Salon du livre de l’Agrif

Islamophobie par charité chrétienne, une belle journée au pays de l’extrême droite catholique


Martine Sevegrand

Journaliste et historienne, spécialiste de l’Eglise catholique.

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Dimanche 20 mars, était réunie en grande pompe l’extrême droite catholique au Salon du Livre de l’AGRIF (Alliance Générale contre le Racisme et pour le respect de l’Identité Française et chrétienne). Créée il y a trente ans, l’AGRIF a pour but de lutter contre le « racisme anti-français et anti-chrétien ». L’association s’est fait connaître par les multiples procès qu’elle a intentés à des films (comme Amen de Costa Gavras, La dernière tentation du Christ de Martin Scorsese), des expositions (comme celle qui présentait Piss Christ) et des personnes comme Dieudonné (pour ses paroles contre les catholiques), Jacques Lanzmann et, plus récemment Houria Bouteldja, porte-parole du Parti des Indigènes de la République. Évidemment, l’islam et les musulmans étaient au menu du jour de ce salon du livre un peu particulier.

Bernard Antony, l’homme-orchestre

Celui qui dirige l’AGRIF – et qui l’a fondée – est Bernard Antony, 71 ans, dont l’itinéraire est caractéristique de cette extrême-droite catholique. Partisan de l’Algérie française, en lien avec l’OAS, il a été anti-gaulliste. Il fonda en 1982 le quotidien Présent qui fut un temps le journal des « catholiques du Front national », il fut député européen du Front national de 1984 à 1999. Cependant, inquiet de la montée du « néo-paganisme » au sein du FN, il en démissionna. Bernard Antony redéploya son activité dans les associations qu’il n’avait jamais abandonnées ; il est directeur de deux revues : Reconquête et La Griffe. Aujourd’hui, l’association l’AGRIF est le fédérateur d’une grande partie de l’extrême-droite catholique. Parmi ses vice-présidents, relevons le nom de Guillaume Jourdain de Thieulloy, 43 ans, docteur en sciences politiques, directeur de deux blogs, l’Observatoire de la christianophobie, et d’un autre très visité par les cathos d’extrême-droite, le Salon beige. Notre Guillaume a, de surcroît, déjà écrit plusieurs livres savants. Il est vrai que le grand penseur de cette extrême droite, Jean Madiran, disciple de Charles Maurras, est mort en 2013.

Passé et présent de l’extrême droite

En parcourant les allées du Salon où les auteurs présentaient leurs publications, je retrouvai tous les combats, passés et actuels de l’extrême droite. Je remarquai des livres sur les héroïques Vendéens luttant, sous la Révolution française, contre la République impie, Alain Sanders présentant La désinformation sur la guerre de Sécession, des ouvrages de Jacques Bainville et de Brasillach, une biographie de Charles Maurras, une autre du penseur de la Phalange espagnole, José Primo de Rivera, les livres d’André Figueras sur la guerre d’Algérie et d’autres contre de Gaulle ; Emmanuel Albach présentait son Beyrouth 76, des Français aux côtés des Phalangistes. Cependant, l’actualité se concentrait sur... l’immigration et l’islam. Ainsi, Gérard Pince présentait son ouvrage Les Français ruinés par l’immigration. Pourtant, c’est Jean Raspail qui fascinait le public.
L’écrivain Jean Raspail publiait, en 1973, un roman, intitulé « Le Camp des saints ». Il y décrivait la submersion de la France par des réfugiés venus de l’Inde. L’invasion était pacifique mais les étrangers décrits comme une masse abjecte dénaturant la France. L’auteur – qui est royaliste – dénonçait la faiblesse de l’État et de l’armée ainsi que l’aveuglement d’une partie du clergé, trop favorable à son goût à l’accueil des immigrés. Plusieurs auteurs (de droite), comme Louis Pauwels et Jean Cau, firent la promotion du livre qui fut qualifié de « prophétique » tandis que, pour d’autres, il était franchement raciste et fascisant. L’ouvrage fut un succès de librairie et réédité en 2011. Ce n’est pas un hasard si, parmi tous les auteurs présents au Salon, le public faisait la queue pour acheter d’autres ouvrages de Jean Raspail !

