Attentats à Paris

Désinformation et hoax islamophobes par la fachosphère

Marine Bequet /

Marine Bequet

Documentaliste

Entre rumeurs et contre-vérités, les réseaux sociaux ont été submergés par ces vidéos et photos présentant la joie des musulmans à travers le monde suite aux attentats. Autant de fausses informations, des hoax, qui se propagent aussi vite que le click d’une souris et alimentent l’islamophobie galopante sur les réseaux sociaux.

Quelques instants après les attaques de vendredi (à 23h14 pour être précis), un tweet annonçant des cris de joie dans le 93 et dans le 94, et des « arabes à la fenêtre avec des drapeaux algériens », a été partagé par plus d’un millier de personnes, et l’information a été reprise par plusieurs autres utilisateurs, notamment Riposte Laïque (qui a depuis supprimé son retweet). Or, comme l’a démontré Louis Hausalter, journaliste, dans un article très complet sur le site de Marianne, il s’agissait d’une intox. Cela n’a pas empêché Christine Tasin, auteure à Riposte laïque et présidente de Résistance Républicaine, de se fendre d’un billet sur ces fameux cris de joie, qui a été partagé plus de 700 fois sur Twitter. Ce hoax a donc encore un bel avenir devant lui.

Hoax islamophobes

Depuis les attentats de vendredi 13 novembre, de nombreux hoax se propagent sur les réseaux sociaux. Ce terme anglais, que l’on pourrait traduire en français par canular ou intox, désigne un mensonge créé de toute pièce et qui a, majoritairement, un but malveillant. Images photoshopées, vidéos sorties de leurs contextes et/ou proposant des traductions falsifiées, informations fausses, etc. Le Hoax prend de nombreuses formes.
Les réseaux sociaux ont accentué l’aspect viral de ces canulars. Partagés en masse, il devient alors très compliqué de remonter à la source mais aussi d’arrêter leur propagation. En effet, même s’il est assez aisé de les démonter, les articles le faisant ne connaissent pas le même succès et ce sont les hoax qui font alors figure de vérité. Vérité que les médias au service de [insérez ici votre complot mondial préféré] tenteraient de nous cacher, évidemment. Il arrive aussi que des médias reprennent un hoax, en ne vérifiant pas la source, contribuant à la propagation de ce dernier qui bénéficie ainsi d’une validation officielle. Le démenti aura alors encore plus de mal à s’imposer dans les esprits.

Profitant de l’émotion provoquée par les terribles évènements de vendredi, la fachosphère (terme désignant les extrêmes droites sur internet) en a profité pour lancer des hoax, nouveaux ou recyclés, rajoutant de la confusion à la confusion, attisant les haines ou essayant de les faire émerger.

Un autre tweet paru vendredi soir, et depuis supprimé, faisait mention de scènes de liesse à Gaza, suite à l’annonce des attentats, avec une photo censée l’illustrer. Or, la photo utilisée datait en réalité de 2012, avait été prise par l’agence Reuters, et montrait des gazaouis célébrant la signature d’un cessez-le-feu entre le Hamas et Israël. Pour rendre ce hoax plus crédible, le twittos avait aussi mis entre parenthèse que cela venait du média Al Jazeera, mais en ne mettant bien sûr aucun lien (ce lien n’existant pas).
Sur Facebook, une vidéo censée montrer, elle aussi, des scènes de joie suite à l’annonce des attentats, mais de la communauté pakistanaise à Londres cette fois, a beaucoup tourné ce week-end. Il s’agissait en réalité, comme l’ont signalé beaucoup de personnes dans les commentaires, d’une vidéo datant de 2009, filmant la liesse après une victoire du Pakistan lors d’un championnat de cricket. Elle a depuis été supprimée par l’utilisateur qui s’est aussi excusé...un peu mollement, il faut le dire. Si cette vidéo n’est restée que deux jours en ligne, elle a été vue par plus d’un million de personnes et il est certain que seulement un petit pourcentage de ce public sait aujourd’hui que c’était un hoax. Cette vidéo a aussi été relayée par le blog islamophobe The Muslim Issue (le problème musulman), qui n’a toujours pas supprimé cette intox.

