Mobilisation

« Légitime défonce » : quand une maire poursuit des militantes féministes anti-racistes


Jerôme Martin

Enseignant et membre du CEAL (Collectif des enseignant·es pour l’abrogation de la loi du 15 mars contre le voile à l’école) Ancien militant d’ Act Up-Paris, blogueur.

Attaqués en justice pour avoir dénoncé l’annulation par la maire du 20ème arrondissement Frédérique Calandra d’un évènement où était invitée Rokhaya Diallo le 3 mars 2015, les membres du collectif Les mots sont importants et Le 8 mars pour toutes, ont décidé d’organiser une riposte « légitime défonce » ce vendredi 4 mars à Paris. Une réunion publique, prémisse d’une campagne de mobilisation citoyenne à venir pour le retrait de cette plainte illégitime.

Lors de la réunion de soutien aux militantes féministes anti-racistes, poursuivies pour diffamation par la maire du vingtième arrondissement, il est clairement établi que l’islamophobie est un des éléments centraux des plaintes qu’elle a déposées. Une bonne raison pour exiger leur retrait.

Rappel des faits. A l’occasion de la journée internationale du droit des femmes , devaient se tenir le 3 mars 2015 à la mairie du vingtième arrondissement trois projections-débats autour de deux films consacrés à la sociologue et militante féministe Christine Delphy. L’un de ces débats fut interdit par Frédérique Calandra, au motif que devait y participer Rokhaya Diallo. L’événement s’est donc tenu ailleurs.

Que reproche l’élue à la journaliste et militante ? D’avoir critiqué Charlie Hebdo, de s’opposer à la stigmatisation des femmes voilées, de défendre un féminisme qui n’exclut pas ces dernières, d’avoir des « affinités » avec Tariq Ramadan, et... de soutenir Oussama Ben Laden ! C’est bien connu, s’opposer à la discrimination contre les femmes portant le voile, refuser la curée générale contre Ramadan, c’est forcément être complice du terrorisme. Sur le féminisme, les propos de l’élue sont clairs : « le point de vue de Rokhaya Diallo ne peut pas représenter le féminisme. Elle est faite pour le féminisme comme moi pour être archevêque. » ; « Si on peut voiler quelqu’un en raison de son origine, pourquoi ne pas l’exciser ? Ceux qui voilent les femmes le font parce qu’elles sont impures par nature… Vous vous rendez compte ?! »

Frédérique Calandra : « si un jour Mme Diallo veut débattre, pas de problème, je la défoncerai ! »

Le collectif Les Mots Sont Importants (LMSI)et celui du8 mars pour Toutesont chacun publié des réactions dénonçant la décision de la maire d’interdire ces débats. Frédérique Calandra a décidé de porter plainte pour diffamation. Quatre militantes du Collectif 8 mars pour toutes, Sylvie Tissot, sociologue et membre de LMSI et Rokhaya Diallo, qui a eu le malheur de relayer un de ces textes, sont poursuivies. Justifiant ainsi ce qui n’est ni plus ni moins qu’une censure, Frédérique Calandra avait expliqué à Médiapart : « Si un jour Mme Diallo veut débattre, pas de problème, je la défoncerai ! ». Les militantes poursuivies ont donc appelé au soutien en lançant l’initiative « légitime défonce » et revendiquant aussi l’humour comme moyen de dénoncer cette manoeuvre d’intimidation.

Lors de la réunion de vendredi, les militantes concernées (Rokhaya Diallo, à l’étranger, était représentée) ont d’abord rappelé les conséquences dramatiques de cet acte d’intimidation : pression, stress, temps perdu, coût financier. Il s’agit donc d’empêcher des militantes féministes et antiracistes de s’exprimer, et au-delà, de leur pourrir la vie pour qu’elles servent d’exemples. Il s’agit aussi d’une triste exception française : Sylvie Tissot, co-réalisatrice des documentaires sur Christine Delphy, a indiqué que ces films avaient été projetés dans de nombreux pays à l’étranger et que la consternation était la même quand on racontait aux spectateur-rices la censure par la maire du vingtième.

Les militantes poursuivies l’ont aussi rappelé, les plaintes sont la preuve d’une panique de la « police du féminisme » (expression du collectif 8 mars pour toutes). Cette police refuse la parole des femmes voilées avec d’autres minorités, les discrédite, les exclut des espaces féministes, et utilise le féminisme pour justifier des discriminations racistes, islamophobes, transphobes. Or, cette police du féminisme a perdu la bataille de la mobilisation : le succès des manifestations du collectif 8 mars pour toutes, celui de la Marche de la dignité prouvent que des femmes se mobilisent comme elles l’entendent, avec les moyens « qu’elles choisissent elles-mêmes, ou qu’elles ne choisissent pas, d’ailleurs », sur les sujets qui les concernent directement.

Mobilisation pour le retrait de la plainte

À court d’argument, confronté-es à la mobilisation croissante des personnes exclues du féminisme auto-proclamé universaliste, il ne reste plus aux représentant-es que le pouvoir politique, médiatique et la menace judiciaire. Verrouillage de débats pluralistes, notamment sur la laïcité, l’islamophobie et les féminismes, intimidation, usage de la justice à des fins répressive, criminalisation de l’action militante : Frédérique Calandra fait au vingtième arrondissement ce que Manuel Valls fait au niveau national.

À cet égard, les plaintes ont une valeur exemplaire, et exiger leur retrait est une nécessité démocratique. Les militant-es demandent du soutien : une pétition sera proposée, ainsi qu’une campagne sur les réseaux sociaux et un appel à dons.

Contre-attaqueR

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