Une phobie : l’islam

Les journaux d’extrême droite étaient aussi représentés et, par tous, un message est répété à longueur de pages : l’islam, c’est l’islamisme. Dans un numéro spécial consacré à l’islam, Présent multipliait les mises en garde. L’abbé Fabrice Loiseau qui, dans le diocèse de Toulon-Fréjus, cherche à convertir les musulmans, affirme que « Mahomet a été un prophète violent » qui, à Médine, réduisit en esclavage les femmes et les enfants d’une tribu et fit égorger 600 hommes en trois jours ; bref, « c’est Daesh ! », écrit-il. Il admet, certes, qu’il existe des musulmans modérés, mais ils ne connaissent pas les textes fondateurs et ont reçu diverses influences culturelles. Ces musulmans ne croient pas au vrai Dieu et haïssent le christianisme.
Bernard Antony a consacré trois ouvrages à l’islam, tous publiés par les éditions Godefroy de Bouillon. Il remarque, dans un de ces livres, que le chapelet musulman énonce 99 attributs de Dieu mais qu’il manque le mot amour. Bernard Antony ne manque pas de rappeler « l’alliance entre Adolf Hitler et le grand mufti de Jérusalem » et n’évoque que des massacres provoqués par les musulmans mais jamais les bains de sang des croisés, comme celui de la prise de Jérusalem en 1099.

L’islam est-il compatible avec la République ?

Dans le numéro spécial de Présent, Marine Le Pen affirme : « On aurait dû construire l’islam français en s’appuyant sur les harkis » et, à la question : « Est-ce que l’on peut être Français et musulman ? », elle répond « oui » car « nos harkis nous l’ont démontré ». Cette compatibilité de l’islam avec la République française est cependant contestée par Bernard Antony qui en fait une des divergences qui le sépare, lui et ses cathos, du Front national (avec son opposition absolue à la loi Veil sur l’avortement et son refus de l’étatisme). Et d’expliquer : « Le Front national persiste à ne voir dans l’islam qu’une religion, alors qu’il faut l’appréhender comme le phénomène idéologico-politique d’une conception théocratique totalitaire » (Reconquête, n° 322).
Partant d’une telle conception, l’immigration en général ne peut être perçue que comme une agression menaçant l’identité de la France, mais aussi la masse des migrants qui déferle sur l’Europe, tel un tsunami, et ne vient pas seulement de Syrie et d’Irak mais « d’une multitude des pays de l’oumma islamique ». Pour Bernard Antony, ce serait la troisième invasion de l’Europe par l’islam, après la conquête du VII-VIIIe siècle et sa victoire sur l’empire byzantin. Dans un édito de La Griffe, il annonce donc en titre :
« Nous osons dire : Non ! Par charité ! » Le cauchemar de ces cathos est qu’un jour, ces populations, façonnées par l’islam et son idéologie théocratique totalitaire, deviennent majoritaires. Les accueillir serait faire preuve d’une charité dévoyée et d’une « envie de soumission à la puissance virile d’une domination islamique conquérante ». L’auteur en vient alors à dire sa gratitude à la Hongrie, à « l’excellent Victor Orban » qui a osé affirmer que « la Hongrie et toute l’Europe sont en danger ». Et de soutenir la Pologne placée sous surveillance par la Commission européenne.
Le fidèle catholique qu’est Bernard Antony fait enfin l’éloge de l’évêque hongrois qui a su résister aux propositions du pape dont toutes les paroles, rappelle-t-il, ne sont pas infaillibles, surtout quand il prône la compassion pour des réfugiés qui ont le tort d’être, pour la plupart, musulmans.

Contre-attaqueR

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