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L’islamophobie en campagne

La rédaction /

La rédaction

De l’élection de Trump aux primaires citoyennes, du prétoire à la démographie, tout est bon, dans les deux derniers numéros de Marianne, pour animer l’obsession raciste de l’islam.

N°1035 du 27 janvier au 2 février 2017

Page 32, Hervé Nathan chronique le livre Misère(s) de l’islam de France de Didier Leschi, « l’ancien directeur du bureau des cultes, proche de Jean-Pierre Chevénement ». On y apprend que « le nombre de mosquées (...) est important » en France. Hervé Nathan indique que « Leschi brocarde aussi la mode médiatique des "intellectuels musulmans", dont la plupart ne se rendent jamais à la mosquée et sont donc ignorants des problèmes des fidèles. » Leschi, préfet, connait donc le quotidien des pratiques religieuses d’intellectuels musulmans. Comment ? Il les fait surveiller ? On rappellera par ailleurs à Hervé Nathan qu’un point de vue authentiquement laïque évite de se pencher sur les pratiques religieuses d’un penseur pour en juger.

Page 90, « C’est bien parce que Hillary Clinton incarne à la fois la gauche la plus libérale et la plus naïve envers l’islamisme que Trump a pu percer », nous explique, sans rire, Caroline Fourest qui n’évoque la prise de pouvoir du nouveau président que pour parler de voile.
Donald Trump arrive à la Maison Blanche et sa première mesure vise à bloquer les moyens que les État-Unis pouvaient donner à des ONG dans le monde si elles défendent le droit à l’IVG. De quoi parle Caroline Fourest, la féministe ? De voile, bien sûr ! Et des erreurs qu’auraient accumulées, selon elle, les organisatrices de la Women’s March – qui a tout de même réuni 4 millions de personnes sans les conseils de la polémiste française.
Quelle serait la faute des responsables de la Women’s March ? Avoir donné la parole à des femmes portant le voile. « Les organisateurs ont choisi leur camp : celui des voilées », maugrée Fourest. N’évoquant que la seule affiche d’appel à la manifestation qui représentait une femme portant le voile, passant sous silence toutes les autres qui montraient des femmes dans leur diversité, la polémiste conclut : « Continuez comme ça et Trump est là pour huit ans. » On peut faire le pari que si un tremblement de terre secoue la Californie, et que parmi les sauveteur-ses, on compte une personne portant le voile, Fourest la rendra responsable du séisme. La politique de Trump à l’égard des musulman-es a au moins trouvé une alliée en France.

N°1034 du 20 au 26 janvier 2017

Page 8, Martine Gozlan félicite le roi du Maroc d’avoir interdit le port de la burka dans l’espace public : « Les professionnels de l’inquisition iront-ils jusqu’à traiter le commandeur des croyants d’islamophobe ? » demande-t-elle avant de conclure : « Le roi, contrairement à certains de nos gazouillants sociologues, a le mérite d’appeler les choses par leur nom, et l’obscurantisme, par ses attributs. » Rien que ça.

Page 24, Étienne Girard mène une enquête annoncée en Une avec cette accroche : « À Trappes, Hamon face à l’islamisme. » L’article commence par cette remarque : « Dans les jolies rues du quartier historique, l’ambiance paraît apaisée et le port de signes ostentatoires religieux demeure marginal. » Le port de signes religieux dans l’espace public est ainsi présenté comme un problème. Or, le cadre laïque n’impose pas de masquer de tels signes dans la rue. Bien au contraire, les lois laïques protègent la liberté de conscience et leur expression.

