L’exemple vient de haut

Accueillir des réfugiés ? oui, mais s’ils sont chrétiens

Alain Gresh /

Alain Gresh

Journaliste, auteur de La République, l’islam et le monde, Fayard.

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Deux maires proposent de n’accueillir des réfugiés qu’à condition qu’ils soient chrétiens. Indignation générale. Mais l’exemple n’a-t-il pas été donné par le gouvernement français lui-même et par certains médias ?

Tout le monde se souvient de cette publicité, avec un curé Don Pamillo se faisant rabrouer par Dieu pour son repas : « Des pâtes, oui, mais des Panzani. » Un certain nombre des bons maires de France, ceux qui veulent défendre le terroir contre les invasions barbares, qui se sentent l’âme d’un Charles Martel à Poitiers, ont donc proclamé, face à la crise des réfugiés, qu’ils étaient prêts à accueillir ces pauvres créatures, mais à condition qu’elles soient certifiées chrétiennes. Le problème, comme pour les musulmans, c’est comment on distingue un « vrai » chrétien d’un « faux » ?

Dans une tribune drôlatique publiée par Le Monde du 13 septembre, « Sélectionner les réfugiés en fonction de leur religion : une initiative scandaleuse », le philosophe Jean-Claude Bourdin fait quelques propositions :

« 1. On commencera par la cérémonie "Pinard et sauciflard". Pour un accueil public et festif, on ne se bornera pas à les accueillir avec des pancartes de bienvenue, on leur servira un verre de rouge et du saucisson. Le test est imparable. Ceux et celles qui refuseront de boire et de manger seront renvoyés immédiatement chez eux. »

« 2. N’écartons pas le cas de gens qui surmonteront leur répugnance pour tromper la vigilance des gardiens de l’identité chrétienne de la France. Il faut un second test qui a l’inconvénient de ne s’appliquer qu’aux hommes : l’inspection des prépuces. L’ennui, c’est qu’il existe des chrétiens qui sont circoncis. Les juifs le sont également. Il faut donc un troisième test. »

« 3. Il ne suffit pas de se prétendre chrétien, il faut le prouver. Rien de tel que de soumettre le et la réfugié(e) à un questionnaire de connaissance des Evangiles et éventuellement des épîtres de Paul. Un questionnaire à choix multiple auquel tout chrétien français sait répondre depuis sa communion solennelle serait donc nécessaire. »

Laissons le lecteur découvrir les autres suggestions de Bourdin et penchons nous un moment sur les déclarations des deux maires (tous les deux membres du parti Les Républicains). Celui de Roanne Yves Nicolin est le plus clair et le plus déterminé. Comme le rapporte le site lemonde.fr, il déclare : « Ce que je souhaite c’est qu’on puisse avoir l’absolue certitude que ce ne sont pas des terroristes déguisés, c’est la raison pour laquelle je pense que demander ça, et que ce soit des chrétiens, peut représenter une garantie suffisante. » Et, ajoute-t-il, « il suffit de leur poser deux ou trois questions sur le christianisme pour vérifier ». Par exemple de savoir ce qu’est la fête de l’Assomption que tous les chrétiens connaissent ? Et ensuite, qu’est-ce qu’un chrétien ? Si, parmi ces réfugiés considérés comme chrétiens, il y en a qui ne sont pas croyants (rappelons que, au Proche-Orient, nombre de chrétiens ont adhéré aux partis communistes locaux), seront-ils repoussés par l’édile ? Faut-il être croyant pour être sauvé ? Renverra-t-on en enfer les athées et les libre-penseurs ?

Le maire de Belfort Damien Meslot a pris quelques distances avec la position de son collègue de Roanne – il serait prêt, peut-être, à prendre des réfugiés non chrétiens. Il résume dans un entretien au Journal du Dimanche du 7 septembre sa philosophie : « Je suis chez moi, je fais ce que je veux. ». Mais, le problème, comme le souligne le journaliste dans l’entretien, c’est qu’on n’a pas le droit d’interroger un réfugié en France sur sa religion. Meslot rétorque : « J’ai lu, peut-être m’a-t-on trompé, qu’ils étaient particulièrement menacés. Je suis un catholique pratiquant et croyant et j’ai entendu l’appel du pape François. C’est ma conviction personnelle : les chrétiens d’Orient vivent un calvaire. J’ai le droit quand même, en tant que maire de Belfort, de me proposer d’accueillir quelques familles. Je suis chez moi, je fais ce que je veux. Quand Laurent Fabius annonce, il y a quelques mois, que la France va loger un millier de familles chrétiennes, personne n’a trouvé à redire. Pourquoi ma proposition déclenche-t-elle aujourd’hui l’ire d’une partie de la presse de gauche bien-pensante ? »

Sur ce dernier point, il n’a pas tort. Cela fait longtemps que le gouvernement français met en avant le fait qu’il faut accueillir les Irakiens, mais chrétiens. Comme le soulignait Pierre Prier dans son article « Les chrétiens d’Orient, un enjeu politicien français », OrientXXI, 7 mai 2015 :

« Le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve a annoncé le 21 mars 2015 que 1 500 visas avaient été accordés à des chrétiens irakiens. Une mesure de "com" d’autant plus pathétique que la France n’accueille qu’au compte-goutte les réfugiés syriens, toutes religions confondues : 500 visas seulement accordés depuis octobre 2013. Un chiffre ridicule comparé à l’effort d de ses voisins européens : 70 000 visas délivrés par l’Allemagne et 30 000 par la Suède, selon Amnesty International. Le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius est pour sa part allé à New York le 27 mars dernier pour proposer au Conseil de sécurité une "charte de protection des minorités" qui ne cite pas précisément les chrétiens. Ce qui n’empêche pas le ministre de présenter son initiative, dans une interview au quotidien catholique La Croix, comme un nouvel épisode de la "protection des chrétiens d’Orient, constitutive de l’histoire de France". Une phrase lourde d’anachronismes et de malentendus. Ce rôle de protectrice, la France se l’était attribué depuis l’alliance de François 1er avec Soliman le Magnifique. Les deux souverains inaugurèrent une série de "capitulations", accords bilatéraux signés tout au long de la durée de l’empire ottoman sur les droits des catholiques résidents, quelle que soit leur nationalité, et sur la protection des lieux saints de Jérusalem. »

En revanche, concernant les médias, il se trompe. Ce sont surtout (mais pas seulement) les médias de droite qui ont claironné la nécessité de sauver les chrétiens d’Orient, comme l’illustrent ces quelques couvertures. Cela ne signifie-t-il pas que l’on demande aux gens que l’on accueille, leur religion. On ne dit toujours pas ce que l’on fera des membres des communautés chrétiennes qui ne sont pas croyants…

Contre-attaqueR

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