« Convertie en paix » : série de portraits photos

Les femmes converties à l’islam en lumière - Ella et Emmanuelle

Marie Mohammedi Dubau /

Marie Mohammedi Dubau

Photographe

Suite de la publication du travail de la photographe Marie Mohammedi Dubau. Elle nous livre dix portraits de femmes françaises et converties à l’islam, « Convertie en paix ». A travers cette série de portraits, la photojournaliste a voulu "donner la parole à celles que l’on entend jamais, cette pluralité silencieuse de femmes musulmanes décomplexées, heureuses et assumant pleinement leur choix et leur foi". Aujourd’hui, Emmanuelle et Ella.

Emmanuelle, 31 ans, assistante maternelle, Hérault.

“Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours cru en Dieu. Je demeurais toutefois réticente quant à suivre une religion, car pour moi elles étaient source de guerres et de conflits. C’est au lycée que j’ai rencontré des amies qui, par leurs comportements et leurs explications m’ont donnée envie d’en apprendre sur les religions monothéistes. Après avoir comparativement étudié les trois principales croyances, je nourrissais un intérêt grandissant à propos de l’Islam, sans pour autant avoir envie d’y adhérer. Ces recherches ont soulevé en moi énormément de questions et ont ébranlé beaucoup d’idées reçues que l’on m’avait inculquée. L’année précédant ma conversion, j’ai redoublé mes recherches spirituelles, après avoir connu des épreuves difficiles. Je finis par embrasser l’Islam à mes 21 ans, après une profonde quête personnelle. Cette religion m’apaisait et m’a fait prendre conscience de ce que je voulais accomplir et délaisser dans ma vie.

Avec l’islam, j’ai également réappris à m’aimer et à aimer mon corps.

Ayant un très fort caractère et étant assez impulsive, l’Islam me donnait des clés pour me contenir, adopter un comportement convenable avec les gens et m’exprimer avec respect et intelligence. Non pas que j’étais irrespectueuse, car j’avais déjà des principes de vie, mais face à des inégalités, à des choses qui me portaient peine, je devenais rapidement virulente et manquais de dialogues. Cela m’a aidée à me structurer, à ne plus reproduire les erreurs passées et à me concentrer sur moi-même. L’Islam m’aide aussi à relativiser dans les situations difficiles. Les règles sont là pour m’aider. Je définirais vraiment cette religion comme la connaissance intérieure de soi. Je reste néanmoins très ouverte aux autres spiritualités. Je trouve beaucoup d’affinités avec la sagesse confucéenne ou la spiritualité japonaise par exemple. Je m’enrichis de jour en jour d’autres connaissances. Avec l’islam, j’ai également réappris à m’aimer et à aimer mon corps. Vivre à travers le regard des autres ne m’intéressait plus. Nous sommes toutes soumis à quelque chose, à la société, aux regards des hommes, de nos familles... Pour ma part j’ai choisi la religion.

La France est mon pays. Est-ce normal que je puisse me sentir « rejetée » parce que je ne montre pas mes cheveux ?

Le fait d’imposer un mode de vie ou de pensée à autrui est à mon sens, inacceptable, peu importe l’origine d’une telle pression. L’histoire montre indéniablement que la femme s’est battue pour des justes causes, notamment la liberté de choix. L’occident apporte certains droits aux femmes qui ne sont pas négligeables. Cependant, nous atteignons aujourd’hui la démesure. Chaque femme doit pouvoir avoir sa propre vision de la liberté et choisir ce qui est bon pour elle. J’ai choisi l’Islam comme une autre doit être libre de choisir un autre chemin. Nous sommes des femmes, musulmanes, mais êtres humains avant tout ; capable de penser, poursuivre des études, travailler, éduquer des enfants... Ce n’est pas notre manière de nous habiller qui doit changer quelque chose à ce qu’on peut apporter à la France et à chaque citoyen. La France est mon pays. Est-ce normal que je puisse me sentir « rejetée » parce que je ne montre pas mes cheveux ? La laïcité ne doit pas conduire à la xénophobie ou à la négation de la religion. Elle est de fait vierge de toute croyance ou incroyance. A sa source, elle offre la liberté à chacun d’être ce qu’il désire sans différence de traitement dans le plus grand respect de tous. ”

Ella, 20 ans, vendeuse, Paris.

