Les perles de Marianne

#MomentMarianne : chronique de cette « gauche » qui sombre


La rédaction

Nous proposons ici une chronique de la ligne éditoriale de l’hebdomadaire Marianne, qui opère la jonction entre une gauche qui s’affirme républicaine et les discours les plus réactionnaires, notamment sur les questions liées à l’islam et aux musulman-e-s.

Numéro 1036, du 3 au 9 février 2017

Silence - Dimanche 30 janvier, deux hommes cagoulés font irruption dans une moquée pendant une prière et tirent, faisant six morts et huit blessé-es. Dans le numéro sorti le vendredi 3 février, Marianne n’y consacre pas une ligne. L’hebdomadaire témoigne ainsi de son sens des priorités. Car à lire les inepties qu’ose ensuite publier la rédaction, on se rend compte que ce silence n’est pas imposé par un manque de place, mais est bien un choix éditorial.

Page 47

Martine Gozlan interviewe André Bercoff. À une question sur le « muslim ban », le journaliste estime que la mesure est « extrêmement maladroite par la généralisation qu’elle instaure. » Il rajoute : « qu’il faille surveiller les flots migratoires me semble assez normal. Entre la passoire européenne et la généralisation abusive de Trump, il doit y avoir un juste équilibre à trouver. » Les familles des milliers de morts dans la Méditerranée apprécieront.

Page 55

Marianne accorde une tribune à Michaël Prazan, « écrivain et réalisateur, ancien enseignant de lettres de l’académie de Créteil. » Selon le titre de ce texte, « l’école n’est pas la solution, elle fait partie du problème. » Pourquoi ?
Reprenant à son compte « l’étude de l’Ifop », pourtant très critiquable (voir article à ce lien), Prazan affirme : « Si l’école était cet antidote rêvé à la radicalisation, comment expliquer que la moitié des jeunes musulmans, scolarisés ou fraîchement sortis du système éducatif, s’identifient à l’islam le plus opposé aux valeurs de la République ? »

Fort de son expérience d’ancien enseignant, l’auteur se livre alors à un diagnostic de l’école, par le biais des manuels. La méthode n’a aucune rigueur, puisque sans lien avec les programmes et les pratiques réelles des enseignant-es, l’analyse de manuels ne donne qu’une indication de l’opinion des éditeurs, pas de ce qui se passe en classe.
Selon les livres qu’il a consultés, « tout, en effet, de l’histoire à l’étude du monde actuel, est perçu à l’aune des inégalités et des discriminations. Apparaît alors, en filigrane, une grille de lecture unique et dogmatique qui prétend que la seule clé de compréhension du monde se trouve dans le rapport dominé/dominant, où l’histoire et la géographie se résument à la domination d’un Occident blanc et nanti sur un hémisphère Sud (basané, pauvre, exploité), confiné à une vision misérabiliste ».

De telle bêtises ne suffisant pas, Prazan enchaine : les manuels seraient vraiment trop injustes avec Bernard-Henri Lévy, encourageraient l’antisémitisme, s’échineraient « à démontrer aux élèves qu’il y a deux camps : celui des méchants dominants blancs ; celui des victimes, dominées et basanées. Par ce manichéisme qui débarrasse le monde et l’humanité de toute forme de complexité, on distille une haine de l’Occident et de la France ».

Cette anti-France qui forme à l’école les futur-es terroristes est prête à toutes les bassesses, mais par chance, Prazan veille : « Quand, moi-même, enseignant de lettres en banlieue, il y a un peu plus de dix ans, je surveillais l’épreuve des bacs pro, j’avais été alerté par le sujet proposé en français aux élèves. Un commentaire de texte de la chanson Lili, de Pierre Perret : l’histoire de cette jeune Africaine traitée en esclave et en paria par la France qui l’a accueillie. Proposer un tel texte n’est pas anodin. » Conseil : si votre professeure d’anglais vous fait étudier Strange fruits, pensez à la dénoncer aux services anti-djihadistes.

