Interview de Yasser Louati, porte-parole du CCIF

Dérive de l’état d’urgence : “L’Etat se trompe d’ennemi en ciblant les musulmans dans sa lutte contre le terrorisme”


Jehan Lazrak-Toub

Journaliste

Plus de 1200 perquisitions en moins de 15 jours ciblant majoritairement les mosquées et des assignations à résidence visant les citoyens de confession musulmane. Une dérive de l’état d’urgence dénoncée par les associations de défense des droits humains et de lutte contre les discriminations. Yasser Louati, porte-parole du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), tire la sonnette d’alarme contre une dérive du tout sécuritaire.

Quelle est la situation aujourd’hui pour les musulmans en France suite à l’instauration de l’état d’urgence ?

Les citoyens de confession musulmane se retrouvent pris entre trois feux : ceux des attaques terroristes, des répercussions après les attentats et les réponses brutales du gouvernement qui dans sa guerre contre le terrorisme se trompe d’ennemi en ciblant les musulmans. Ils sont cibles dans leurs domiciles, leurs restaurants mais aussi leurs mosquées dont plusieurs ont été saccagées après des perquisitions musclées.

Comment expliquez ces perquisitions visant les musulmans ou lieux de culte tous azimuts ?

Nous n’avons aucune explication. Nous savons que l’état d’urgence permet au préfet d’agir, de signifier une perquisition sans passer par un juge. Ce qui abouti à des excès flagrants. Comme par exemple un jeune homme aveugle perquisitionné et assigné à résidence, la perquisition musclée dans le restaurant halal Pepper Grill, la mise à sac de la mosquée d’Aubervilliers ou encore la perquisition avec des chiens à la mosquée des Mureaux. Ce qui a provoqué un sentiment de profonde colère et d’humiliation surtout que le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve déclarait lui-même au mois d’avril 2015 que la radicalisation ne se faisait pas dans les mosquées. Déclaration appuyée par toutes les recherches terrain et par l’ancien juge anti-terroriste Marc Trevidic. Maintenant Bernard Cazeneuve semble courir après l’opinion publique dans une logique électoraliste. Ces perquisitions musclées ont pris pour cibles des citoyens eux-mêmes victimes des terroristes.

Les perquisitions sont justifiées au nom de la menace terroriste ?

Suite aux 1200 perquisitions, il n’y a eu aucun résultat. La police n’a pas aboutit à des arrestations. Cela n’a pas aidé les belges à lever l’état de siège. Le gouvernement se trompe clairement d’ennemi. Contrairement au terrorisme qui a évolué en trente ans, l’approche du gouvernement est resté figée. C’est une approche basée sur le tout sécuritaire. Nous ne sommes pas entrain d’assécher le terreau de la radicalisation. L’état confond discours radicaux et menace terroriste. Nous répétons les mêmes erreurs que dans les années 90, une réponse brutale et disproportionnée pour des résultats minimes et simplement pour envoyer un message. Surtout que le gouvernement ne se prononce pas sur la protection des citoyens de confession musulmane. C’est cela qui fait très peur ! Il y a des menaces de mort sur les réseaux sociaux, des agressions tous les jours, des actes de vandalisme, des dizaines de perquisitions par jour et un gouvernement qui demande aux musulmans de comprendre et de patienter. Est-ce que le gouvernement nous demande de payer la facture de ces échecs en politique étrangère, de ces échecs en politique social et économique, des échecs des services de renseignement et maintenant de payer la facture pour préparer les élections régionales de décembre ? Où a-t-on ?

Avec l’état d’urgence, les policiers ne sont pas tenus de s’expliquer, étant donné que la perquisition est signée directement par le préfet sans passer par un juge. Ces dérives sont dans la continuité du climat post-attentat de janvier 2015 où des enfants avaient été mis en garde à vue. Aujourd’hui, on assiste à des répercussion brutales du gouvernement et aussi des individus qui s’en prennent principalement aux femmes de confession musulmane. Le plus choquant est le silence du gouvernement sur ses agressions.

Qu’en est-il de ses agressions de femmes musulmanes depuis les attentats ?

Nous en avons recensé plusieurs. Il y a une femme à Marseille qui a reçu un coup de poing et un coup de cutter sur la poitrine, une jeune femme qui s’est fait agressée par un homme à Givors. Il l’a frappée à la cuisse et l’a poussée à la sortie d’un grand magasin. A Nanterre, une femme portant son bébé s’est fait poussée aussi très fortement. C’est de la violence gratuite envers les femmes musulmanes notamment portant un foulard.

Selon vous, quel doit-être la réaction des musulmans en France ?

La réponse du gouvernement est disproportionnée et aveugle. Le CCIF n’est pas contre des mesures exceptionnelles en des temps exceptionnelles, mais s’oppose à ce que ces mesures exceptionnelles soient appliqués de manière discriminatoires.

C’est pourquoi, nous incitons les citoyens à signaler toutes les atteintes qu’ils subissent au CCIF pour qu’une action nationale soit coordonnée, ne surtout pas souffrir en silence, se taire ou se dire que ça va passer. Un cas que l’on isole est un cas qui n’est pas traité, et si vous subissez une attaque, vous n’êtes sûrement pas le ou la seule.

Contre-attaqueR

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