Colloque

Luttes de l’immigration, luttes antiracistes

Hyova /

Hyova

Militant associatif.

Vendredi 18 et Samedi 19 Septembre se tenait à l’université Paris 8 le colloque international « Luttes de l’immigration, luttes antiracistes » avec la particularité d’être organisé par la plusieurs laboratoires de recherche d’université et des associations militantes impliqués dans les luttes de l’immigration et de l’antiracisme.

Reprendre la parole

Objectif de ces deux jours, ouvrir un espace de dialogue entre organisations militantes et milieux universitaires. Cette nécessité de partager les savoirs et les vécus se fait d’autant plus sentir que deux ans après le trentenaire de la marche pour l’égalité, le détournement opéré par SOS Racisme en 1983 lors de la marche pour l’égalité continue de faire des dégâts sur la scène politique. “La captation de la parole au profit d’un paternalisme d’hommes blonds venus sauver les femmes brunes des hommes bruns”, La supposée alliance naturelle avec une gauche jalouse de son universalité ou la bienveillance feinte d’une classe politique bien disposée à jeter Rroms, Noir-es et/ou Musulman-es sous les roues d’une précarité qu’ils entretiennent, sont autant de recettes de l’antiracisme raciste qui perdurent. De la gestion coloniale des populations rroms installées au Samaritain à l’islamophobie municipale opposée aux mères voilées du Blanc-Mesnil en passant par l’expérience d’ancienne marcheuse de 83 de Paola Bacchetta , les impasses de l’alliance avec les pouvoirs institués (partis, syndicats, municipalités etc) de droite mais surtout de gauche ont constitué la principale trame des discussions.

Cette question prend une importance particulière concernant la lutte contre l’islamophobie puisque, comme l’a rappelé Saïd Bouamama, sociologue, cette dernière participe d’une nouvelle forme de racialisation des éternels descendants d’immigrés. Or, depuis son émergence à la fin des années 1970, le nouveau « problème musulman » n’a cessé de redessiner les clivages politiques à la faveur des va-t’en-guerre et des laïcards de tous poils. La question du voile, centrale dans la rhétorique islamophobe, en est un exemple parlant tant elle divise, au sein même de partis politiques habituellement très unis autour de lignes idéologiques anciennes. Le « problème musulman » ayant acquis progressivement le statut d’évidence, ces divisions ont conduit inévitablement à l’isolement des opposants à la dérive “laïcarde” et surtout à l’impossibilité pour ses victimes de mobiliser les soutiens espérés. La question de l’autonomie, pendant logique de celle des alliances, semble donc plus constituer une obligation qu’un choix pour les collectifs combattant des discriminations islamophobes. De ce point de vue, l’initiative des femmes du collectif Petit Bard-Pergola contre la ségrégation scolaire imposée à leurs enfants peut servir de modèle puisque leur détermination à garder la main sur leur combat et son récit s’est avérée payante.

Pour une union du féminisme et de l’antiracisme

Mais c’est une autre forme d’alliance qui a surtout été mise en avant comme horizon d’espérance lors de ces deux journées : celles des organisations féministes et antiracistes. Cette articulation des combats contre deux formes de dominations (misogyne et raciste) doit être envisagé « comme alliance réelle et pas simplement comme respect » selon les propos de Saïd Bouamama, Même si elle présente un grand nombre de difficultés, elle n’est pas si nouvelle contrairement à ce que peut laisser entendre le monde de la recherche. L’effacement historique encore trop fréquent des femmes ou des groupes féministes dans les combats antiracistes (lors des mobilisations des années 1980 ou lors des émeutes de 2005 pour prendre les exemples les plus récents) a en grande partie conduit à opérer une opposition factice entre ces deux combats. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas un hasard si le discours islamophobe dominant repose aujourd’hui en grande partie sur un féminisme d’apparat largement opportuniste et dont les femmes musulmanes sont ironiquement les premières victimes.

Bien qu’encore imparfait dans l’organisation et la répartition de la parole, ce colloque aura permis de dégager des pistes de réflexions et d’actions que le combat contre l’islamophobie devra nécessairement prendre en compte. L’outillage mental ayant permis à l’Europe de justifier et de légitimer l’esclavage et la colonisation est toujours en partie effectif et n’est pas sans impact sur les formes que nous donnons à nos combats. Or si l’autonomie semble être le chemin souhaitable de la lutte contre l’islamophobie, elle ne saurait être complète sans remise en cause profonde des rapports de pouvoir qui existe aussi parmi les musulmans réels ou supposés. Il ne s’agit évidemment pas de répondre aux injonctions républicaines à s’expliquer sur une misogynie qui serait propre à un islam fantasmé mais plus simplement de laisser libre aux premières victimes d’islamophobie une voie d’émancipation.

Contre-attaqueR

« Islamophobie et xénophobie à l’heure de la présidentielle » : meeting à Saint-Denis le 18 décembre

#AdamaTraoré : chronique d’une affaire d’État

#MomentMarianne : chronique de cette « gauche » qui sombre

Assa Traoré : « Cette détention provisoire, c’est une vengeance insupportable du parquet de Pontoise »

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