A quoi sert ce député ?

Malek Boutih : 10 lignes, 3 mensonges et une caution à l’extrême-droite

Jerôme Martin /

Jerôme Martin

Enseignant et membre du CEAL (Collectif des enseignant·es pour l’abrogation de la loi du 15 mars contre le voile à l’école) Ancien militant d’ Act Up-Paris, blogueur.

Plus c’est gros, plus ça passe. À la question d’un journaliste de 20 minutes qui lui demande : « Pourquoi êtes-vous contre le terme d’islamophobe ?  », Boutih va répondre en trois mensonges et une caution à l’extrême-droite.

**Mensonge n°1

« Ce mot est imposé par des forces islamistes, et a été importé en France par Tariq Ramadan. »

Ce mot était utilisé au début du XXème siècle dans l’administration coloniale française. Il a depuis été repris et est utilisé par nombre de sociologues, journalistes, institutionnels et associations antiracistes. Malek Boutih vise très certainement le Collectif Contre l’Islamophobie en France quand il évoque les « forces islamistes ». Jusqu’à preuve du contraire (donc jusqu’au bout), la seule force du CCIF est de mobiliser et d’accompagner juridiquement des personnes victimes de racisme.

**Mensonge n°2

« Quelle est la technique de ces gens-là ? Transformer toute réalité politique en réalité identitaire. Il faut voir sur les réseaux sociaux, tous les réseaux crypto-islamistes qui sont mobilisés contre Manuel Valls. »

Celles et ceux qui luttent contre l’islamophobie luttent contre les discriminations, pour des droits, contre la honte, pour une visibilité. C’est bien Manuel Valls qui présente une vision identitaire de la laïcité en la dévoyant pour en faire un alibi à son racisme et justifier la disparition de signes religieux, ou de tenues, qui signeraient une appartenance à l’islam. C’est bien cette vision identitaire de la laïcité qui est antilaïque. On appréciera au passage la tonalité complotiste des reproches de Boutih et on lui rappellera que les identitaires et les racistes de tous bords, de leur côté, applaudissent ses interviews. Là encore, il serait intéressant d’avoir les noms des personnes visées mais le flou nourrit les mensonges.

**Mensonge n°3

« Valls est sur un terrain républicain. Benoît Hamon et ses amis sont dans une dérive identitaire lorsqu’ils justifient des comportements non-républicains. Ils sont absorbés par des termes et des concepts importés par des islamistes. Bien sûr, il peut y avoir un racisme anti-musulman qui existe. Mais il y a une deuxième question, qui est très grave aussi : Hamon et ses amis considèrent qu’on peut critiquer l’Église catholique mais pas les musulmans. »

La lutte contre l’islamophobie n’exclut pas la critique de la religion, puisqu’il s’agit de combattre les discriminations ou les violences à raison de l’appartenance supposée à la religion musulmane. Il ne s’agit donc pas de combattre le blasphème. C’est en ce sens que le CCIF, l’ODSE, le Conseil de l’Europe ou encore l’ONU utilisent le terme « islamophobie ». Par ailleurs, il convient de noter que contrairement à ce qu’essaye de nous faire croire le clan Valls, Hamon est loin d’être un partisan acharné de la lutte contre l’islamophobie. Ce sont des sujets sur lesquels ses positionnements n’ont absolument rien de révolutionnaire. Ce qu’on lui reproche finalement, un peu comme à Alain Juppé et Emmanuel Macron, c’est de ne pas être obnubilé par l’islam et les musulman-e-s.

**Et une conclusion en caution à l’extrême-droite

« Vous ne les verrez jamais utiliser le terme christiannophobe (sic) par exemple. »

Ce terme a été forgé par les réactionnaires chrétiens (comme celui de cathophobe), précisément pour faire passer comme des messages de haine les critiques contre les religions chrétiennes issues des mouvements féministes, des militant-e-s LGBTI ou ceux de la lutte contre le sida. Protester contre les positions de chefs religieux chrétiens condamnant le préservatif ne serait ainsi plus défendre une vision de la santé, mais un discours « christianophobe ». Et comme si, en France, les chrétien-ne-s étaient discriminé-es au même titre que les musulman-es. En voulant discréditer le terme « islamophobie », Malek Boutih, qui avait déjà légitimé la Manif pour tous en auditionnant Frigide Barjot pour son « rapport » sur la radicalisation, valide un peu plus le discours de l’extrême-droite chrétienne, au mépris d’autres combats progressistes.

Député absentéiste, en plein conflit d’intérêt (il est en même temps salarié de Skyrock), Malek Boutih consacre le temps pour lequel il est payé à se répandre en mensonges sur l’islamophobie, et à cautionner les discours les plus abjects.

L’intense activité de Malek Boutih au cours des douze derniers mois :

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