Page 32, Martine Gozlan revient sur la plainte déposée contre Georges Bensoussan, « un procès honteux », selon le titre du papier. Pour rappel, l’intéressé est poursuivi pour des propos tenus dans l’émission Répliques d’Alain Finkelkraut à l’automne 2015 (voir le détail dans cette tribune de chercheur-ses et d’enseignant-es) dans laquelle il décrit un antisémitisme « atavique » chez les Arabes et parle d’un « autre peuple au sein de la nation française, qui fait régresser un certain nombre de valeurs démocratiques qui nous ont portés. »
La journaliste n’évoque que le CCIF dans les parties civiles, dissimulant le rôle de la Licra, avec laquelle Marianne entretient un partenariat de longue date. Au reste, quand elle parle du CCIF, c’est encore pour en dire des mensonges : « L’État, en donnant suite à la dénonciation du CCIF – tant respecté médiatiquement que ses avis sont devenus quasiment parole officielle –, inscrirait donc ses choix dans l’atmosphère générale, celle de l’aveuglement. » Ce n’est pas la première fois que Gozlan affirme, sans rire et sans preuve, que le CCIF est respecté médiatiquement et élabore une théorie du complot islamo-médiatique (voir la page du numéro 1024). « Ce qui conduit à un procès de la liberté de parole, intenté sur la toile de fond d’une peur innommée. » On se rend compte de ce que ce passage aurait donné si Gozlan avait fait son travail de journaliste et évoqué la Licra dans les parties civiles.
La journaliste ne s’arrête pas là puisqu’elle valide le fond de la pensée de l’historien en rappelant ainsi ce qui est, selon elle, « l’objet du délit, du déni : l’antisémitisme culturel dans le monde arabe et maghrébin, avec ses résonances tragiques dans la société française. »
Gozlan reprend le mensonge selon lequel Bensoussan aurait emprunté ses analyses au sociologue Smaïn Lacheer, ce que l’intéressé a démenti. Personne ne s’étonnera de cette énième entorse à la vérité d’une journaliste de Marianne, mais on remarquera tout de même que Gozlan ne prend pas au sérieux les sociologues « gazouillants » (voir plus haut, page 8) sauf s’ils tiennent des propos avec lesquels elle est en accord. Et s’ils sont arabes, c’est encore mieux : ils ne peuvent pas être racistes ! Gozlan défend donc une vision de la validation des travaux scientifiques fondée sur ses seuls préjugés et une assignation identitaire, qu’elle prétend par ailleurs combattre chez les antiracistes !

Page 63, Elsa Bessot, Eric Decouty et Hervé Nathan interviewent Michel Onfray à propos de son nouveau livre, Décadence, décrit par Macé-Scaron, dans le numéro précédent de l’hebdmadaire, comme un « indigeste pavé wikipédianseque de Michel Onfray, notre nouveau Max Gallo ». Marianne le résume donc en cinq pages d’entretien.
Le polémiste confie (et ce passage est résumé en Une du numéro) : « Nous, nous avons des bougies, des peluches, des "Je suis Charlie", des poèmes et des chansons. Eux, des kalachnikovs et des couteaux. Je ne suis pas du tout admiratif des uns qui se trompent et des autres qui se trompent aussi... » Faut-il comprendre qu’il aurait fallu se rendre aux cérémonies d’hommage où auraient été brandies bougies et peluches avec des kalachnikovs ? Et notons aussi que nous avons aussi quelques Rafale...
Interrogé ensuite sur son « flirt » avec le concept de Grand Remplacement, Onfray répond : « Le problème n’est pas de savoir ce que fait Renaud Camus de la démographie, mais si la démographie est une science ou non. La démographie est une science interdite en France parce que la fachosphère de gauche la dit de droite – comme au bon vieux temps du lyssenkisme où la pensée marxiste niait la génétique qui la gênait dans l’exercice de ses mythologies. »
La démographie n’est pas clandestine et ses résultats prouvent que les théories de Camus ne sont que des mensonges racistes (voir par exemple cette mise au point paru dans Le Monde). En mentant sur le statut de la démographie, Onfray pose ainsi le discours du Grand Remplacement comme un problème scientifique ouvert qu’on ne pourrait résoudre du fait de la gauche : « C’est assez sidérant. Alors qu’il n’a pas encore ouvert la bouche, le démographe est systématiquement suspect de tenir un discours de droite ! Je veux juste savoir s’il y a une vérité démographique, c’est tout. » En affirmant que cette science est taboue, Onfray s’économise ainsi le travail sur les données démographiques existantes et laisse croire que le Grand Remplacement serait une réalité masquée par la gauche. Onfray, ou la décadence raciste de la pensée.

Contre-attaqueR

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