“ Je me suis convertie il y a deux ans à la suite d’une rencontre qui m’a bouleversée. Ma famille, très ouverte d’esprit l’a très bien accepté. Ayant grandi dans la chrétienté, j’ai d’abord voulu m’intéresser aux fondements de cette religion mais l’Islam m’a apporté des réponses qui me convenaient mieux. J’ai tout de suite été interpelée par la place de la femme dans cette croyance. Loin de ce qui est présenté habituellement, je découvrais au contraire, un statut noble, élevé et très beau. L’islam nous pousse à nous respecter et à prendre conscience de notre propre valeur. Le choix de porter le voile est rapidement apparu comme une évidence quant à ma pratique religieuse. Ma famille n’étant pas musulmane et étant moi-même célibataire, ce fut par conséquent un choix personnel.

Je me sens tellement mieux car je suis maître de mon corps et de ma sexualité.

Derrière ce voile, je demeure une femme coquette, qui aime prendre soin d’elle, comme chacune d’entre nous. La seule différence est que je partage cette féminité uniquement avec un cercle restreint de mes proches. Je me sens tellement mieux car je suis maître de mon corps et de ma sexualité. Je dois pouvoir être libre de faire ce choix, au même titre qu’une femme est libre de porter une mini jupe, d’avoir les cheveux bleus ou d’arborer fièrement divers piercings. Certains nous pensent encore soumises, alors que beaucoup de femmes « libérées » sont paradoxalement martelées par les diktats de la mode, imposés par la société. L’idéal de beauté féminin d’une telle société devient un but, alors qu’il devrait rester un mythe. La féminité est un des reflets de l’être humain ; elle doit donc être diverse et variée. Bien sur j’accepte d’être vu comme soumise, mais à personne d’autre que Dieu. Il est important de se positionner non pas comme pro ou anti voile, mais pour la liberté de choisir la façon dont nous souhaitons nous approprier notre corps. Le féminisme n’est donc pas de faire correspondre les femmes à un certain idéal, mais plutôt défendre l’idée que la femme puisse librement gérer son image. En définitive, j’ai enfin trouvé mon épanouissement à travers la foi. Une foi tout à fait compatible avec une vie active. Actuellement en fin d’études, j’aspire tout de même à pouvoir m’installer en auto-entrepeneur dans les années à venir, en tant que citoyenne musulmane. ”

Édito

« Souvent incompris, L’Islam est présenté comme une religion archaïque, violente, et de fait incompatible avec notre société française. Les préjugés, malentendus, fantasmes et vraies raisons de s’indigner s’entremêlent, occultant la liberté de croyance, l’ouverture et la tolérance. Pourtant depuis les années 2000, le nombre de conversions à l’Islam en France ne cesse d’augmenter. Ses valeurs séduisent des personnes de milieux sociaux différents. Mais les convertis, sont souvent perçus comme des personnes faibles, endoctrinées ou manipulées. Cette vision négative touche particulièrement la femme, surtout lorsqu’elle décide de porter le voile. Elle parait tel un être soumis, dénué de toute réflexion et de bon sens. Plus que négative, cette vision devient réductrice.
Chaque femme ne devrait-elle pas pouvoir choisir la voie de sa propre émancipation ?
Si la place de la femme en Islam est aussi sombre qu’elle est présentée, comment expliquer alors que bon nombre de femmes n’ayant pas grandi dans cette culture religieuse, choisissent de devenir musulmanes ? Beaucoup d’ idées négatives circulent quant au statut de la femme en Islam (soumission, oppression, inégalité des
droits...). Les interprétations infondées ou les traditions dominantes ne doivent pas servir de représentation générale. J’ai voulu donner la parole à celles que l’on entend jamais ; cette pluralité silencieuse de femmes musulmanes décomplexées, heureuses et assumant pleinement leur choix et leur foi. »

Contre-attaqueR

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