Page 70

Frédéric Bas rend compte du film Moonlight de Barry Jenkins. « Sur le papier, le scénario de Moonlight a de quoi faire peur : Chiron, enfant noir d’un quartier pauvre de Miami, orphelin de père, mère toxico, grandit sans ami, si ce n’est un caïd de la drogue qui le prend sous son aile, et en découvrant son homosexualité dans un monde viril et homophobe. » Heureusement, le réalisateur aurait su déjouer les pièges d’un tel scénario « contre les clichés de la sociologie. Contre les grosses ficelles des fables misérabilistes. » Le journaliste révèle alors ce qui lui importe le plus : « Au bout d’un quart d’heure, on oublie que tous les personnages de l’histoire sont noirs, on oublie que Chiron vient d’un milieu pauvre qui surdétermine sa fragilité sociale et intime. Enfin, on oublie que cet homme noir souffre parce qu’il aime un autre homme et qu’il ne sait pas comment le lui dire. Être noir, être pauvre, être gay, ces questions, le réalisateur ne les pose jamais d’un point de vue sociologique. » Quiconque a vu le film rira de ces inepties. Et se demandera si, quand il a vu Pretty Woman, Frédéric Bas a oublié au bout d’un quart d’heure que le héros était blanc, riche et hétérosexuel. Par amour de l’universalisme.

N°1035 du 27 janvier au 2 février 2017

Page 32, Hervé Nathan chronique le livre Misère(s) de l’islam de France de Didier Leschi, « l’ancien directeur du bureau des cultes, proche de Jean-Pierre Chevénement ». On y apprend que « le nombre de mosquées (...) est important » en France. Hervé Nathan indique que « Leschi brocarde aussi la mode médiatique des "intellectuels musulmans", dont la plupart ne se rendent jamais à la mosquée et sont donc ignorants des problèmes des fidèles. » Leschi, préfet, connait donc le quotidien des pratiques religieuses d’intellectuels musulmans. Comment ? Il les fait surveiller ? On rappellera par ailleurs à Hervé Nathan qu’un point de vue authentiquement laïque évite de se pencher sur les pratiques religieuses d’un penseur pour en juger.

Page 90, « C’est bien parce que Hillary Clinton incarne à la fois la gauche la plus libérale et la plus naïve envers l’islamisme que Trump a pu percer », nous explique, sans rire, Caroline Fourest qui n’évoque la prise de pouvoir du nouveau président que pour parler de voile.
Donald Trump arrive à la Maison Blanche et sa première mesure vise à bloquer les moyens que les État-Unis pouvaient donner à des ONG dans le monde si elles défendent le droit à l’IVG. De quoi parle Caroline Fourest, la féministe ? De voile, bien sûr ! Et des erreurs qu’auraient accumulées, selon elle, les organisatrices de la Women’s March – qui a tout de même réuni 4 millions de personnes sans les conseils de la polémiste française.
Quelle serait la faute des responsables de la Women’s March ? Avoir donné la parole à des femmes portant le voile. « Les organisateurs ont choisi leur camp : celui des voilées », maugrée Fourest. N’évoquant que la seule affiche d’appel à la manifestation qui représentait une femme portant le voile, passant sous silence toutes les autres qui montraient des femmes dans leur diversité, la polémiste conclut : « Continuez comme ça et Trump est là pour huit ans. » On peut faire le pari que si un tremblement de terre secoue la Californie, et que parmi les sauveteur-ses, on compte une personne portant le voile, Fourest la rendra responsable du séisme. La politique de Trump à l’égard des musulman-es a au moins trouvé une alliée en France.

N°1034 du 20 au 26 janvier 2017

Page 8, Martine Gozlan félicite le roi du Maroc d’avoir interdit le port de la burka dans l’espace public : « Les professionnels de l’inquisition iront-ils jusqu’à traiter le commandeur des croyants d’islamophobe ? » demande-t-elle avant de conclure : « Le roi, contrairement à certains de nos gazouillants sociologues, a le mérite d’appeler les choses par leur nom, et l’obscurantisme, par ses attributs. » Rien que ça.

Page 24, Étienne Girard mène une enquête annoncée en Une avec cette accroche : « À Trappes, Hamon face à l’islamisme. » L’article commence par cette remarque : « Dans les jolies rues du quartier historique, l’ambiance paraît apaisée et le port de signes ostentatoires religieux demeure marginal. » Le port de signes religieux dans l’espace public est ainsi présenté comme un problème. Or, le cadre laïque n’impose pas de masquer de tels signes dans la rue. Bien au contraire, les lois laïques protègent la liberté de conscience et leur expression.