Sur l’incroyable capacité de recyclage des hoax, on peut citer, par exemple, le cas d’une vidéo publiée sur facebook par un internaute le 12 janvier dernier et qui prétendait montrer des provocations islamistes dans les couloirs d’une station de métro parisien suite aux attentats survenus quelques jours plus tôt. Cette vidéo est aujourd’hui réapparue, prétendant cette fois qu’il s’agissait de provocations datant de ce week-end. Or, comme l’a démontré Métronews dans un article du 15 janvier, cette vidéo date en réalité de 2010 et filme le groupe salafiste Forsane Alizza qui a été dissout le 29 février 2012 à la demande de Claude Guéant. Bien qu’il ait été démonté, ce hoax affiche aujourd’hui plus de dix millions de vues, plus de 300 000 partages et continue à se propager.
Est aussi réapparu un photo montage datant de septembre et présentant un soi-disant membre de l’EI qui aurait immigré en Europe. Or, il a été démontré que l’homme sur ces photos était Laith Al Saleh et que s’il a effectivement immigré en Europe, il était en revanche un ancien commandant de l’Armée syrienne libre, pas de l’EI.

Ces hoax instaurent un climat de défiance et de haine voulu par ceux qui les créent, profitant du choc provoqué par les évènements récents, et s’appuyant sur des opinions déjà existantes, larvées, qu’ils attisent ou accentuent. Malheureusement, même s’ils sont rapidement démentis, ils ont tout de même le temps de toucher un large public qui ne saura peut-être jamais, du moins pour une grande part, que c’était de l’intox.
Il n’est pas étonnant que la plupart des hoax reposent essentiellement sur des images ou des vidéos car non seulement elles sont faciles à partager mais aussi faciles à mémoriser, et ne sont que très peu interrogées. Il est très aisé de sortir une image de son contexte et lui faire dire ce que l’on veut, tout en paraissant crédibles. Et c’est à la fois cette crédibilité et cette facilité qui font que les hoax sont aussi populaires et difficiles à combattre.

S’il est important que les médias fassent ce travail de démystification des hoax (aussi appelé debunker), il est aussi important que les internautes soient capables de reconnaître un hoax par eux-même. Et ce n’est pas très compliqué.

Comment reconnaître un hoax ?

Tout d’abord, il faut se méfier des informations non-sourcées. Si elles le sont, vérifier la nature de ces sources (par exemple : cette information n’est-elle relayée que par des sites d’extrême-droite ?)

Sur les réseaux sociaux, avant de partager, il est nécessaire de lire d’abord les commentaires car certains peuvent avoir déjà relevé le hoax

Si ce sont des photos qui circulent, chercher la provenance de ces images. Pour cela, il suffit de faire un clic droit avec la souris sur l’image et de cliquer sur « Rechercher cette image sur Google ». Il est ainsi possible de voir quand cette image a été utilisée, par qui et qui en est l’auteur. C’est ainsi que l’on a pu prouver, par exemple, que la photo des scènes de joie à Gaza avait été prise par Reuters en 2012.

Si c’est une vidéo youtube ou dailymotion, cliquer sur le nom de l’utilisateur en dessous de la vidéo. Cela renverra vers son compte. Si cet utilisateur n’a qu’une vidéo et que son compte a été créé il y a peu de temps (voire le jour même), il est probable que ce soit un hoax.

Cela peut paraître évident mais il convient de se méfier des vidéos où les gens filmés parlent une langue que l’on ne comprend pas. Si elle n’est pas sous-titrée, la légende peut lui faire dire n’importe quoi. Et si elle est sous-titrée...le sous-titrage peut aussi lui faire dire n’importe quoi. Dans le doute, il est préférable de s’abstenir de la partager, sauf si l’on connaît quelqu’un en mesure de traduire le message.

Des sites se sont aussi spécialisés dans le débunkage (démystification) des hoax. Hoaxbuster par exemple, essaye de vérifier toutes les informations circulant sur le web, et Les Debunkers de Hoaxs’attèlent à démentir les hoax venant d’extrême-droite. Si une information circulant sur les réseaux sociaux vous paraît suspecte, vous pouvez aller vérifier sur ces sites et si elles n’y sont pas, n’hésitez pas à leur demander.

Contre-attaqueR

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