Association des Nubiens de France : la mobilisation continue après une expulsion jugée arbitraire


L’équipe de Contre-attaque(s)

En février dernier, la justice prononçait l’expulsion de l’Association des Nubiens de France (ANF) de leur local sis à Bagnolet. Cette décision, prononcée à la demande du mairie, intervenait dans un contexte particulièrement flou où viennent s’entremêler s’oppose droit associatif, islamophobie, gentrification et tensions politiques. On a essayé d’en savoir plus en interrogeant Youcef Brakni, porte-parole du Collectif contre l’expulsion des Nubiens.

La municipalité de Bagnolet a attaqué l’association des Nubiens de France en justice qu’elle souhaite déloger de son local. Pouvez-vous nous en dire plus ? Que s’est-il passé ?
L’Association Nubienne en France existe depuis 1986. Elle s’est installée dans notre ville en 2004. C’est la seule association de la diaspora Nubienne en France. Ils proposent des activités culturelles autour de l’Histoire millénaire de la Nubie ouvertes à tous sur la ville. En mars 2014, l’ancien maire de la ville leur accorde un local ; malgré l’état délabré de ce local, les Nubiens l’acceptent et prennent en charge les 50 000 euros de travaux nécessaires. En septembre 2014, un groupuscule habitant le quartier, qui anime un blog islamophobe, demande au nouveau maire socialiste de la ville d’expulser l’association nubienne pour récupérer le local...local qui n’avait jamais intéressé personne jusque-là. Ce groupuscule souhaite s’y installer à la place des Nubiens pour, prétendent-ils, faire une « maison de quartier ». Pour obtenir l’expulsion de l’association nubienne, ils vont entretenir les amalgames et monter une campagne islamophobe contre les Nubiens. Ils vont les accuser du classique « communautarisme », de « mouvement politique islamiste », et tous les arguments habituels utilisés par un groupe qui n’est lui composé que des classes moyennes blanches typiques de la petite périphérie de Paris. L’objectif réel est de gentrifier ce quartier pavillonnaire où est situé le local des Nubiens en orchestrant une campagne sur le danger « islamiste ». Qu’à cela ne tienne, le Maire de la ville s’est exécuté et il a attaqué l’association en justice pour l’expulser !

Pour quelles raisons le maire de Bagnolet s’en prend-il à cette association qui semblait fournir un travail essentiel sur la ville ?
Le Maire de la ville est engagé depuis son élection sur une politique pro « bobos ». Bagnolet, qui est située à la porte de Paris, voit progressivement depuis plusieurs années s’installer de nombreux cadres parisiens dans les zones pavillonnaires. Ils sont moins nombreux que les habitants des quartiers populaires mais ils sont mieux organisés et le rapport de force politique leur est favorable. Ce qui se passe avec l’Association Nubienne est le symbole de cette confrontation politique entre les classes populaires et ces classes moyennes blanches qui sont ultra-communautaires. Plusieurs locaux ont été attribués par le Maire à des associations créées par ces classes moyennes, pour faire des activités « culturelles ». Pourtant, ces associations ne touchent qu’une seule catégorie de la population et personne ne crie au communautarisme « blanc ». Le cas des Nubiens interroge sur ce qui est « la norme » : la culture millénaire nubienne n’est pas considérée comme de la « culture » car elle ne reprend pas les codes dominants de la culture occidentale. Pourtant, plusieurs concerts, expositions ou encore conférences ouvertes à tous ont été organisés dans le local des Nubiens. L’intérêt d’une telle association pour la ville de Bagnolet est indéniable, le Maire de la ville a choisi la confrontation plutôt que de prendre en considération l’intérêt général.

Où en êtes-vous aujourd’hui et quelles sont les perspectives ?
Sur le plan judiciaire, nous avons lancé trois recours au fond contre la Mairie de Bagnolet dont nous contestons la légalité des décisions prises, notamment celle relative à l’expulsion de l’association de son local. Nous considérons que c’est une décision arbitraire. Nous sommes déterminés à faire valoir nos droits conformément à la jurisprudence de la Cour Européenne des Droits de l’Homme sur la liberté d’association. De plus, nous considérons qu’il s’agit purement et simplement d’un acte discriminatoire contre l’Association Nubienne en France ! Nous savons que toute bataille judiciaire se gagne aussi grâce au rapport de force politique que nous réussissons à instaurer. C’est pour cela que nous nous sommes crées en collectif contre l’expulsion ; un regroupement de plusieurs forces des quartiers populaires de la ville qui a organisé, le samedi 26 mars dernier, un rassemblement devant la mairie de Bagnolet réunissant près de 500 personnes. Nous poursuivons la mobilisation, avec une soirée culturelle le samedi 9 avril au local, mais aussi prochainement avec un grand meeting-concert de soutien. Il devra servir à financer les frais de justice et mobiliser autour de cette question.

Comment faire pour soutenir cette association et leur combat ? Des pistes d’action ?
Il faut s’abonner à la page Facebook du Collectif Contre l’Expulsion Des Nubiens de Bagnolet pour être tenu au courant des différentes initiatives. Ne pas hésiter non plus à partager l’information sur les réseaux sociaux et à la diffuser dans les milieux militants pour faire sortir cette cause de l’isolement local. Il faut aussi interpeller le maire, Tony Di Martino, et le député de la circonscription, Razzy Hammadi, sur Twitter, Facebook et par courrier. Ne pas hésiter, enfin, à venir en famille aux différentes initiatives, et rencontrer cette formidable association, qui ne demande qu’à faire découvrir la Nubie et son histoire, pour qu’elle puisse être transmise et préservée.

Et justement, le prochain événement de soutien à l’association Nubienne en France (ANF) aura lieu ce samedi 9 avril 2016, à 18h30, au 8 rue des Loriettes (Bagnolet). Les Nubiens vous proposent une découverte de la Nubie à travers la projection du film documentaire-témoignage "Si nous avions été des statues" (réalisé par Anne Terrasse).
La projection sera suivie d’un débat en présence d’Anne Terrasse, réalisatrice du film et de Frédérique Fogel, anthropologue au CNRS (Université Paris Ouest Nanterre), auteure du livre "Mémoires du Nil".

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