Page 32, Martine Gozlan revient sur la plainte déposée contre Georges Bensoussan, « un procès honteux », selon le titre du papier. Pour rappel, l’intéressé est poursuivi pour des propos tenus dans l’émission Répliques d’Alain Finkelkraut à l’automne 2015 (voir le détail dans cette tribune de chercheur-ses et d’enseignant-es) dans laquelle il décrit un antisémitisme « atavique » chez les Arabes et parle d’un « autre peuple au sein de la nation française, qui fait régresser un certain nombre de valeurs démocratiques qui nous ont portés. »
La journaliste n’évoque que le CCIF dans les parties civiles, dissimulant le rôle de la Licra, avec laquelle Marianne entretient un partenariat de longue date. Au reste, quand elle parle du CCIF, c’est encore pour en dire des mensonges : « L’État, en donnant suite à la dénonciation du CCIF – tant respecté médiatiquement que ses avis sont devenus quasiment parole officielle –, inscrirait donc ses choix dans l’atmosphère générale, celle de l’aveuglement. » Ce n’est pas la première fois que Gozlan affirme, sans rire et sans preuve, que le CCIF est respecté médiatiquement et élabore une théorie du complot islamo-médiatique (voir la page du numéro 1024). « Ce qui conduit à un procès de la liberté de parole, intenté sur la toile de fond d’une peur innommée. » On se rend compte de ce que ce passage aurait donné si Gozlan avait fait son travail de journaliste et évoqué la Licra dans les parties civiles.
La journaliste ne s’arrête pas là puisqu’elle valide le fond de la pensée de l’historien en rappelant ainsi ce qui est, selon elle, « l’objet du délit, du déni : l’antisémitisme culturel dans le monde arabe et maghrébin, avec ses résonances tragiques dans la société française. »
Gozlan reprend le mensonge selon lequel Bensoussan aurait emprunté ses analyses au sociologue Smaïn Lacheer, ce que l’intéressé a démenti. Personne ne s’étonnera de cette énième entorse à la vérité d’une journaliste de Marianne, mais on remarquera tout de même que Gozlan ne prend pas au sérieux les sociologues « gazouillants » (voir plus haut, page 8) sauf s’ils tiennent des propos avec lesquels elle est en accord. Et s’ils sont arabes, c’est encore mieux : ils ne peuvent pas être racistes ! Gozlan défend donc une vision de la validation des travaux scientifiques fondée sur ses seuls préjugés et une assignation identitaire, qu’elle prétend par ailleurs combattre chez les antiracistes !

Page 63, Elsa Bessot, Eric Decouty et Hervé Nathan interviewent Michel Onfray à propos de son nouveau livre, Décadence, décrit par Macé-Scaron, dans le numéro précédent de l’hebdmadaire, comme un « indigeste pavé wikipédianseque de Michel Onfray, notre nouveau Max Gallo ». Marianne le résume donc en cinq pages d’entretien.
Le polémiste confie (et ce passage est résumé en Une du numéro) : « Nous, nous avons des bougies, des peluches, des "Je suis Charlie", des poèmes et des chansons. Eux, des kalachnikovs et des couteaux. Je ne suis pas du tout admiratif des uns qui se trompent et des autres qui se trompent aussi... » Faut-il comprendre qu’il aurait fallu se rendre aux cérémonies d’hommage où auraient été brandies bougies et peluches avec des kalachnikovs ? Et notons aussi que nous avons aussi quelques Rafale...
Interrogé ensuite sur son « flirt » avec le concept de Grand Remplacement, Onfray répond : « Le problème n’est pas de savoir ce que fait Renaud Camus de la démographie, mais si la démographie est une science ou non. La démographie est une science interdite en France parce que la fachosphère de gauche la dit de droite – comme au bon vieux temps du lyssenkisme où la pensée marxiste niait la génétique qui la gênait dans l’exercice de ses mythologies. »
La démographie n’est pas clandestine et ses résultats prouvent que les théories de Camus ne sont que des mensonges racistes (voir par exemple cette mise au point paru dans Le Monde). En mentant sur le statut de la démographie, Onfray pose ainsi le discours du Grand Remplacement comme un problème scientifique ouvert qu’on ne pourrait résoudre du fait de la gauche : « C’est assez sidérant. Alors qu’il n’a pas encore ouvert la bouche, le démographe est systématiquement suspect de tenir un discours de droite ! Je veux juste savoir s’il y a une vérité démographique, c’est tout. » En affirmant que cette science est taboue, Onfray s’économise ainsi le travail sur les données démographiques existantes et laisse croire que le Grand Remplacement serait une réalité masquée par la gauche. Onfray, ou la décadence raciste de la pensée.

N°1033 du 13 au 19 janvier 2017

Le courrier des lecteurs donne de précieux indices sur l’image qu’une rédaction se fait de son lectorat, et sur l’image qu’elle entend donner de sa ligne éditoriale à travers le choix des messages qu’elle décide de publier.

