Céder à la haine ?

Humiliation ordinaire à l’école après les attentats du 13 novembre.


Comité des enseignants pour l’abrogation de la loi de 2004 (CEAL)

Frédéric BISSON - Attention, école !

Lundi 4 janvier 2015, rentrée des classes après deux semaines de vacances pour les élèves. Pour certain(e)s, elle est aussi synonyme de peur, de rejet. Ainsi, depuis les attentats du 13 novembre 2015, de nombreux témoignages alertent sur la recrudescence des actes islamophobes à l’école. Le collectif des enseignants pour l’abrogation de la loi de 2004 nous livre l’un de ces témoignages de harcèlement scolaire par le personnel de l’éducation nationale.

Le vendredi 20 novembre à 8 heures du matin, deux élèves arrivent dans leur lycée de la région lyonnaise. Comme tous les jours, les deux jeunes filles enlèvent leur voile avant de rentrer dans l’établissement. La conseillère d’orientation les prend alors à partie en leur reprochant que leurs tenues ne seraient pas réglementaires mais ostentatoires. Leurs tenues seraient « trop longues et trop noires » (répété à plusieurs reprises). Les remarques des deux élèves, insistant sur le fait que robe et jupe ne sont pas des signes ostentatoires et que « tout le monde en porte », ne change rien. La conseillère d’orientation fait enlever à l’une des deux jeunes filles, Samira 16 ans en classe de première, sa robe et celle-ci se retrouve en legging et débardeur dans la cour de récréation. La CPE reproche alors la jeune fille d’être trop dévêtue ! « Avec toi c’est tout ou rien ! » La jeune fille est restée une demi heure dans cette tenue avant de remettre discrètement sa robe et de retourner en cours.

Ce genre d’humiliation n’est pas nouveau mais tout laisse à penser qu’après les attentats du 13 novembre, leur fréquence risque d’augmenter . L’institution s’érige en juge de la religiosité et de la signification des tenues des élèves, outrepassant son devoir de neutralité. Seul.e.s les élèves qui sont considérés uniquement d’après leur origine ethnique et raciale présumée font l’objet de telles humiliations. Qu’est-ce qui permet en effet aux personnels éducatifs de considérer que la jupe longue de telle élève est plus religieuse que celle de telle autre élève sinon le fait d’identifier des élèves comme étant possiblement musulman ?

Retour de la délation à l’école

Une proposition pour le moins inquiétante est celle de la Direction des Services Départementaux de l’Éducation nationale du Loiret d’établir un signalement concernant les « atteintes au principe de laïcité ». Les fiches établies par les personnels pourraient viser indistinctement les parents ou les élèves qui tiendraient des propos ou porteraient des « tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse ». Cette mesure témoigne du contexte de radicalisation islamophobe de l’après 13 novembre. Les discours sécuritaires qui invitent à renforcer le rôle disciplinaire et répressif de l’école d’une part et la radicalisation islamophobe de l’institution d’autre part se nourrissent mutuellement. Comment peut-on envisager – au nom de la laïcité – que les parents puissent être soumis à la neutralité des personnels de l’éducation nationale ? Comment peut-on envisager que le contrôle permanent des pratiques et des comportements, incompatible avec les principes démocratiques, puisse ramener un tant soit peu de sérénité dans le fonctionnement de l’école ?

Alors que les attentats du 13 novembre ont suscité de nombreuses réactions et attaques islamophobes, il est plus important que jamais que l’école ne s’abîme pas davantage dans les mêmes dérives. La laïcité ne peut servir une fois de plus de prétexte pour stigmatiser les élèves musulman.e.s. Ce principe vise à assurer la liberté de conscience, à l’école comme ailleurs. Que l’on soit ou non partisan de la loi de 2004 qui interdit les signes religieux ostentatoires, essayer de l’appliquer ne doit pas conduire à discriminer et humilier les élèves musulman.e.s en essayant de déceler les contournements possibles de la loi. Une jupe n’est pas un signe religieux ostentatoire, une djellaba n’est pas un signe religieux ostentatoire, un boubou non plus. Une telle conduite de la part de l’institution ne peut conduire qu’à humilier les élèves, accroitre les rancoeurs et contrevenir à la sérennité nécessaire à l’enseignement dont nous avons plus que jamais besoin.

Réouvrir le débat sur la loi de 2004

Nous appelons les personnels de l’Éducation nationale à la mesure dans l’application de la loi. Mais, ces dérives témoignent surtout de l’absurdité d’un appareil législatif qui condamne les personnels et les usagers de l’éducation nationale à s’ériger en interprètes de ce qu’est un signe religieux ostentatoire, laissant libre cours aux interprétations les plus dangereuses. Nous affirmons en conséquence qu’il est plus que jamais nécessaire de revenir sur les lois et règlements islamophobes qui provoquent les dérives dont les témoignages que nous venons d’évoquer sont les signes. Il est grand temps que l’école soit rendue à sa véritable mission. Il est grand temps d’abroger la circulaire Châtel et de réouvrir le débat sur loi de 2004.

Contre-attaqueR

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