12 décembre

Journées contre l’islamophobie : Bruxelles, comme un écho

Henri Goldman /

Henri Goldman

Rédacteur en chef revue « Politique », membre de Tayush, auteur de « Le rejet français de l’islam » (PUF, 2012)

Les 11,12 et 13 décembre avaient eu lieu les journées internationales contre l’islamophobie en France et en Europe. Retour sur les évènements à Bruxelles qui nous racontent l’islamophobie vue de Belgique. Entre reconnaissance médiatique avec la Une du journal de référence belge Le Soirsur la montée de l’islamophobie et polémique infondée, les journées ont été placées sous le signe du rassemblement.

Bruxelles a beau n’être qu’à 300 kilomètres de Paris, c’est un autre pays. Et c’est aussi une autre tradition historique. En Belgique, pas de révolution coupeuse de têtes, mais une monarchie pépère. Pas de laïcité ombrageuse, mais une neutralité "bonnasse" à coloration démocrate-chrétienne. Pas de névrose de l’altérité, mais une alliance de plusieurs minorités et de trois langues. Pas de démocratie autoritaire genre Ve République, mais une autorité politique faible et accessible sous tutelle d’une société civile protéiforme.

Et pourtant, ici comme partout, l’islamophobie se développe. Les formes qu’elle prend sont tributaires d’un triangle. Au premier angle, des traditions nationales qui nous inclineraient plutôt vers un libéralisme à l’anglo-saxonne. Au deuxième angle, l’influence française et sa propension à régler le compte de ses minorités régionales et religieuses selon la jurisprudence de la Saint-Barthelemy. Au troisième angle, la géopolitique, qui transforme chaque musulman-e en agent potentiel du Camp international du Mal, mais perçue à travers le prisme d’une petite puissance de cinquième ordre qui n’a aucun rang à tenir. Ce qui donne un cocktail finalement plus subtil que l’islamophobie française, probablement la plus dure d’Europe.

À Bruxelles, et même à Molenbeek, une des 19 communes qui composent la ville et qui n’est pas une banlieue puisqu’elle est en bordure du noyau historique, la rhétorique de la guerre est à peine plus présente qu’au Luxembourg. L’armée a bien envahi la ville pendant quelques jours, mais le sentiment prévalait que c’était une grosse rigolade, genre grenouille de la fable. D’ailleurs, personne n’a été appréhendé au terme de quelques grandioses opérations de perquisition. La psychose du terrorisme est juste bien tombée pour permettre à un gouvernement qui est probablement le plus à droite depuis trente ans de renforcer son arsenal sécuritaire et répressif.

Journée contre l’islamophobie à Bruxelles

La première manifestation s’inscrivant dans le cadre des Journées internationales contre l’islamophobiese déroula le samedi 12 décembre. Objectif : faire admettre la réalité d’une islamophobie que beaucoup dénient, sous l’influence française des idéocrates à la Fourest. Un déni qui touche aussi le mouvement antiraciste mais qui est nettement moins franc et moins massif qu’en France. La réalité de l’islamophobie est reconnue depuis plus de dix ans par le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (l’équivalent de feu la Halde), et le gouvernement régional bruxellois l’a évoquée dans sa déclaration politique. Plus encore, la société civile progressiste est largement gagnée à l’idée que l’islamophobie est sans doute la forme majeure du racisme dans ces temps de crise.

En témoigne la diversité et la légitimité des associations qui soutinrent l’initiative du 12 décembre contre l’islamophobie, avec notamment Amnesty International, la Ligue des droits de l’Homme, le Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, Pax Christi, le Collectif contre l’islamophobie en Belgique ou encore l’Union des progressistes juifs de Belgique. La soirée, organisée autour d’une intervention de Marwan Mohammed, le coauteur de Islamophobie. Comment les élites françaises inventent le problème musulman (La découverte, 2013), rassembla un public divers d’environ 150 personnes.

Campagne de désinformation autour des journées contre l’islamophobie

Bien médiatisée, l’initiative n’échappa pas à Tabletmag, un webjournal juif américain, qui dénonça la présence à la tribune de Dyab Abou Jajah. Celui-ci, un activiste belgo-libanais et une des plumes les plus lues de Flandre – il dispose d’une colonne hebdomadaire dans le quotidien flamand de référence De Standaard –, est l’objet depuis des années d’une campagne internationale de dénigrement. On l’accuse au choix d’être un dangereux islamiste – alors qu’il se définit comme « musulman agnostique » – ou un fieffé antisémite niant l’holocauste. Caroline Fourest herself, qui ne le connaît pas plus que ça, a répercuté ces racontars dans une chronique destinée à discréditer Jeremy Corbyn qui l’aurait rencontré. Or, si Dyab est incontestablement un antisioniste radical et un militant de BDS, il est impeccable sur la question de l’antisémitisme, et Tabletmag ne source correctement aucune de ses affirmations.
Amnesty répondit sobrement à cette mise en cause sur le site de Tabletmag(http://www.tabletmag.com/scroll/195521/amnesty-international-sponsors-speaker-who-celebrated-911-denied-holocaust-bashed-gays-and-jews) en réaffirmant l’importance de lutter contre toutes les formes de discriminations et notamment contre l’islamophobie après les attentats de Paris. L’attaque de Tabletmag maintenait une certaine courtoisie formelle dans son interpellation. On ne peut dire la même chose du communiqué ordurier (http://ccojb.be/communiques/condamnation-de-la-presence-dabou-jahjah) publié le 11 décembre par le Comité de coordination des organisations juives de Belgique (l’équivalent du Crif) qui dénonce à la volée Abou Jahjah comme un « antisémite compulsif…, patenté et barbare », le CCIB, collectif contre l’islamophobie en Belgique, comme des « antisémites sournois » et l’UPJB, Union des progressistes juifs de Belgique , « qui patauge dans un marais d’infréquentables ».
Pas de chance pour les amateurs de caricatures : la soirée s’est déroulée dans le calme et aucun propos incendiaire n’y a été tenu. Preuve ultime sans doute de la duplicité des islamistes et de leurs idiots utiles présents à la tribune : quand ils sourient et s’expriment de façon civile, n’est-ce pas la meilleure preuve de leur perversité ?

Une deuxième initiative eut lieu le lendemain le lendemain dimanche 13 décembre. Mise sur pied en peu de temps, elle se choisit un intitulé plus proche de la démarche parisienne – « Contre l’état d’urgence, l’islamophobie et la poursuite de la guerre » – et rassembla principalement, sous la présidence de Malika Hamidi (European Muslim Network) des associations et des militants de terrain autour de plusieurs séquences où furent abordés les différents champs de réflexion ouverts par les attentats parisiens et leurs retombées en Belgique.

Contre-attaqueR

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