Page 50, un lecteur indique que « Marianne est en voie de s’imposer comme unique (maheureusement !) hebdo laïque », mais exprime un regret : « l’excellent article de Renaud Dély titré “Barbarie sans frontières” (n°1030-1031) » que nous avions chroniqué (voir à ce lien) « met en avant le ’cancer djihadiste’ et non le ’cancer islamique’ ». Et le lecteur de s’interroger : « Pour ne pas être accusé d’islamophobie ou parce qu’il est piégé par les islamistes qui imposent le mot et poussent au djihad ? » Revenant sur ce mot, le courrier rappelle qu’il a au moins deux sens, dont un est « parfaitement respectable ». Il n’en reste pas moins que « pour le lecteur moyen », c’est un terme assez vague. « Islamique », lui, est précis, car « les combattants et terroristes qui menacent la civilisation et massacrent à tout-va se réclament tous de l’islam, quelles que soient les explications et arguties économiques, sociétales, postcoloniales et psychofreudiennes avancées par les gaucho-compatibles et autres dangereux zozos. »
Ce courrier est emblématique de l’islamophobie républicaine à la Marianne, qui, sous couvert de distinction de sens purement formelle, joue sur l’ambiguïté des mots qu’elle utilise pour tisser des liens entre terroriste, djihadiste, islamiste, islamique et musulman. Et pour invalider le discours de celles et ceux qui luttent contre le racisme anti-musulman.

Page 52, un autre lecteur confesse que « les articles de Caroline Fourest sont toujours un bonheur de lecture ». Pourtant, la tribune de la polémiste du numéro 1030-1031 consacrée aux crèches en mairie l’a laissé perplexe. Non pas parce que l’analyse, comme nous l’avions alors chroniquée, n’était qu’un prétexte pour une nouvelle fois parler d’islam. Mais bien parce que Laurent Wauquiez, critiqué par la polémiste, serait victime d’une campagne de la « gauche bien-pensante » qui a trouvé en lui son « exutoire » alors qu’il « réaffirme, d’une manière provocatrice, les racines judéo-chrétiennes de la France ». « Il ne fait que répondre aux revendications incessante d’un islam conquérant devant lequel une gauche bien-pensante fait preuve d’une cécité électoraliste... ». La ligne éditoriale de Marianne, ce sont ses lecteurs qui en parlent le mieux.

N°1032 du 6 au 12 janvier 2017

Page 6, dans un éditorial intitulé « Au secours ! Les bobos reviennent ! », Jacques Juillard écrit : « Non, le peuple ne veut pas de la libanisation de la France. Il ne veut pas non plus de la ’laïcité ouverte’, trop souvent ouverte à l’islamisme, surtout quand elle émane de bouffeurs de curés. Il ne veut pas du ’sans-frontiérisme’ qui est le reniement de la nation, celle de Valmy et du Conseil national de la Résistance. » Page 13, il assure que les Français ne veulent pas d’une réforme constitutionnelle. Puisque Juillard sait si bien ce que veut ou ne veut pas le peuple, il semble inutile d’organiser des élections. Laissons le racisme républicain diriger le pays.

Page 35, Louis Haushalter revient sur les propos du député-maire UDI de Drancy, Jean-Christophe Lagarde, qui attribue la fermeture de PSA Peugeot-Citroën (Aulnay-Sous-Bois) « à l’omniprésence religieuse et au fait qu’il y avait des exigences religieuses au travail ». Haushalter critique cette position, non parce qu’elle est islamophobe, mais hypocrite : Lagarde serait lui-aussi un communautariste ? il aurait caché à ses administrés qu’une salle polyvalente construite par la mairie allait servir à une mosquée. Une autre preuve de sa terrible complicité à l’islamisme : un des terroristes du Bataclan vient de Drancy, et le maire n’a pas fait son mea culpa à ce sujet.

Page 90, Caroline Fourest rend les anti-racistes responsables des morts des attentats de 2015. Sa chronique est intitulée « ’Islamophobie’, un mot qui tue ». Caroline Fourest est connue pour avoir forgé de toute pièce une étymologie fantaisiste au mot « islamophobie ». Elle en a fait un terme forgé par les mollah iraniens dans les années 1970 pour stigmatiser des personnes qui critiqueraient l’islam. En réalité, le terme était déjà utilisé par l’administration coloniale en Algérie au début du XXe siècle. Fourest dut reconnaitre son mensonge, pardon, son erreur. La révélation d’une telle malhonnêteté, pardon, d’une telle incompétence, pousserait toute personne de bonne foi à un peu de prudence quand elle aborde le sujet. Au contraire, Caroline Fourest assène avec autorité les mêmes mensonges depuis des années, et franchit un nouveau seuil dans l’invective, faisant écho à l’interview de Gilles Kepel dans Charlie Hebdo, parue deux jours avant.

