Chasse aux militants antiracistes : jusqu’à quand ?

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Tribune collective

Les offensives contre les forces de l’antiracisme politique ont gagné en intensité ces dernières semaines. Elles visent en particulier Houria Bouteldja et le Parti des Indigènes de la République. Plusieurs militants, collectifs et universitaires, appellent à ne pas céder et à prendre ces attaques pour ce qu’elles sont : les soubresauts de néo-conservateurs aux abois.

Depuis quelques années déjà, les attaques contre les militants et organisations de l’antiracisme politique se multiplient, dans un silence quasi général. De la diffamation à la censure, en passant par d’innombrables campagnes de criminalisation, nos opposants ne reculent devant rien pour tenter de museler nos voix.

Ces derniers temps, comme un écho revanchard à nos avancées dans les sphères médiatique, politique et universitaire, et à la légitimité de nos luttes, les offensives se sont intensifiées. Leur violence aussi. Elles visent chacune des initiatives portées par celles et ceux qui osent produire des discours et des mobilisations échappant au contrôle de l’État et des associations antiracistes historiques.

Il suffit de remonter le fil d’actualités de ces dernières semaines pour en prendre la mesure. À chaque fois que des collectifs, affiliés de près ou de loin à l’antiracisme décolonial, ont tenté de s’organiser autour d’un projet précis, des stratégies de sabotage ont été mises en place. Les responsables de ces basses manoeuvres sont connus : on les retrouve du Printemps Républicain à la « fachosphère », en passant par l’infâme « bande à Valls » et les réseaux laïcards. Avec de solides relais médiatiques et politiques, et le soutien actif d’organisations historiques telles que la Licra ou SOS Racisme, cette gauche identitaire et extrême-droite n’hésitent jamais à converger quand il s’agit de nous faire « rendre gorge ».

Quand ils ne cherchent pas à faire interdire des événements organisés par des militants de l’antiracisme politique (Camp d’été décolonial, Festival Nyansapo, conférences diverses sur l’islamophobie…), ces réseaux s’attaquent à ses figures les plus médiatiques. À ce titre, le déferlement de haine et de calomnies qui s’est abattu sur Houria Bouteldja, la porte-parole du Parti des Indigènes de la République, sans qu’aucun média ne prenne le soin de lui donner la parole, est édifiant. Si les thèses du PIR sont débattues au sein même des mouvements décoloniaux, nous ne saurions tolérer que l’une de ses plus anciennes, courageuses et prolifiques militantes soit aussi violemment prise pour cible. D’autant que ces attaques dépassent largement le cadre de la critique politique. Ce que l’on a vu et lu ces dernières semaines, ces derniers mois, ces dernières années, ressemble davantage à une chasse à la femme arabe, menée d’ailleurs avec tous les moyens du pouvoir. On l’accable sans la lire, on parle d’elle sans l’écouter, on la combat sans débattre. Partout, tout le temps. Il a été acté - on ne sait plus trop par qui - que ses thèses étaient « dangereuses » et « racistes ». Bizarrement, elles ne le sont qu’en France. Partout ailleurs, elle est invitée à présenter et discuter son livre sans que les institutions des pays concernés ne se mettent à trembler...

Créer l’ennemi et imposer la rupture

En réalité, on le sait, à travers Houria Bouteldja et le PIR, c’est tout l’antiracisme politique qui est visé - même si par ailleurs, ce dernier ne se résume pas à leur parti. Aussi, si les Indigènes de la République cristallisent les tensions et une bonne partie des attaques, aucune des organisations partageant tout ou partie de ces thèses n’est épargnée. Nous avons tous fait les frais, chacun à notre niveau et dans nos domaines respectifs, de ces cabales visant à étouffer une critique radicale de la colonialité du pouvoir et à freiner des projets d’émancipation.

En réalité, on le sait, ce que l’on ne pardonne pas à ces militants c’est la mise en cause du système raciste à l’oeuvre dans nos sociétés, du traitement colonialiste et guerrier contre d’autres peuples et des politiques sionistes au dépend des droits inaliénables du peuple palestinien. Aussi, non seulement faut-il veiller à ce que ces critiques ne puissent s’exprimer nulle part (d’où les pressions successives pour faire annuler des interventions, conférences, couvertures médiatiques…) mais il faut aussi s’assurer qu’elles ne pénètrent pas les réseaux progressistes. C’est comme cela qu’il faut traduire la focalisation sur la députée Danièle Obono qui, en plus d’être une femme noire, porte un antiracisme qui tranche avec l’idéologie dominante. C’est comme cela qu’il faut traduire les injonctions faites à Mediapart, Sud Éducation et la France Insoumise - pour ne citer que les polémiques les plus récentes - de se désolidariser de l’antiracisme politique. Ces injonctions sont simplifiées par les campagnes de criminalisation menées tout au long de l’année contre les militants et organisations décoloniales. C’est effectivement plus simple de se « désolidariser » de ceux qui ont déjà publiquement été érigés au mieux en groupes « infréquentables », au pire en « ennemis de l’intérieur ».

Nous refusons de céder à ces injonctions, et nous refusons de nous taire. Au-delà d’exprimer toute notre solidarité aux différents militants de l’antiracisme politique, nous enjoignons les forces progressistes à ne reculer sous aucun prétexte. Les débats politiques, absolument nécessaires et légitimes, ne doivent pas être réduits à néant par d’abjectes campagnes de marginalisation et de sabotage. Nous valons tous mieux que ça. Nous avons surtout urgemment besoin de mieux que ça.

Brigade Anti-Négrophobie
Bruxelles Panthères

Sihame Assbague, journaliste, activiste.
Omar Benderra, militant associatif.
Hourya Bentouhami, philosophe, Université de Toulouse - Jean Jaurès
Amal Bentounsi, co-fondatrice du Collectif Urgence Notre Police Assassine
Nabil Berbour, militant associatif
Saïd Bouamama, sociologue, militant du Front Uni de l’Immigration et des Quartiers Populaires
Youcef Brakni, militant des quartiers populaires
Ismahane Chouder, membre du Collectif des Féministes pour l’Égalité
Ali El Baz, militant associatif
Nacira Guénif, sociologue, Université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis
Marwan Muhammad, ancien directeur du CCIF
Saadane Sadgui, co-fondateur des JALB,
Nordine Saïdi, militant Décolonial, Bruxelles Panthères
Khadija Senhadji, militante antiraciste
Brahim Senhouci, chroniqueur et militant
Omar Slaouti, militant antiraciste
Maboula Soumahoro, fondatrice du Black History Month
Malik Tahar-Chaouch, Sociologue de l’Universidad Veracruzana, Mexique

Contre-attaqueR

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