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« La guerre au terrorisme, une réponse inadaptée » ?

Ramon /

Ramon

Revue du net des analyses post-attentat de la politique internationale française. La posture guerrière et sécuritaire est ainsi contestée dans la lutte contre le terrorisme de Daesh. Remise en perspective de la France va-t-en guerre sous le regard des chercheurs et analystes internationaux.

Face à l’actualité atterrante du 13 novembre et au discours va-t-en guerre qui a suivi il n’est pas inutile, pour éviter que de telles catastrophes ne se reproduisent, de mettre en perspectives progressivement quelques questions fondamentales du type :
-  « Qui a attaqué qui ? »
-  « Comment sortir du piège tendu par Daesh ? »
-  « Qui sont les djihadistes ? … »
Nous vous proposons de mettre en perspective les contributions de personnalités compétentes sur le sujet, ayant des expériences différentes et donc des angles de vue distincts, et pourtant incroyablement convergents dans la réponse aux questions posées.

Nous nous sommes attachés à sélectionner dans les textes mis en ligne avant le 13.11. ou immédiatement après, les éléments centraux de leur diagnostic.

Des avertissements avaient été clairement formulés

… quant à l’occurrence probable d’attentats de grande ampleur :
-  Marc Trevidic, ancien juge anti-terroriste, 25 septembre 2015 : « … j’ai acquis la conviction que les hommes de Daech [acronyme de l’Etat islamique] ont l’ambition et les moyens de nous atteindre beaucoup plus durement en organisant des actions d’ampleur, incomparables à celles menées jusqu’ici »
-  François Burgat, politologue, 6 novembre 2015 : « J’en suis pour ma part tout à fait convaincu : demain, après demain, dans quelques semaines, nous allons bel et bien connaître en France le même sort que les Russes dans le Sinaï. Certains, leur calculette électorale en main, s’en réjouissent sans doute déjà. »

Les chaines causales de ce type d’attentats, déjà évoquées alors, ont été confirmées, dès les jours suivant immédiatement le 13 novembre, par d’autres contributeurs.

« Les terroristes nous ont déclaré la guerre ? »

Une bonne part de la presse s’est focalisée, après les tueries du vendredi 13 novembre, sur le thème « ils nous attaquent pour ce que nous sommes… » (comme l’avaient dit auparavant les américains). Laissant volontairement de côté :
-  les attentats qui les ont précédé de peu (avion russe dans le Sinaï, attentat de Bourj el Baranej, fief chïte de Beyrouth), tous deux liés aux engagements de pays étrangers en Syrie, contre Daesh.
-  la série d’interventions militaires occidentales qui, sur une trentaine d’années, ont destructuré les états et tribalisé-confessionalisé les conflits (Afghanistan, Irak, Libye, Syrie, Palestine...)

En réalité, il existe des liens profonds de causalité qui ont conduit à la situation actuelle.
Marc Trevidic, ancien juge anti-terroriste : « Les djihadistes se présentent comme les seuls vrais défenseurs d’un Islam opprimé par l’Occident. C’est ce que j’entendais sans arrêt lors des auditions. Ils évoquent les guerres d’Irak, le conflit israélo-palestinien, sélectionnent les arguments pour légitimer leur action ».

François Burgat, politologue : « Ceux-là rêvent de nous faire connaitre les effets épouvantables des bombes qu’en Irak, en Syrie, dans le Sinaï ou à Gaza nous leur déversons sur la tête. Ou que nous lançons sur leurs amis. Ou encore que, lorsque nous ne les aidons pas à le faire, nous encourageons nos grands alliés américains, israéliens ou arabes à leur lancer ».

Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire  : « Les salafistes djihadistes considèrent que c’est nous qui avons déclaré la guerre : Afghanistan-URSS post 79, puis Irak –US et Otan, puis Libye-France ». « Si on ne s’interroge pas sur la légitimitér d’envoyer des militaires dans ces pays et ces contextes, on ne peut pas comprendre comment raisonne « l’ennemi ».

Orient XXI : « On ne peut pas faire l’économie d’un bilan de « la guerre contre le terrorisme » déclenchée après le 11-Septembre et relancée après la prise de Mossoul par l’organisation de l’État islamique (OEI) l’été 2014. Son échec est patent … »
« N’est-il pas temps également de réfléchir à la dimension militaire de cette guerre ? S’il est nécessaire d’éradiquer l’OEI, au-delà de bombardements souvent inefficaces, ne faut-il pas privilégier l’action politique pour reconstruire un Proche-Orient entraîné dans une spirale de chaos, notamment depuis l’intervention américaine en Irak en 2003 »

Jean François Bayart, professeur à l’Institut des Hautes Etudes Internationales et du Développement : « Les origines de ce 13 novembre sont aussi à chercher du côté de la politique étrangère de l’Europe et de la France ces quarante dernières années. La démission de l’Europe sur la question palestinienne, l’occasion manquée avec la Turquie que l’on aurait pu si facilement arrimer à l’UE, l’alliance de la France avec les pétromonarchies… sont autant d’erreurs qui n’ont fait qu’aggraver le désastre et nourrir rancœur et radicalisation au Proche-Orient ».