Elle révèle qu’elle savait dès 2003, avec Charb, que le terme « islamophobie » allait tuer. « Nous ne sav(i)ons pas quand. Ni qui. » Elle précise que c’est un « mot glissant qui assimile toute critique de la religion ou du fanatisme à de la xénophobie » . Ne pouvant plus mentir sur l’étymologie, Fourest ment sur la définition. Comme le rappelle le CCIF face aux mensonges de Gilles Kepel, la définition de l’islamophobie « l’ensemble des actes de discrimination ou de violence qui visent des institutions ou des individus en raison de leur appartenance, réelle ou supposée, à la religion musulmane » exclut la critique des religions et des idéologies.

Fourest ne nie pas l’existence d’un racisme anti-musulman, mais elle refuse que les premier-es concerné-es puissent le nommer et en désigner les critères. Elle enchaine : « Je me fiche des frères K, ces pantins décérébrés. J’en veux à ces lanceurs de pierres. À ceux qui leur désignent des cibles. A ceux qui donnent un sens à leurs crimes, en rejetant la faute sur Charlie, la France et sa laïcité. » Le CCIF est évidemment visé, accusé de gonfler les statistiques. Mais bizarrement, ni l’ONU, ni le Conseil de l’Europe, qui utilisent le terme d’islamophobie sans se rendre compte qu’ils sont les complices des attentats.

Elle annonce qu’un massacre contre des musulman-es aura bientôt lieu, mais qu’il n’est pas encore arrivé. Et ce massacre à venir, ce ne sont pas les racistes qui en seront responsables : « A force de crier au loup, le loup sortira de sa boîte, et plus seulement des urnes. »

Résumons : les militant-es de l’antiracisme politique sont responsables des attentats ; ils et elles seront responsables des agressions contre les musulman-es. « Le racisme, ça commence par des mots », rappelait une campagne du gouvernement. Fourest précise : ça commence par les mots des antiracistes.

N°1030-1031 du 22 décembre 2016 au 5 janvier 2017

Page 4, dans un éditorial intitulé « Barbaries sans frontières », Renaud Dély commente l’attentat commis sur le marché de Noël de Berlin. Il en fait un prétexte à une nouvelle vindicte contre les  « islamo-gauchistes », et une célébration de la République française. Dély part des différences entre la France et l’Allemagne : pas de modèle laïque, « une généreuse politique d’accueil des réfugiés » mise en place par Angela Merkel. De plus «  nos voisins d’Outre-Rhin n’ont pas hérité d’un lourd passé colonial [et] ne supportent pas davantage le fardeau de l’échec d’une politique d’intégration des populations d’origine immigrée. » Et pourtant, l’Allemagne a été à nouveau « rattrapée par le cancer djihadiste ». Nous sommes tous menacé-es ; « Chrétiens dOrient ou athées d’Occident, fêtards du 14 juillet ou badauds des marchés de Noël, juifs ou musulmans, la barbarie islamiste ne fait pas de quartier, pas de détail. » On rappellera que, dans le monde, ce sont avant tout les musulman-es – qui arrivent en dernier dans la liste de Dély – qui sont les premières victimes, et de loin, de la « barbarie islamiste ». En tout cas dès lors que les décomptes vont un peu plus loin que Tunis ou Istanbul, ce qui implique une vision de l’humanité moins centrée sur l’Europe et les États-Unis.

 « Ah, enchaine Dély, si seulement tous les sociologues autoproclamés, apprentis islamologues et autre pseudo - « experts » tant courtisés par la bulle médiatique voulaient bien ouvrir les yeux. » Heureusement que les outsiders de Valeurs Actuelles, Marianne, Le Point, L’Express, Le Figaro Magazine, LCI, BFM, I Télé, etc., si faibles dans leurs essais de percer la bulle médiatique, essaient d’inviter les trop peu vu-es expert-es que sont les Fourest, Encel, Sifaoui, Kepel, Bouvet, etc. qui ont tellement de mal à imposer les idées de Dély dans l’espace public.

