Interview d’Abdellali Hajjat

Loi de 2004 et violences ordinaires, retour sur un échec de l’école publique


Collectif des enseignants pour l’abrogation de la loi de 2004

Entretien avec Abdellali Hajjat, sociologue. Depuis la loi de 2004 d’interdiction des signes ostensibles à l’école, les femmes sont les premières victimes d’islamophobie. Violence, déshumanisation, retour sur une loi de légitimation du « problème musulman ».

Abdellali Hajjat est l’auteur de Les Frontières de l’’identité nationale (La Découverte, 2012), La Marche pour l’égalité et contre le racisme (Amsterdam, 2012) et avec Marwan Mohammed de Islamophobie. Comment les élites françaises fabriquent le « problème musulman » ?

Quelles sont les caractéristiques de l’islamophobie dans le contexte français ?

Commençons par une définition. L’islamophobie est un processus de racialisation qui assigne les individus à une supposée identité musulmane. Le facteur religieux est censé expliquer l’ensemble de leurs actes et de leurs pensées. D’abord, dans l’espace politique et médiatique, cette conception occupe une position hégémonique et apparaît comme une opinion légitime, ce qui distingue la France de nombreux pays. Ensuite, l’islamophobie trouve en France des traductions juridiques. Ces discriminations légales légitiment par capillarité les autres fromes de discriminations. Enfin, il s’agit d’un phénomène genré qui cible avant tout les femmes. Elles sont les premières à subir les violences physiques et symboliques islamophobes et à être victimes de discriminations à l’emploi, au logement…

Quelle place occupe l’école publique dans le développement de l’idée qu’il existerait « un problème musulman » ?

L’école publique a été un laboratoire des tensions sociales autour de l’Islam en France. En 1989, au moment de la première « affaire du voile » à l’école, un sondage montre que pour les personnels de l’Education nationale, la question n’est pas prioritaire et une majorité exprime un désintérêt. Quinze ans plus tard, en 2004, la loi sur les signes religieux à l’école est portée par un large consensus au sein de l’institution. Cette évolution est le produit d’un travail idéologique au long cours. Un ouvrage collectif a fait date : Les territoires perdus de la République dirigé par Emmanuel Brenner et paru en 2002. Parmi les contributeurs, on retrouve de nombreux enseignants dans des établissements ZEP. Le livre offre une vision apocalyptique de ces écoles et des banlieues. Cet échec est présenté comme n’étant plus celui de l’école publique mais celui des élèves et de leurs parents musulmans qui refuseraient de « s’assimiler ».

Quelles ont été les conséquences de la loi de 2004 sur les signes religieux à l’école ?

Alors que cette loi est souvent présentée comme une loi d’apaisement, on ne dispose que de très peu de données pour en mesurer ses effets. On ne dispose par exemple d’aucun indicateur qui permettrait d’estimer combien de jeunes filles ont préféré se tourner vers l’enseignement privé ou abandonner l’école suite à l’application de la loi. Les conséquences psychologiques sur les élèves dont on a exigé qu’elles abandonnent le hidjab sont également totalement méconnues. Par ailleurs, la loi de 2004 a ouvert la boîte de Pandore. Elle a légitimé d’envisager l’interdiction du port du hidjab dans d’autres espaces sociaux comme ceux de la petite enfance ou l’université. Elle a accrédité l’idée qu’il existerait un problème musulman spécifique.

Comment la loi est-elle actuellement appliquée dans les établissements scolaires ?

La loi a fait l’objet nombreuses querelles interprétatives. On assiste à une extension du domaine de la lutte laïque : désormais des jupes ou des gants peuvent être considérés comme des « signes religieux ostensibles ». En 2013, le Conseil d’Etat a ainsi avalisé la décision d’un collège de Villiers-sur-Marne qui a exclu une collégienne considérant qu’un bandeau devenait « un signe ostensible » à partir de 13,5 cm de largeur ! Ce positivisme juridique amène à une complète déshumanisation des filles réduites à leurs vêtements et leur supposé islamité. La logique de contrôle des corps des jeunes femmes est manifeste.

Contre-attaqueR

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