#MomentMarianne

L’étonnant silence de « Marianne » sur l’attentat terroriste de Québec

La rédaction /

La rédaction

Alice Chiche/AFP

Faut dire que l’hebdomadaire a d’autres priorités...
Dans le dernier numéro de Marianne, on apprend que Pierre Perret est responsable des attentats commis en France, qu’un film sur des noir-es n’est intéressant que s’il nous fait oublier la couleur de ses personnages et que la vie des musulmans tués à Québec ne mérite pas une ligne.

Numéro 1036, du 3 au 9 février 2017

Silence - Dimanche 30 janvier, deux hommes cagoulés font irruption dans une moquée pendant une prière et tirent, faisant six morts et huit blessé-es. Dans le numéro sorti le vendredi 3 février, Marianne n’y consacre pas une ligne. L’hebdomadaire témoigne ainsi de son sens des priorités. Car à lire les inepties qu’ose ensuite publier la rédaction, on se rend compte que ce silence n’est pas imposé par un manque de place, mais est bien un choix éditorial.

Page 47

Martine Gozlan interviewe André Bercoff. À une question sur le « muslim ban », le journaliste estime que la mesure est « extrêmement maladroite par la généralisation qu’elle instaure. » Il rajoute : « qu’il faille surveiller les flots migratoires me semble assez normal. Entre la passoire européenne et la généralisation abusive de Trump, il doit y avoir un juste équilibre à trouver. » Les familles des milliers de morts dans la Méditerranée apprécieront.

Page 55

Marianne accorde une tribune à Michaël Prazan, « écrivain et réalisateur, ancien enseignant de lettres de l’académie de Créteil. » Selon le titre de ce texte, « l’école n’est pas la solution, elle fait partie du problème. » Pourquoi ?
Reprenant à son compte « l’étude de l’Ifop », pourtant très critiquable (voir article à ce lien), Prazan affirme : « Si l’école était cet antidote rêvé à la radicalisation, comment expliquer que la moitié des jeunes musulmans, scolarisés ou fraîchement sortis du système éducatif, s’identifient à l’islam le plus opposé aux valeurs de la République ? »

Fort de son expérience d’ancien enseignant, l’auteur se livre alors à un diagnostic de l’école, par le biais des manuels. La méthode n’a aucune rigueur, puisque sans lien avec les programmes et les pratiques réelles des enseignant-es, l’analyse de manuels ne donne qu’une indication de l’opinion des éditeurs, pas de ce qui se passe en classe.
Selon les livres qu’il a consultés, « tout, en effet, de l’histoire à l’étude du monde actuel, est perçu à l’aune des inégalités et des discriminations. Apparaît alors, en filigrane, une grille de lecture unique et dogmatique qui prétend que la seule clé de compréhension du monde se trouve dans le rapport dominé/dominant, où l’histoire et la géographie se résument à la domination d’un Occident blanc et nanti sur un hémisphère Sud (basané, pauvre, exploité), confiné à une vision misérabiliste ».

De telle bêtises ne suffisant pas, Prazan enchaine : les manuels seraient vraiment trop injustes avec Bernard-Henri Lévy, encourageraient l’antisémitisme, s’échineraient « à démontrer aux élèves qu’il y a deux camps : celui des méchants dominants blancs ; celui des victimes, dominées et basanées. Par ce manichéisme qui débarrasse le monde et l’humanité de toute forme de complexité, on distille une haine de l’Occident et de la France ».

Cette anti-France qui forme à l’école les futur-es terroristes est prête à toutes les bassesses, mais par chance, Prazan veille : « Quand, moi-même, enseignant de lettres en banlieue, il y a un peu plus de dix ans, je surveillais l’épreuve des bacs pro, j’avais été alerté par le sujet proposé en français aux élèves. Un commentaire de texte de la chanson Lili, de Pierre Perret : l’histoire de cette jeune Africaine traitée en esclave et en paria par la France qui l’a accueillie. Proposer un tel texte n’est pas anodin. » Conseil : si votre professeure d’anglais vous fait étudier Strange fruits, pensez à la dénoncer aux services anti-djihadistes.

Page 70

Frédéric Bas rend compte du film Moonlight de Barry Jenkins. « Sur le papier, le scénario de Moonlight a de quoi faire peur : Chiron, enfant noir d’un quartier pauvre de Miami, orphelin de père, mère toxico, grandit sans ami, si ce n’est un caïd de la drogue qui le prend sous son aile, et en découvrant son homosexualité dans un monde viril et homophobe. » Heureusement, le réalisateur aurait su déjouer les pièges d’un tel scénario « contre les clichés de la sociologie. Contre les grosses ficelles des fables misérabilistes. » Le journaliste révèle alors ce qui lui importe le plus : « Au bout d’un quart d’heure, on oublie que tous les personnages de l’histoire sont noirs, on oublie que Chiron vient d’un milieu pauvre qui surdétermine sa fragilité sociale et intime. Enfin, on oublie que cet homme noir souffre parce qu’il aime un autre homme et qu’il ne sait pas comment le lui dire. Être noir, être pauvre, être gay, ces questions, le réalisateur ne les pose jamais d’un point de vue sociologique. » Quiconque a vu le film rira de ces inepties. Et se demandera si, quand il a vu Pretty Woman, Frédéric Bas a oublié au bout d’un quart d’heure que le héros était blanc, riche et hétérosexuel. Par amour de l’universalisme.

Contre-attaqueR

De Gérard Nouvet à Adama Traoré : ces morts « ne sont pas des faits divers »

Femmes, musulmanes et rhétoriques : en finir une bonne fois pour toutes avec l’expression « femme voilée »

Appel du « Front de mères » : luttons pour nos enfants

Appel contre les discriminations en sorties scolaires

De Gérard Nouvet à Adama Traoré : ces morts « ne sont pas des faits divers »

Femmes, musulmanes et rhétoriques : en finir une bonne fois pour toutes avec l’expression « femme voilée »

Appel du « Front de mères » : luttons pour nos enfants

Appel contre les discriminations en sorties scolaires

`