Il faut mesurer « les dégâts commis par la propagande perverse des islamo-gauchistes qui polluent nos esprits, et nos réseaux sociaux ». Pour Dély, la France ne doit pas se remettre en cause, « notre pays n’a pas à rechercher en lui-même les raisons qui expliquent le déchainement de la violence intégriste », il faut être fier de la laïcité. Dès lors, la plus grande fermeté s’impose : « Transiger avec les barbus qui refusent la présence des femmes dans les cafés de certaines banlieues, c’est ouvrir une brèche dans laquelle s’engouffreront demain ceux qui veulent aller plus loin. Et c’est salir la mémoire de ces fillettes de 8 ans que Boko Haram envoie à la mort sur les marchés du nord de Nigeria en les lestant de ceintures d’explosifs. » Tandis qu’exploiter leur sort pour stigmatiser la banlieue ne pose pas de problèmes à Renaud Dély.

Page 6, dans un autre éditorial consacré à la « Défaite de la démocratie », Jacques Juillard fait le tour des régimes anti-démocratiques dans le monde, cherchant la cause d’une évolution dictatoriale de nombreux Etats de la planète. « Il faut bien aller aux causes profondes, qui relèvent de la psychologie collective et de l’évolution des mentalités. Même si l’Occident est loin d’être toujours synonyme de démocratie, il faut bien constater qu’historiquement les progrès de ce dernier sont allés de pair avec ceux de la seconde. Or, aujourd’hui les Occidentaux n’ont plus du tout envie de payer le prix de leur domination. » Les peuples des démocraties préfèreraient leur bien-être à leur puissance dans le monde, ce qu’aurait montré l’élection d’Obama après huit années de Bush Jr. « Les nouveaux impérialistes se sont engouffrés dans la brèche ; ils ne tarderont pas à faire regretter les anciens ». La leçon de « psychologie collective » ne s’arrête pas là : « La fonction de gendarme du monde n’est pas commode quand on est une démocratie. [...] Aux vertus que l’on demande aux lmpérialistes, combien d’islamo-gauchistes mériteraient de prendre leur place ? » 

Page 8, car il faut bien tenir un rythme trépidant, Marianne publie une interview de Jean-Pierre Chevènement, intitulée « Comment intégrer enfin l’islam dans la République ? », elle s’étale sur cinq pages et est introduite par Hervé Nathan qui estime que le manque d’intégration est la faute des musulman-e-s et de l’étranger. La première question assume une continuité entre la Fondation pour l’islam de France et la politique de Bonaparte à l’égard du culte juif. L’ancien ministre rappelle cependant que la fondation est laïque et a une vocation culturelle : elle doit « se tourner vers cette fraction de la jeunesse, hors sol, qui ne sait plus très bien à quel pays elle appartient, une jeunesse déracinée, pour parler comme Barrès ». Les sauvageons ? « Nous voulons aider au surgissement de modèles d’identification qui ne soient pas mortifères, mais qui ouvrent sur des chemins d’élévation sociale, morale, spirituelle. » » La fondation va financer des documentaires évoquant la contribution des musulmans à la construction de la France, et qui montreront, « dans un esprit laïque bien entendu », que le message de l’islam se rapproche des grandes valeurs de la République. On apprend aussi que les femmes « seront presque aussi nombreuses que les hommes » dans le comité d’orientation de la fondation et que « l’égalité hommes-femmes est une conquête à laquelle toutes les religions ont dû se plier ». La fondation prendra en charge la formation profane des imams, mais reste aux musulman-es à fonder une association cultuelle centralisée pour recueillir les sources de financement.

N’ayant sans doute pas lu l’éditorial de Renaud Dély, l’intervieweur, dangereux islamo-gauchiste, demande : « Est-ce qu’on peut utilement appeler au respect des règles républicaines, qui sont un impératif, quand par ailleurs ces mêmes populations sont en grande partie confrontées à des discriminations ? » Chevènement esquive le sujet pour assurer la promotion de son dernier livre, nous assure que « les droits-de-l’hommistes européistes et postnationaux ont ouvert un boulevard au Front national » , chante les louanges de Manuel Valls et d’Arnaud Montebourg, estime qu’il faut éviter « de passer du discours antidiscrimination au discours victimaire propre à légitimer tous les comportements déviants, y compris terroristes ». 
« Il est souhaitable, affirme-t-il, que comme toutes les vagues de l’immigration qui se sont succédé dans notre pays depuis un siècle et demi, les plus récentes fassent un effort pour se rapprocher du modèle historique dominant. » 

Page 40, une photo d’un fast-food halal à Clichy-sous-Bois, avec employée et clientes portant le voile, illustre un texte de Martine Gozlan consacré aux combats pour les droits des femmes, alors que son article s’en prend aux femmes portant le voile. Les quatre pages de son article ne contiennent que deux photos, celle-ci et celle d’une manifestante contre la loi travail.

