Arrêtons de qualifier les racistes de « fous » ou de « schizophrènes »

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Avanarchiste

Militante.

Qui n’a pas déjà qualifié une sortie de Valls, Sarkozy, etc., de « folle », « schizophrène » ou autre ? Ces mots qui nous viennent par ignorance et facilité sont en réalité contre-productifs : à la fois pour les personnes souffrant de ces maladies et pour la lutte contre le racisme.

Un argument qui revient souvent dans les luttes antiracistes est celui de la folie. Un-e tel-le aurait tenu un propos violent et raciste parce que c’est « un-e taré-e », une personne qui n’a « pas toute sa tête ». On entend aussi désigner le système raciste dans lequel on existe de « bipolaire » ou de « schizophrène » face, par exemple, à ses politiques laïques à deux vitesses. Or, non seulement l’utilisation de ce vocabulaire conduit à davantage de stigmatisation des personnes souffrant réellement de troubles mentaux mais cela contribue aussi à la dépolitisation du racisme.

Sur le premier point d’abord. Avant toute chose, cet argument témoigne d’une véritable méconnaissance des noms de maladies employés (la bipolarité serait un changement brusque d’humeur, la schizophrénie un dédoublement de la personnalité, etc.), ce qui rend difficile d’en parler publiquement et de mieux sensibiliser les personnes non-malades à ces troubles et à leurs implications psychologiques et sociales.
L’idée selon laquelle les racistes seraient « fous » perpétue l’idée que les personnes atteintes d’une maladie mentale sont incapables de logique et de lucidité, et donc qu’elles tomberaient nécessairement dans des rhétoriques racistes par manque de réflexion. On utilise souvent l’argument de la « folie » pour disqualifier l’auteur-e de propos ou d’actes racistes en occultant les dommages collatéraux que cela peut produire sur les personnes souffrant de ces maladies. D‘autant qu’à cette sémantique s’ajoute souvent l’idée que les personnes « folles » (on entend par là une personne atteinte d’une maladie mentale très stigmatisée) doivent être contrôlées, sont incapables de prendre soin d’elles-mêmes ou d’exister en société…ce qui ne fait que maintenir le système psychophobe en place. Un système dont les personnes malades mentales sont aussi victimes, puisqu’il s’agit là d’une oppression à part entière, qui opère, entre autres, par le biais de la domination psychiatrique (hôpitaux abusifs, difficulté d’accès au traitement, discriminations à l’embauche, violences accrues).
Il s’agit aussi de rappeler que les personnes racisées et malades mentales sont victimes d’un système psychophobe et raciste, qui les rend plus vulnérables aux violences psychiatriques et à la violence policière. Qualifier une violence raciste de folie, c’est aussi nier l’expérience des personnes « folles » racisées et les conséquences de ces arguments sur leur réalité. À ce titre, rappelons qu’il n’est pas rare que le système raciste tel qu’il existe provoque l’apparition de maladies mentales chez les personnes racisées. Le racisme n’est donc pas une maladie mentale, mais un appareil politique et social qui peut provoquer des traumas violents chez les personnes qu’il affecte.

Dans un second temps, l’utilisation de la folie comme argument expliquant le racisme dépolitise et dénature les luttes. Il est reconnu dans les luttes contre les oppressions, notamment racistes, que le système auquel nous faisons face est construit politiquement et socialement. Il s’impose par le biais des institutions, des armes de contrôle social (telles que la police), etc. Ces analyses, qui forment le fondement de la justice sociale, ne peuvent, en toute logique, être mises sur le même plan que la folie. Si l’on assigne l’idée de la folie, souvent dans la plus grande ignorance, à des actes et des paroles racistes, on contribue à retirer à ces mêmes actes et propos leur fondement politique et social, qui vient avant tout d’une logique et d’une histoire coloniales. Par exemple, les récentes déclarations de Valls au sujet de l’islam qui serait « une part indissociable de nous-mêmes » lui ont valu d’être taxé de « schizophrène ». Or, il semble évident que ce n’est pas de schizophrénie dont il s’agit, mais de stratégies électorales et politiques qui se font, comme toujours, sur le dos des minorités.
On en revient à dénaturer le fondement même d’une lutte pour ensuite perpétuer l’oppression vécue par un autre groupe social (celui des fous). Il est donc nécessaire de retirer du vocabulaire antiraciste des termes faisant le lien entre racisme et folie, entre racisme et maladie mentale. À la fois pour la protection des personnes folles et pour maintenir l’intégrité politique des luttes contre le racisme et l’islamophobie.

NB : On n’oubliera pas qu’il est parfois aisé pour les personnes blanches malades de refuser de prendre en compte leur comportement raciste sous prétexte que s’en rendre compte est anxiogène ou violent pour elles. Mais dans ce cas précis, encore une fois, leur racisme n’est pas originaire de leur folie, il l’est de leur éducation dans une société où les blanc-he-s détiennent le pouvoir. Leur condition psychologique devient juste une excuse pour ne pas tenir compte de leurs actes racistes et s’en tirer sans avoir à changer leur rhétorique ou remettre en cause leur comportement.

Contre-attaqueR

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