« Convertie en paix » : série de portraits photos

Les femmes converties à l’islam en lumière - Marine et Marion

Marie Mohammedi Dubau /

Marie Mohammedi Dubau

Photographe

Dernière partie de la publication du travail de la photographe Marie Mohammedi Dubau. Elle nous livre dix portraits de femmes françaises et converties à l’islam, « Convertie en paix ». A travers cette série de portraits, la photojournaliste a voulu "donner la parole à celles que l’on entend jamais, cette pluralité silencieuse de femmes musulmanes décomplexées, heureuses et assumant pleinement leur choix et leur foi". Aujourd’hui, Marine et Marion.

Marion, 25 ans, éducatrice spécialisée, Isère .

“Enfant, je posais beaucoup de questions. Les réponses que m’apportaient mes parents étaient pleines de maturité. Ils me tenaient un discours d’adulte, loin de l’innocence d’un enfant. Il est important de savoir que mes parents ne croyaient pas en Dieu et rejetaient même toute forme de croyance. J’ai été élevée dans l’idée que les religions étaient des légendes, mais je restais convaincue de l’existence d’un être supérieur. Plus jeune, j’avais une profonde connexion avec la nature, j’aimais observer le ciel, les nuages, les étoiles, les arbres... Tout était si beau et si parfait, cela ne pouvait pas être le fruit du hasard. Par le biais de rencontres, j’ai pu en savoir plus sur le christianisme puis le bouddhisme. J’éprouvais le besoin de ressentir les choses pleinement, toutefois, cette plénitude n’est jamais survenue avec ces deux dogmes.

A cette époque, l’islam n’était encore à mes yeux qu’une coutume étrange. J’ai grandi dans un quartier et les exemples autour de moi ne me donnaient pas toujours envie d’en savoir plus. A l’occasion de ma rentrée à l’école d’éducateur spécialisé, je me suis rendue à la librairie afin d’acheter les livres nécessaires. Sans savoir pourquoi, quelque chose m’a poussée à acheter le livre d’Abd el Malik, Qu’Allah bénisse la France. Je l’ai dévoré rapidement. Je me retrouvais dans ces questionnements, lui aussi avait grandi dans un quartier. Cette lecture m’a donnée envie de découvrir le coran. Aussi bizarre que cela puisse paraître, il y avait comme deux lectures. Je lisais sans comprendre vraiment mais mon coeur lui se reconnaissait et était apaisé.

Avant j’avais constamment besoin qu’on me trouve belle puis la foi m’a apprise à m’aimer telle que j’étais.

Un soir dans ma chambre, je me suis convertie, j’avais 19 ans. J’ai ressenti une légèreté, un apaisement. J’étais sûre de mon choix. Au début c’était un peu abstrait, mais avec le temps j’ai commencé à prier et à apprendre ma religion. Les choses prenaient plus de sens. Tout me paraissait clair, sain, juste et l’islam devenait mon indispensable guide. Petit à petit, je ressentais le besoin de me couvrir davantage. Avant j’avais constamment besoin qu’on me trouve belle puis la foi m’a apprise à m’aimer telle que j’étais. Désormais, je n’ai plus le besoin du regard des autres pour m’aimer, seulement du mien. Cela s’est fait naturellement. Le voile me permet de me sentir plus connectée à Dieu. La religion a réellement changé ma vie lorsque mon père est tombé gravement malade. C’est arrivé la dernière année de ma formation, durant laquelle je devais également présenter mon mémoire. J’étais effondrée mais ma foi m’a énormément aidée. J’ai compris à ce moment là le sens de s’en remettre totalement à Dieu. Lui vouer une confiance exclusive ; j’’ai compris que le bonheur résidait aussi dans l’acceptation de notre destin.

Marine, 35 ans, cavalière et juriste, Hérault.