Page 52, la même Martine Gozlan s’en prend avec violence à « ce néoféminisme qui abandonne les femmes et se voile la face ». Une fois de plus, la parole de femmes qui défendent le droit de s’habiller comme elles l’entendent est invalidée à coup de rhétorique rabâchée par Marianne : « idiots utiles »« islamo-gauchisme », etc. L’article se termine par la mention d’Horria Saïhi ou Sérénade Chafik dont Gozlan nous dit qu’elles sont là pour « appuyer » Laurence Rossignol, « soutenir Elisabeth Badinter, Caroline Fourest ou Annie Sugier ». Et non pour parler en leur nom propre. L’ordre colonial ne sera pas menacé par ce féminisme-là.

Page 130, Caroline Fourest revient sur la décision du Conseil d’État d’autoriser sous certaines conditions les crèches dans les mairies. Elle affirme : « En France, les mêmes peuvent vouloir le burkini à la plage au nom de la laïcité et vouloir exhiber Jésus en mairie. » » Elle n’explicitera pas qui sont ces « mêmes » - mais qui s’en étonnera venant de la polémiste ? Et au fond, la question de la crèche est secondaire, l’essentiel étant d’en revenir à l’islam : « Comment interdire le voile à l’école si on tolère Jésus en mairie ? » 

N°1029, du 16 au 22 décembre

Page 55, Éric Conan intitule son éditorial « Un islam français ? Simple, mais pas facile ». Il y défend une fois de plus une laïcité dévoyée, qui n’est en fait qu’une resucée du gallicanisme. Sous-entendant que l’islam serait une religion privilégiée par la France, il écrit : « plutôt que ramener la diversité des musulmans de France à une entité unique et de se mêler de créer un ’islam républicain’, la République laïque ferait mieux d’imposer ses principes comme elle l’a fait avec les autres religions. » Comme si les musulman-es en France ne respectaient pas les lois et devaient se les voir imposer. Les luttes pour le féminisme et pour les droits des personnes homosexuelles justifieraient qu’on cible précisément les musulman-es, qu’on renie la loi de 1905 de séparation des Églises et de l’État et que celui-ci se mêle de théologie en prônant l’abandon de certains versets – comme si un tel travail avait été entrepris avec les passages sexistes et homophobes de la Bible. Et l’article de se conclure par une citation du maire de Rotterdam, très « la France, tu l’aimes ou tu la quittes » de Nicolas Sarkozy :  « Si, au nom de la religion, vous n’acceptez pas la liberté, alors quittez l’Europe ! ». On passe ainsi très vite d’une défense des valeurs françaises à la défense d’une identité européenne, qui serait incompatible avec l’islam.

Page 64, dans la rubrique « Ils nous aident à penser », Martine Gozlan signe un article intitulé « La France par ceux qui l’aiment » consacré au livre d’un géopolitologue et d’un géographe, Frédéric Encel, actif soutien de l’est d’Israël et Yves Lacoste, qui a oublié depuis longtemps qu’il fut tiers-mondiste. Les chercheurs, « que séparent deux générations mais qu’unit la même angoisse de voir leur patrie minée par les incertitudes et les compromissions » viennent de publier un livre, Géopolitique de la nation France. Selon Yves Lacoste, présenté comme « expert de la pensée maghrébine », « l’amoindrissement de l’idée d’être français a le soutien de ceux qui participent aux progrès de la mode identitaire. ». La recension se fait lyrique : « pour tisser à nouveau un manteau commun, chaleureux et protecteur, la ’nation France’ doit puiser aux sources oubliées. Une gauche sectaire a adopté ’les musulmans’ comme mythe de substitution à la classe ouvrière, mais il faut opposer à cette escroquerie le discours d’une nouvelle méthode : répudier l’islamisme français pour souligner le lien franco-arabe, proposent en substance les auteurs. » Parmi les propositions, il faudrait enseigner le lien historique entre la France de Napoléon III et l’historien Ibn Kahldoun car « il y aurait là, notamment pour nos jeunes compatriotes d’origine maghrébine, une source de fierté  », selon l’un des auteurs ; « ce qui permettrait d’enrichir le récit national, en prenant le contre-pied de la victimisation et de la tyrannie de la pénitence . »

Le mardi 13 décembre, en ligne

Marianne publie des précisions sur l’interview de Laurent Bouvet (voir ci-dessous, N°1028). Le journal revient notamment sur l’assertion suivante, non étayée de la moindre étude et/ou du moindre fait : « Les gauches, qu’il s’agisse de la social-démocratie ou de la gauche radicale, ont progressivement donné la priorité aux catégories populaires venant de l’extérieur du pays ».

