« Convertie en paix » : série de portraits photos

Les femmes converties à l’islam en lumière - Nina et Anaïs

Marie Mohammedi Dubau /

Marie Mohammedi Dubau

Photographe

Marie Mohammedi Dubau

Suite de la publication du travail de la photographe Marie Mohammedi Dubau. Elle nous livre dix portraits de femmes françaises et converties à l’islam, « Convertie en paix ». A travers cette série de portraits, la photojournaliste a voulu "donner la parole à celles que l’on entend jamais, cette pluralité silencieuse de femmes musulmanes décomplexées, heureuses et assumant pleinement leur choix et leur foi". Aujourd’hui, Nina et Anaïs.

Nina, 22 ans, mère au foyer, Aveyron.

“ Déjà très jeune je me posais des questions sur la vie et la mort. Ma mère me disait qu’après la mort, il n’y avait rien et cette réponse m’angoissait. Curieuse, je commence alors une recherche spirituelle. Mon premier contact avec l’Islam est la lecture d’un livre sur la vie du Prophète. Je suis dans un premier temps touchée par ses qualités en tant qu’homme et son comportement envers les autres et les femmes. Puis, c’est le message spirituel qui a retenu mon attention. Cette lecture m’a donnée envie de m’intéresser à l’Islam et à la notion de Dieu. Enfin, je trouvais des réponses à mes questions. La découverte de l’Islam a apaisé mon coeur et lui a redonné le sourire. A 15 ans, je me convertie et je me sens bien. Ma famille n’a pas très bien vécu cette décision. En particulier ma mère, athée et plutôt féministe, elle rejetait les religions et surtout l’Islam. Nos relations étaient si conflictuelles que je vivais ma religion cachée. Habitant dans un petit village, mon père a également eu peur pour la réputation de son commerce. On ne se reparle toujours pas à ce jour. Je patiente et me dis qu’avec le temps il verra bien que je suis plus heureuse qu’avant.

Quelques années plus tard, je rencontre mon mari, converti lui aussi et ensemble nous avons eu deux enfants. Il y a un an, j’ai décidé de porter le voile et je me sens encore plus épanouie. Je me sens plus libre car je contrôle mon image. Vouloir garder ma beauté pour l’homme que j’aime ne veut pas dire que je suis soumise à lui. J’ai ma place, mon mot à dire et je suis autant un pilier dans la famille que lui. Je peux comprendre l’appréhension des gens car on ne montre qu’une mauvaise image de l’Islam. C’est vrai qu’il existe des femmes musulmanes bafouées et contraintes de mettre le voile. Mais c’est une minorité. Pour beaucoup, comme moi, c’est un choix raisonné et personnel. La plupart des gens de ma famille ont bien vu après ces sept années, l’aspect positif que l’Islam a amené dans ma vie. Je n’ai plus de colère, mon comportement et mon bien être parlent d’eux mêmes. Après un grave AVC qui lui a laissé beaucoup de séquelles, ma mère a pris conscience de la fragilité de la vie. Elle a mieux compris ma soif de spiritualité et a mieux accepté mon choix. Notre relation a évolué. Aujourd’hui, elle me trouve belle avec le voile et elle est fière de moi comme musulmane. ”

Anaïs, 27 ans, doctorante en histoire, Vaucluse.

“Lors de mon cursus universitaire aux Etats-Unis, j’étudiais les sciences politiques du Moyen Orient mais également les religions comparées notamment entre la Bible et le Coran. Le côté spirituel et logique m’a attirée, tout comme la beauté textuelle du Coran. Bien que je n’en comprenais pas encore le sens, certaines Sourates que je lisais et relisais me touchaient profondément. Leurs sonorités m’apaisaient. Afin d’approfondir mes études, je décidais de partir en Syrie et d’apprendre l’arabe. Parallèlement, je découvrais de plus en plus l’islam. Deux questions m’avaient toujours angoissée : quel est l’intérêt de vivre si, après la mort, seul le néant demeure ? Et quel est le sens de la justice, si la loi du plus fort prône dans notre monde ? Cette notion de justice est très importante pour moi et quand j’ai découvert le concept de justice divine, cela m’a rassurée. Six mois après mon arrivée en Syrie, je me convertissais, à l’âge de 20 ans.

Beaucoup de choses m’avaient affectée, notamment l’’importance de la causalité jusque dans le moindre de nos actes. Sans compter le cœur, ce combat contre l’égo, qui est au centre de l’Islam. Je ne trouvais pas ces côtés pratiques dans le Christianisme. L’Islam répond parfaitement à la question du comment. Comment agir, se comporter envers soi-même et envers autrui, musulman comme non-musulman. J’ai également découvert la merveilleuse place de la femme dans cette religion. J’apprécie l’idée de séparation claire entre le privé et le public. D’un côté mon mari, mes proches et de l’autre le reste du monde. Cela donne à la famille un côté « spécial ». De nos jours, le physique détermine trop de choses et je trouve cela plus juste de ne pas mettre le corps en avant, comme la chose la plus importante chez une femme.

Le choix du voile est venu progressivement. Au début, je ne le mettais que pour prier, et puis je me sentais tellement bien avec que j’ai décidé progressivement de le garder. Maintenant, il est plus facile de faire valoir ma place au travail ou dans la société en tant que femme. On n’attend pas de moi que je sois jolie, on me juge uniquement pour ce que j’ai dans la tête, ce qui place la barre beaucoup plus haut. Je retrouve une confiance en moi et une dignité qui me faisaient défaut. Dignité également face aux autres, basée sur les actions et le comportement. Des valeurs sur lesquels nous avons un contrôle, contrairement à l’apparence qui nous échappe devant les regards et préjugés des autres. Je trouve cette religion très égalitaire. Ce qui est primordial dans la question de la pudeur, valable pour les femmes mais aussi pour les hommes, c’est la mise en avant de l’individu. Une façon de vivre nos rapports aux autres de manière plus saine. Nos corps ne sont pas des objets. Lorsqu’il y a une compréhension correcte des textes, on s’aperçoit que l’islam est une lumière dans la quête du respect des femmes en tant qu’être humains. ”

Édito

« Souvent incompris, L’Islam est présenté comme une religion archaïque, violente, et de fait incompatible avec notre société française. Les préjugés, malentendus, fantasmes et vraies raisons de s’indigner s’entremêlent, occultant la liberté de croyance, l’ouverture et la tolérance. Pourtant depuis les années 2000, le nombre de conversions à l’Islam en France ne cesse d’augmenter. Ses valeurs séduisent des personnes de milieux sociaux différents. Mais les convertis, sont souvent perçus comme des personnes faibles, endoctrinées ou manipulées. Cette vision négative touche particulièrement la femme, surtout lorsqu’elle décide de porter le voile. Elle parait tel un être soumis, dénué de toute réflexion et de bon sens. Plus que négative, cette vision devient réductrice.
Chaque femme ne devrait-elle pas pouvoir choisir la voie de sa propre émancipation ?
Si la place de la femme en Islam est aussi sombre qu’elle est présentée, comment expliquer alors que bon nombre de femmes n’ayant pas grandi dans cette culture religieuse, choisissent de devenir musulmanes ? Beaucoup d’ idées négatives circulent quant au statut de la femme en Islam (soumission, oppression, inégalité des
droits...). Les interprétations infondées ou les traditions dominantes ne doivent pas servir de représentation générale. J’ai voulu donner la parole à celles que l’on entend jamais ; cette pluralité silencieuse de femmes musulmanes décomplexées, heureuses et assumant pleinement leur choix et leur foi. »

Contre-attaqueR

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