« Convertie en paix » : série de portraits photos

Les femmes converties à l’islam en lumière - Manon et Natalia

Marie Mohammedi Dubau /

Marie Mohammedi Dubau

Photographe

Marie Mohammedi Dubau

Toute la semaine, Contre-attaque(s) publiera le travail de la photographe Marie Mohammedi Dubau. Elle nous livre dix portraits de femmes françaises et converties à l’islam, « Convertie en paix ». A travers cette série de portraits, la photojournaliste Marie Mohammedi Dubau a voulu "donner la parole à celles que l’on entend jamais, cette pluralité silencieuse de femmes musulmanes décomplexées, heureuses et assumant pleinement leur choix et leur foi".

Édito

« Souvent incompris, L’Islam est présenté comme une religion archaïque, violente, et de fait incompatible avec notre société française. Les préjugés, malentendus, fantasmes et vraies raisons de s’indigner s’entremêlent, occultant la liberté de croyance, l’ouverture et la tolérance. Pourtant depuis les années 2000, le nombre de conversions à l’Islam en France ne cesse d’augmenter. Ses valeurs séduisent des personnes de milieux sociaux différents. Mais les convertis, sont souvent perçus comme des personnes faibles, endoctrinées ou manipulées. Cette vision négative touche particulièrement la femme, surtout lorsqu’elle décide de porter le voile. Elle parait tel un être soumis, dénué de toute réflexion et de bon sens. Plus que négative, cette vision devient réductrice.
Chaque femme ne devrait-elle pas pouvoir choisir la voie de sa propre émancipation ?
Si la place de la femme en Islam est aussi sombre qu’elle est présentée, comment expliquer alors que bon nombre de femmes n’ayant pas grandi dans cette culture religieuse, choisissent de devenir musulmanes ? Beaucoup d’ idées négatives circulent quant au statut de la femme en Islam (soumission, oppression, inégalité des
droits...). Les interprétations infondées ou les traditions dominantes ne doivent pas servir de représentation générale. J’ai voulu donner la parole à celles que l’on entend jamais ; cette pluralité silencieuse de femmes musulmanes décomplexées, heureuses et assumant pleinement leur choix et leur foi. »

Manon, 30 ans, auto-entrepeneuse, Ariège.

Manon - femme musulmane et convertie

“ Mon cheminement vers l’Islam s’est fait progressivement. Déjà au lycée, je me posais beaucoup de questions, la religion musulmane m’intriguait. Cette attirance s’est renforcée quand je suis rentrée à l’université. Je sentais un appel intérieur que je ne pouvais expliquer. Après avoir rencontré des musulmanes avec qui j’ai beaucoup discuté et au bout de plusieurs lectures, je me suis convertie à l’âge de 22 ans. Dans l’Islam j’ai trouvé une religion raisonnée, un dogme clair qui me parle. J’ai tout de suite apprécié le fait que les Hommes y sont considérés comme tous égaux, qu’il n’y a pas de hiérarchie, ni d’intermédiaire entre Dieu et l’Homme. J’y ai vu beaucoup d’amour et d’humilité. Savoir également que si un malheur m’atteint, ce n’est pas parce que je l’ai mérité, mais parce que cela m’était destiné et que cela fait partie des épreuves de ma vie, que je dois surmonter. Cette religion m’enseigne beaucoup de sagesse et me procure une philosophie de vie qui m’empêche de m’apitoyer sur mon sort, qui m’oblige à me questionner sur les finalités de chaque chose, sur mes intentions...

