des femmes du monde entier.

Leur haine de notre mode de vie ? Croit-on vraiment que ce qui fait agir ces jeunes c’est le fait de voir d’autres jeunes attablés à la terrasse des cafés ? Pourquoi les attaques ne visent-elles que les pays européens engagés dans la fameuse « guerre contre le terrorisme » ? Je ne sais pas non plus de qui parlent les auteurs quand ils évoquent leur engagement séculaire pour la liberté des hommes et des femmes. Rappelons à ces défenseurs de la laïcité que ceux qui ont voté la loi de séparation en 1905 n’étaient que des hommes, qu’une femme n’a eu le droit à ouvrir son propre compte en banque sans autorisation de son mari qu’en 1965. Et que personne ne s’indigne quand, dans des meetings ou dans des colloques scientifiques, on ne compte aucune femme à la tribune.

Le Printemps Républicain tient tout d’abord à exprimer sa solidarité avec les familles et les proches des victimes de cet ignoble attentat.

Voici une phrase qui ne provoquera pas de polémiques. On ne peut évidemment que condamner de tels actes où qu’ils soient commis.

Il tient à exprimer sa reconnaissance aux forces de l’ordre d’avoir neutralisé le criminel, et à l’ensemble des fonctionnaires mobilisés, notamment hospitaliers, pour leur solidarité exemplaire en première ligne.

Cet attentat intervient après une longue liste de crimes terroristes. Chacun à en mémoire les atrocités commises de Toulouse à Magnanville, de Bamako à Orlando sans oublier Bagdad, Bruxelles ou Tel Aviv. Chacun sait que cette liste n’est probablement pas close, du fait de la volonté de l’ennemi de nous démoraliser, nous diviser, nous détruire.
Le seul “choc des civilisations” est celui voulu, souhaité, perpétré avec acharnement par les islamistes contre tout ce qui n’est pas eux, contre tous ceux qui ne croient et ne pensent pas comme eux.

Cette longue liste est intéressante, car elle reflète un amalgame total entre des situations qui n’ont rien de comparable. C’est d’ailleurs l’avantage du concept à géométrie variable de « terrorisme ». Peut-on vraiment inclure dans une seule grille d’analyse la situation au Mali, dans toute sa complexité, celle en Israël-Palestine, avec une occupation qui dure depuis si longtemps et qui nous rappelle la fameuse phrase prémonitoire du général de Gaulle en novembre 1967 : « Israël ayant attaqué, s’est emparé en six jours de combat des objectifs qu’il voulait atteindre. Maintenant il organise, sur les territoires qu’il a pris l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsion et s’il manifeste contre lui la résistance qu’à son tour il qualifie de terrorisme. » ? Absence d’analyse politique, généralisation abusive, l’usage du concept de terrorisme permet de se passer de toute analyse sérieuse des causes et des effets. Qu’il faille lutter contre l’organisation de l’Etat islamique, nul ne le met vraiment en doute. La question est de savoir comment et pourquoi nous persistons dans des voies qui ont déjà montré leur échec.

Nous sommes dans un affrontement non entre civilisations mais de nature idéologique, contre l’islamisme qui prend des formes variées, depuis les messages de haine sur les réseaux sociaux jusqu’au meurtre de masse. A aucun moment, notre détermination à nommer les coupables et à les combattre jusqu’à la victoire finale ne doit faiblir.
Dans ce combat, aucune forme de mobilisation ne doit être négligée. Au-delà de l’engagement militaire et policier, il s’agit bien, ici et maintenant, de mener un combat idéologique sans merci ni répit contre les idéologies barbares à l’origine de ces crimes. Le Printemps Républicain y prendra toute sa part en se faisant le promoteur d’un débat public apaisé mais sans concession autour de la sauvegarde de nos principes et de nos valeurs.

L’engagement militaire et policier et le lancement de « la guerre contre le terrorisme » par par le président George W. Bush en septembre 2001, remonte à plus de quinze ans. Or il n’y a jamais eu autant de victimes de ce que les médias appellent « terrorisme », jamais eu autant d’instabilité. N’est-il pas temps de s’interroger sur une politique dont le seul résultat est plus de chaos dans le monde et moins de libertés chez nous ?

Nous devons en particulier dénoncer sans relâche ceux pour qui notre République serait punie parce que coupable de menées guerrières ou de prétendue « islamophobie ».
Nous appelons l’ensemble des forces démocratiques à rompre toute relation politique avec les mouvements ou individus qui propagent ce genre de mensonges mortifères.

Il n’y a aucun rapport entre les menées guerrières de notre République et ce qui se passe chez nous ? On peut quand même rappeler que le point de départ de tout ce chaos est la guerre menée contre l’Irak en 2003, qui a été à l’origine de la naissance d’Al-Qaida en Irak puis de l’Etat islamique. Certes la France l’a condamnée (mais tous les participants du Printemps républicain ne l’ont pas fait), mais elle a fini par se rallier à l’occupation du pays par les Etats-Unis en votant la légitimité de cette occupation au conseil de sécurité de l’ONU. De plus, la France s’est engagée depuis une décennie dans toute une série de guerres en Afrique et au Proche-Orient, comment peut-on penser une seule minute que cela n’a aucun rapport avec ce qui se passe chez vous ?

Quant à l’islamophobie, entre guillemets, c’est un concept adopté aussi bien par le Conseil de l’Europe que par les Nations unies, utilisé dans pratiquement tous les pays européens sans problème et en France par le Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH). Tous ceux qui s’en réclament seraient des propagateurs de « mensonges mortifère » ?

Nous appelons donc nos concitoyens au sang-froid et à la mobilisation. Nous les mettons en garde contre tous les fauteurs de haine identitaire, qui tenteront d’attiser la division, comme ils ont déjà essayé, en vain, de le faire après les attentats de janvier et novembre 2015. Plus elle sera unie et mobilisée, plus la République sera apaisée.

C’est une recommandation que l’on ne peut que partager. Mais on peut douter que le type de discours du Printemps républicain y contribue, pas plus que son appel, formulé ci-dessous, à s’engager dans la réserve opérationnelle.

Nous appelons les Françaises et les Français aptes à s’engager dans la réserve opérationnelle à rejoindre celle-ci, pour permettre à nos forces de sécurité de faire face aux dangers imminents et renouvelés auxquels notre pays est confronté.

Nous appelons dès maintenant nos concitoyens à pavoiser du drapeau tricolore, symbole d’unité et de liberté, leurs domiciles, leurs véhicules et leurs lieux de travail et à participer aux rassemblements pacifiques organisés ces jours prochains partout dans le pays.
Unis, nous vaincrons.

Si les Français ont exprimé, à juste titre, une émotion face à l’attaque de Nice, une solidarité avec les victimes et leurs proches, ce n’est sûrement pas le langage guerrier du Printemps républicain qui permettra d’éviter d’autres drames, d’autres crimes.

- *

Contre-attaqueR

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