“ Au départ, c’était plus une démarche de ma part vers la culture que vers la spiritualité. Lors d’un été que je passais avec un ami musulman et ses parents, j’ai voulu jeûner avec eux pendant la période de Ramadan. Essayer de le faire m’a mise dans un état spirituel totalement différent de tout ce que j’avais connu. C’était intense. A partir de là, j’ai vraiment commencé à penser à la religion, à m’y intéresser, à lire des livres. Je me suis convertie quelques années après, j’avais 21 ans. C’était avant les attentats de 2001 ; l’Islam n’était pas encore médiatisé et n’avait pas cette étiquette négative. Autrefois j’en parlais librement, aujourd’hui c’est devenu compliqué, il faut se justifier. Ma conversion n’a pas été une rupture avec mon éducation religieuse mais simplement une continuité. J’étais une personne caractérielle et impulsive ; je devenais de plus en plus calme, serviable et apaisée. Mes parents ont surtout eu peur de l’embrigadement... Mais après avoir réalisé que ce chemin m’était bénéfique, ils l’ont mieux accepté.

Pour moi les femmes musulmanes sont déterminées et ont beaucoup de caractère.

Je répète souvent à ma famille que chercher la solution la plus juste, la plus respectueuse et souvent la plus simple, est un des fondements de l’Islam ; blesser, mentir ou tricher nous en éloigne. La pratique est venue au fil des années. J’ai mis du temps à l’installer dans ma vie. J’avais besoin de poser et de comprendre chaque étape.
La foi entraîne une profonde modification intérieure. Notre manière de penser change, ainsi que nos ressentis. On tente d’acquérir cette bienveillance sur le monde qui nous entoure, sur les gens et on se montre reconnaissant pour tout ce que l’on possède. On délaisse peu à peu les futilités. La pratique est en quelque sorte mécanique ; une gymnastique du corps, qui sans être nourrie par une gymnastique de l’esprit, du coeur, ne puiserait ni son sens ni sa force. Avant je me sentais toujours en décalage. Avec l’islam, je me suis enfin sentie moi-même. C’était ma place. Ce que j’ai tout de suite aimé dans cette religion, c’est sa logique et l’exigence du bon comportement. Voilà ce qui détermine la valeur d’une personne. L’islam nous pousse à éduquer notre âme et à rechercher constamment le savoir. Pour moi les femmes musulmanes sont déterminées et ont beaucoup de caractère. Il faut du courage pour choisir un chemin de piété dans notre dignité et liberté. ”

Édito

« Souvent incompris, L’Islam est présenté comme une religion archaïque, violente, et de fait incompatible avec notre société française. Les préjugés, malentendus, fantasmes et vraies raisons de s’indigner s’entremêlent, occultant la liberté de croyance, l’ouverture et la tolérance. Pourtant depuis les années 2000, le nombre de conversions à l’Islam en France ne cesse d’augmenter. Ses valeurs séduisent des personnes de milieux sociaux différents. Mais les convertis, sont souvent perçus comme des personnes faibles, endoctrinées ou manipulées. Cette vision négative touche particulièrement la femme, surtout lorsqu’elle décide de porter le voile. Elle parait tel un être soumis, dénué de toute réflexion et de bon sens. Plus que négative, cette vision devient réductrice.
Chaque femme ne devrait-elle pas pouvoir choisir la voie de sa propre émancipation ?
Si la place de la femme en Islam est aussi sombre qu’elle est présentée, comment expliquer alors que bon nombre de femmes n’ayant pas grandi dans cette culture religieuse, choisissent de devenir musulmanes ? Beaucoup d’ idées négatives circulent quant au statut de la femme en Islam (soumission, oppression, inégalité des
droits...). Les interprétations infondées ou les traditions dominantes ne doivent pas servir de représentation générale. J’ai voulu donner la parole à celles que l’on entend jamais ; cette pluralité silencieuse de femmes musulmanes décomplexées, heureuses et assumant pleinement leur choix et leur foi. »

Contre-attaqueR

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