Tout cela donne un sens à ma vie, celui de la mener de la meilleure façon qui soit, avec éthique. Non pas qu’auparavant, je n’avais pas de conscience ni de valeurs, car bien sûr j’en avais, mais aujourd’hui, disons que l’Islam est venu parfaire tout cela. Ma mère m’a toujours sensibilisée à la spiritualité et a plutôt bien accueilli ma conversion. Pour mon père et le reste de ma famille, il a fallu plus de temps mais aujourd’hui ils l’acceptent mieux car ils voient que je reste la même, juste avec des convictions en plus et apaisée. J’ai décidé de porter le foulard avant de me marier, il y a quelques années. Ce n’est pas un signe de soumission à l’homme, au contraire c’est une libération et un choix. Je me voile quand je rencontre les gens qui ne font pas partie de ma sphère privée. Je ne voulais plus qu’on me reconnaisse par mon paraître, mon « charme », mais pour ce que je suis et ce que j’ai dans la tête. La société dans laquelle nous vivons juge beaucoup sur les apparences et je voulais me soustraire à ce fonctionnement là de reconnaissance. Je me suis également débarrassée de pas mal de superflus et me sens beaucoup mieux ainsi. Je suis musulmane, voilée mais me considère comme une féministe dans le sens où je milite pour que les femmes bénéficient de la place et des droits qui leurs sont dus et accordés par l’Islam. Le culturel prédomine parfois sur le cultuel et certains musulmans pratiquent l’islam de manière exagérée, voire infondée. Ce phénomène fait parfois naitre de la peur chez les non-musulmans. Les gens qui ont peur de cette religion doivent essayer de mieux la comprendre, car la peur parasite la vie en société, et va à l’encontre de l’unification des peuples. Réfléchissons tous à ce qui nous rassemble au lieu de ce qui nous sépare.

Natalia, 23 ans, mère au foyer, Haute-Loire.

Natalia - femme musulmane et convertie

“ On peut dire que mon existence commençait mal. Née au Brésil de parents atteints du VIH, j’ai vu mon père se faire assassiner et j’ai assisté à la déchéance progressive de ma mère, qui sombrait de plus en plus dans la drogue et l’alcool. J’ai été placée à l’orphelinat à l’âge de 6 ans et adoptée par une famille française à l’âge de 8 ans. Malgré l’amour inconditionnel de cette famille adoptive que je ne remercierais jamais assez, mes premières années en France furent difficiles. Je me sentais rejetée à l’école, mal dans ma peau et dans une souffrance immense. Je plongeais à mon tour dans la drogue et l’alcool en espérant oublier ce passé trop lourd à porter. J’ai fait plusieurs tentatives de suicides. Ma vie était de plus en plus chaotique et mes parents se sentaient démunis. Je restais réfractaire à l’existence possible d’un Dieu mais étant donné que mes parents adoptifs sont tous les deux bouddhistes, je leur posais beaucoup de questions et essayais de m’intéresser à leur spiritualité. Mais cela ne me parlait pas.

Parallèlement, j’ai connu deux musulmans qui sont devenus des amis. Avant leur rencontre, ma vision négative de l’islam reflétait les dires des médias. Non seulement je ne la connaissais pas mais j’en avais peur. Mais eux m’en parlaient avec beaucoup de beauté et m’ont fait découvrir cette religion. Leur présence me faisait du bien. Une vidéo sur la fin des temps m’a particulièrement affectée. Pendant une semaine, j’y pensais beaucoup. Un autre soir, je regardais une autre vidéo avec eux. J’ai fondu en larmes en ayant la sensation qu’un poids immense s’envolait. J’ai appelé ma mère en lui demandant si elle m’aimerait toujours si je devenais musulmane. Un peu surprise, elle me répondit que oui évidemment. Alors je me sentis prête. C’est ce soir là que j’ai décidé de me convertir. J’avais 16 ans. Je fus immédiatement apaisée. J’avais tant de questions et l’islam y répondait. J’ai compris et accepté beaucoup de choses en me convertissant. Mon comportement a radicalement changé. Je réapprends à vivre au lieu de m’acharner à me détruire. Ma mère a tout de suite remarqué le changement positif. Elle était très heureuse car jusqu’à ma conversion, aucun médecin, ni traitement n’avaient réussi à me guérir de ce mal de vivre. L’islam m’a sauvée et libérée de ma colère. Ce fut un moteur puissant vers la guérison. Il m’a apportée de l’amour. Je trouve beaucoup de réconfort dans la prière et la religion. Je suis moins hantée par mon passé, ce n’est plus un fardeau. Je suis plus en paix. Aujourd’hui, je suis mariée avec un converti, j’ai trois enfants et je suis heureuse. Parallèlement, j’ai décidé de reprendre mes études. Evidemment je traverse encore parfois des périodes difficiles mais l’espoir revient toujours grâce à ma foi. Je ne pouvais pas trouver mieux que l’islam et j’aspire aujourd’hui à transmettre ce trésor à mes enfants. Si je devais leur laisser une seule chose, ce serait cette quête de paix intérieure à travers l’amour de Dieu. On ne peut plus se sentir seul quand on a cet amour là. ”

Contre-attaqueR

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