Marre du voile ! Interdisons ce mot aux politiques et aux médias

John Tolan /

John Tolan

Professeur d’histoire à l’Université de Nantes et directeur d’un programme de recherche européen, RELMIN : « Le statut légal des minorités religieuses dans l’espace euro-méditerranéen (Ve-XVe siècles) »

Chaque fois que l’on veut cacher un problème, on brandit le voile. Interdisons donc ce terme dans l’espace public et on s’en portera mieux. Telle est l’analyse caustique proposée par John Tolan, historien américain. La politique française vue à travers le voile.

« Quoi ?? demande une amie californienne, en France on débat encore du voile ? »

Oui, en France on parle, encore et toujours, du voile.

« Pfft, fait-elle. Et quand je pense qu’on accuse les musulmans d’être rétrogrades ! »

Mais oui, le voile est de retour. Sans doute, il disparaitra des rues de Téhéran bien avant de s’éclipser de nos écrans, nos journaux, nos discours politiques. Faut-il en rester là, ou faut-il faire quelque chose ? Je propose une solution, radicale mais nécessaire. Une nouvelle loi, une interdiction totale et complète (je n’ose dire intégrale) du voile. Que ce bout de tissu soit banni à jamais de nos discours politiques et médiatiques.

Parce qu’un voile, ça cache quelque chose, c’est bien le but.

Chaque fois, depuis maintenant 27 ans, que nos femmes et nos hommes politiques sortent leur voile, c’est en effet surtout pour éviter que l’on parle d’autre chose. Je ne vais pas vous faire tout l’historique des débats et polémiques sur le voile en France depuis 1989. Je me contente de rappeler quelques exemples flagrants montrant comment ce bout de tissu peut cacher des erreurs et des fautes politiques.

2003-2004 : la cote de popularité de Jacques Chirac est en chute libre. Que faire ? On sort le voile (c’est le débat qui aboutit sur l’interdiction de signes religieux ostensibles à l’école), afin d’éviter de parler des choses qui fâchent.

Juin 2009 : le président Nicolas Sarkozy, peu content de se cacher derrière le seul voile, sort carrément la burqa. Donc, on parle burqa (peu importe qu’il s’agit plutôt du niqab), au lieu de parler du fait qu’en 2009, justement, le chômage atteint 9,6 % de la population active, un record depuis 2001 et que le déficit budgétaire atteint 7,6 % du PIB. Sous sa burqa, je soupçonnais déjà, qu’à l’époque, le petit Nicolas cachait des armes d’obfuscation massive. Pour ensuite se lancer dans un débat sur l’identité nationale, au cours duquel nous avons encore bien entendu parlé du voile. Sarkozy s’intéressait à l’identité, alors que la plupart des Français s’en moquaient : ils s’intéressaient à des sujets bien plus banals comme le chômage, la crise économique, la corruption politique, l’écart grandissant entre les riches et les pauvres, le réchauffement climatique…etc.

Et maintenant ? Quand notre ministre des droits des Femmes sort son voile, qu’a-t-elle envie de cacher ? Peut-être qu’en dépit des efforts de gouvernements successifs, les femmes en France restent sous-représentées dans la vie politique et économique ? En effet, dans les palmarès de l’Inter-Parliamentary Union, la France, avec 26.2% de femmes à l’Assemblée Nationale, est 58ème, (en exæquo avec le Kazakhstan) juste derrière l’Irak et le Soudan du Sud, et loin derrière la Tunisie et l’Algérie. De ce point de vue, on comprend qu’elle préfère se voiler la face.

Et pour notre premier ministre Manuel Valls, que cache-t-il derrière ses discours tonitruants ? Nous avons l’embarras du choix. Lorsque l’on regarde le bilan de son gouvernement : persistance du chômage, absence de politique européenne cohérente, sa propre impopularité au sein de la gauche, la perspective d’élections en 2017 qui risquent de déchirer la gauche et la priver du pouvoir. Donc il fait comme les autres, il sort son voile . Evidemment, on comprend pourquoi il n’a pas envie que les Français voient la réalité de ses échecs.

Assez ! Toutes voiles dehors !

Qu’on ne nous parle plus de ce fichu fichu. Je propose donc d’interdire à tout personnage politique et médiatique de prononcer les mots « voile », « burqa », etc., sous peine d’une forte amende et surtout de dix ans d’inéligibilité politique.
Je sais ce que vous allez dire. « Loi liberticide ». « Ce n’est pas digne du pays des droits de l’homme ».

Il est temps que nos politiques ne puissent plus se voiler la face, qu’ils soient obligés d’affronter leur bilan, à présenter des idées claires sur leur vision pour l’avenir de la France, de sa place dans l’Europe et dans le monde. Et en attendant que cette loi se fasse, je propose, déjà pour commencer, que les médias fassent mieux leur boulot. Chaque fois qu’une femme ou un homme politique ou médiatique sort son voile, qu’on lui demande ce qu’il/elle cache derrière. Ce serait un bon début...

Contre-attaqueR

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