Les 5 problèmes majeurs que pose la nouvelle campagne de SOS Racisme

Sihame Assbague /

Sihame Assbague

Journaliste par obligation.

Vous avez sûrement vu passer l’info, l’organisation antiraciste a lancé ce mardi 11 avril une campagne visant à mobiliser la jeunesse contre le Front National. Pour eux, il s’agit de « dire non à la haine » et de « dire non à Le Pen ». Outre son incroyable médiocrité (ce qui pose question vu l’argent qu’ils reçoivent), cette campagne est une fois de plus complétement dépolitisante. Voici pourquoi :

Problème n°1 : la dépossession.

Se pose d’emblée la question du locuteur dans cette campagne. Qui parle ? Qui dit « Moi et mes potes on est pareil » ? Comme c’était déjà le cas avec l’infâme slogan « Touche pas à mon pote », et comme c’est souvent le cas chez SOS, ce n’est pas celui qui subit le racisme qui s’exprime mais...son défenseur blanc. Il parle à sa place, pour lui, pour rassurer la société sur son pote racisé. Le non-blanc n’est pas acteur de son combat, il est un « objet parlé » : la lutte pour ses droits et sa dignité est ici gérée par d’autres personnes
Évidemment, ça ne peut que poser question. D’autant que ces dernières années, nombreux sont les collectifs à avoir imposer - malgré toutes les #whitetears - que les combats contre les discriminations/oppressions soient menés par les premiers concernés.

Problème n°2 : le daltonisme racial.

Comme toujours, SOS fait mine de ne pas comprendre que non, on n’est pas tous pareil. La formule « On est pareil » fait penser à l’argument type « non mais c’est pas une question de couleur, on est tous humains ». LOL...mais qui dit le contraire ? Le racisme biologique qui considérait notamment, en effet, que nous ne partagions pas tous la même humanité a évolué, a pris d’autres formes et d’autres modes d’expression. Certains semblent être restés bloqués sur cette idéologie et ne sont donc pas en phase avec les nouvelles manifestations du racisme. Et ce n’est ni un problème de bêtise ni un problème d’ignorance : ceux qui utilisent ces arguments le font pour empêcher de penser les races sociales en général, et la blanchité en particulier. Ce n’est pas qu’ils ne voient pas les couleurs, c’est qu’ils n’ont pas à les voir et qu’ils s’en accommodent parfaitement bien. Mais pour ceux qui subissent le racisme, les processus de racialisation sont là et ils sont particulièrement brutaux vu qu’ils vous placent, de la naissance au tombeau, du bon ou du mauvais côté de la ligne en fonction de votre groupe racial. Être blanc en France et être non-blanc, ce n’est absolument pas les mêmes choses. Il faut se le rentrer dans la tête.

Problème n°3 : le discours sentimental/moral.

Une fois encore, la vocabulaire de la « haine » et de la « tolérance » est mis en avant. Ça a déjà été dit et redit plusieurs fois : le racisme. n’est. pas. une question. de sentiments, c’est une question de pouvoir. Le racisme c’est un système d’oppression, de domination, et d’exploitation, pas une chanson de Vitaa. C’est ce qui fait que les arabes, les noirs, les rroms ne sont pas traités de la même manière, dans les médias, les institutions, face à la police mais aussi quand il s’agit de chercher un emploi et d’y évoluer ou de trouver un logement. Tu peux nous faire autant de bisous que tu veux, c’est pas ton amour qui changera ça. C’est important parce qu’on entend souvent des personnes dire « je ne suis pas raciste, j’ai un ami noir » ou alors « non mais j’aime bien les arabes donc je ne suis pas raciste ». C’est bien plus complexe que cela. Cher-e-s ami-e-s blanc-he-s, que vous le vouliez ou non, que vous nous aimiez ou non, vous tirez des avantages de ce système raciste. Demandez-vous simplement qui est recruté, qui obtient le logement, la promotion, l’opportunité, quand un non-blanc est discriminé ?

Problème n°4 : la focalisation sur le Front National.

Là aussi, grand classique pour les organisations de l’antiracisme moral : se concentrer sur l’extrême-droite et invisibiliser ainsi le racisme des autres partis. Or, s’il y a bien une leçon que l’on a retenue de ces dernières années c’est que le racisme n’est l’apanage d’aucun parti, ni courant politique. On l’a dit : le racisme fait système dans la société française et donc sur l’échiquier politique. On le retrouve aussi bien à droite qu’à gauche et il se manifeste non seulement par le traitement réservé aux membres non-blancs des partis concernés mais aussi, dans leurs orientations et discours politiques. Souvenez-vous des sorties racistes de Valls, Rossignol, Clavreul, etc, de la proposition de loi sur le voile des nounous par le Parti Radical de Gauche, de la manière dont le voile d’une militante a fait exploser le NPA, des commentaires de Mélenchon (sur le burkini par exemple)... Évidemment qu’une mandature FN nous amènerait vers des rivages plus sombres encore que ceux que nous avons connus mais il faut être lucides : les présidents PS & UMP ne nous pas du tout épargnés en termes de racisme. Loin de là même.

Problème n°5 : invisibilisation totale des mots d’ordre et des évolutions imposés par les organisations de l’antiracisme politique.

Bon, c’est clair qu’il ne faut pas s’attendre à ce que SOS Racisme et consorts nous pondent un laius sur l’islamophobie. Mais c’est important de rappeler que ces associations sont en décalage total avec les principales organisations de l’antiracisme politique. Et après toutes ces années, on ne peut pas me faire croire qu’il n’y a pas quelque chose qui relève de la dépolitisation délibérée dans ces pseudos campagnes antiracistes. SOS Racisme & cie servent les intérêts du pouvoir et le maintien du système raciste. Ce n’est même pas qu’ils ne veulent pas que ça change, c’est qu’ils n’ont pas intérêt à ce que cela change. Et c’est pour ça qu’ils sont aussi déters contre des orgas comme le PIR, la BAN, le CCIF ou le Camp d’été décolonial. Ils n’ont pas intérêt à ce que la lutte contre le racisme soit politisée et prise en charge par les premiers concernés. Trop tard ;) Et leurs derniers soubresauts n’y changeront rien.

Contre-attaqueR

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