UJFP, union juive française pour la paix  : « Depuis plusieurs décennies, les gouvernements occidentaux (Etats-Unis, Europe, Israël) et leurs alliés (l’Arabie Saoudite en particulier) se sont engagés dans une guerre « de civilisation ». « Ces gouvernements estiment être en droit d’intervenir partout dans le monde, et tout particulièrement au Proche et au Moyen-Orient, utilisant toutes les armes (à part l’arme nucléaire pour le moment), provoquant quotidiennement la mort de civils, les principales victimes étant les populations majoritairement arabes et/ou musulmanes (Afghanistan, Irak, Libye, Syrie, Palestine...). Ce terrorisme d’Etat a puissamment contribué à fabriquer des monstres comme Daesh, et à provoquer des réponses terroristes. ».

Thomas Vescovi, chercheur en histoire contemporaine : « Ce que nous devons percevoir, c’est justement cet « avant » (le 13.11.) qui ne sera plus. Vendredi 13 novembre n’est pas le produit du hasard, il est bien le fruit de cet « avant ». « Paris a vécu vendredi soir ce que des peuples, de par le monde, vivent au quotidien ». « Mais comprenons bien que chaque bombe qui est lâchée par notre armée ne tombe pas sur une autre planète accessible que par les airs.« Nos » bombes tombent sur la même planète que la notre, parfois même sur le même continent. Et elles tuent, ou traumatisent, des gens qui n’y sont pour rien ».

« Pourquoi s’attaquer à nous, la France ? »

Ici encore on a retrouvé dans la presse maintes référence à notre goût de la vie, nos valeurs républicaines, qui sont fortes certes, mais ont été souvent écornées quand il s’est agi d’autres peuples, d’autres intérêts.

Marc Trevidic, ancien juge anti-terroriste : « D’abord, nous sommes devenus pour l’Etat islamique [EI] l’ennemi numéro un » : position géographique, facilité d’entrer sur notre territoire pour tous les djihadistes d’origine européenne, ­Français ou non ». « La France est devenue l’allié numéro un des Etats-Unis dans la guerre contre Daech et les filières djihadistes. Nous combattons par les armes aux côtés des Etats-Unis. Nous avons mené des raids aériens contre l’EI en Irak. Maintenant, nous intervenons en Syrie ».
« De plus, la France a un lourd « passif » aux yeux des islamistes. Pour eux, c’est toujours une nation coloniale, revendiquant parfois ses racines chrétiennes, soutenant ouvertement Israël, vendant des armes aux pays dits « mécréants et corrompus » du Golfe ou du Moyen-Orient. Et une nation qui opprimerait délibérément son importante communauté musulmane ».

Orient XXI : « Si la France est particulièrement visée, c’est qu’elle est, avec les États-Unis, la plus engagée militairement, du Mali à la Syrie, de la Centrafrique à l’Irak. C’est elle qui, parmi d’autres, fournit des armes utilisées dans la guerre du Yémen, contribuant à aggraver le conflit ».

Jean-François Bayard, professeur à l’Institut des Hautes Etudes Internationales et du Développement : « L’opinion elle-même devraient s’interroger sur leurs (gouvernement, classe politique, media) responsabilités de longue durée dans le désastre que nous vivons. Celui-ci est le fruit vénéneux d’un enchaînement d’erreurs que nous avons commises depuis au moins les années 1970, et que nous avons démocratiquement validées dans les urnes à intervalles réguliers ».

« La démission de l’Europe sur la question palestinienne, dès lors que sa diplomatie commençait là où s’arrêtaient les intérêts israéliens, a installé le sentiment d’un « deux poids deux mesures », propice à l’instrumentalisation et à la radicalisation de la rancœur antioccidentale, voire antichrétienne et antisémite. »
« L’alliance stratégique que la France a nouée avec les pétromonarchies conservatrices du Golfe, notamment pour des raisons mercantiles, a compromis la crédibilité de son attachement à la démocratie – et ce d’autant plus que dans le même temps elle classait comme organisation terroriste le Hamas palestinien, au lendemain de sa victoire électorale incontestée » . « Pis, par ce partenariat, la France a cautionné, depuis les années 1980, une propagande salafiste forte de ses pétrodollars… ».
« Son alliance avec les pétromonarchies arabes a aussi conduit la France à appuyer diplomatiquement et militairement la guerre d’agression de l’Irak contre l’Iran (1980-1988) et à ostraciser ce dernier, alors qu’il représente, avec la Turquie, le seul môle de stabilité étatique de la région, qui détient l’une des clefs de la résolution de la plupart de ses conflits, comme nous le découvrons aujourd’hui au Liban et en Syrie. »

Pierre Jean Luizard, directeur de recherche au CNRS : à la question « Pourquoi la France est-elle davantage visée que la Grande-Bretagne ou les États-Unis, qui frappent pourtant plus souvent Daech en Irak et en Syrie ? » sa réponse : « Parce que la France est l’incarnation d’un projet universaliste rejeté par Daech et que c’est aussi le pays colonisateur qui en a le plus renié les valeurs dans ses pratiques coloniales, notamment en Algérie. »

UJFP, union juive française pour la paix : « En particulier, depuis les attentats de janvier 2015, la France a multiplié ses ventes d’armes à des pays comme l’Arabie saoudite, qui combat aux côtés des commanditaires de l’attentat ou l’Egypte ».

Contre-attaqueR

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