On s’attendrait donc à ce que l’hebdomadaire renvoie aux études ou aux faits prouvant que ces gauches ont donné la priorité aux catégories populaires venant de l’extérieur du pays.

Il n’en est rien. Selon l’article en ligne, si les précisions sont nécessaires c’est parce que « le caractère concis et sans doute elliptique de ces quelques lignes a pu conduire certains lecteurs non familiers des réflexions et des travaux de leur auteur à des interprétations aussi rapides que fausses sur le fond du propos. » Ce n’est donc pas l’absence de preuves ou d’arguments à une thèse hasardeuse qui pose problème, mais bien la fulgurance de la pensée de Bouvet et l’incompétence de trop nombreux-ses lecteur-rices.

On apprendra donc que la gauche libérale a favorisé les catégories populaires étrangères « soit en favorisant dans la division internationale du travail les travailleurs pauvres des pays émergents au détriment des travailleurs en France (délocalisations, stagnation du pouvoir d’achat, prévarication des emplois...) ; soit en favorisant la pression sur la “modération” salariale en instaurant davantage de concurrence entre travailleurs non qualifiés récemment arrivés en France et travailleurs déjà présents. » (Le gras est de Marianne). Et nous, on n’aura toujours aucune étude, aucune preuve de ce qui est avancé. Peut-être aux prochaines précisions sur les précisions ?

N°1028, du 9 au 15 décembre

Page 6, dans une tribune intitulée « Il suffit d’écouter les femmes » et consacrée aux récentes attaques contre le droit à l’IVG, Renaud Dély écrit : « De niquab en burkini, la femme est la victime toute désignée du fondamentalisme islamique ». Le féminisme devrait inciter à se battre pour que chacune puisse s’habiller comme elle l’entend. Dély refuse d’entendre le point de vue de femmes qui veulent porter les tenues qu’elles souhaitent, sous prétexte qu’elles sont musulmanes.

Page 17, Laurent Bouvet, politologue et fondateur du Printemps républicain, est interrogé sur les causes des crises politiques et idéologiques qui divisent la gauche. La deuxième cause est selon lui « l’insécurité culturelle » car « Les gauches, qu’il s’agisse de la social-démocratie ou de la gauche radicale, ont progressivement donné la priorité aux catégories populaires venant de l’extérieur du pays. » Il n’apporte aucune preuve de ce qu’il dit : il ne le peut pas.

Page 90, Caroline Fourest vole au secours de Manuel Valls. Beaucoup se sont moqués du récent désir du candidat de « réconcilier la gauche » alors que que le premier ministre avait parlé en février de « gauches irréconciliables ». Or, rappelle Fourest en citant le discours de l’époque, Valls ne s’en prenait pas alors aux frondeurs ou à Nuit Debout, mais à «  ’ceux qui font des meetings avec Tariq Ramadan’ ». La polémiste précise qu’il s’agissait du Courant Ensemble de Clémentine Autain, « qui, après avoir minimisé les agressions sexuelles à Cologne, venait de relayer l’annonce d’un meeting à Saint-Denis par les partisans du ’ni Paris ni Charlie’ contre l’état d’urgence.[...] Cette clarification est loin d’être indigne. Elle est même à l’honneur de celui qui refuse les compromissions. »
Fourest enchaîne : « Manuel Valls ne fâche pas seulement parce qu’il défend la laïcité. » Elle oublie que le premier ministre avait, au printemps 2014, annoncé depuis le Vatican qu’il n’honorerait pas la promesse socialiste d’ouvrir la PMA aux couples de femmes (mesure qu’elle mentionne un peu plus loin dans l’article), montrant ainsi qui l’influençait sur ce sujet ; elle oublie qu’il avait fait retirer les ABCD de l’égalité des écoles, sous pressions religieuses.
Mais la polémiste ne s’arrête pas là. «  Il clive pour avoir envisagé la déchéance de nationalité pour les djihadistes, au nom de l’unité nationale, et pour être passé en force sur la loi Travail. ». Et là, il faut lever le malentendu : on peut s’être opposé à cette politique sans être rangé du côté de la gauche irréconciliable. Et de prévenir les antiracistes : «  Si cette primaire vire au jeu de massacre, au référendum anti-Valls, au point d’assimiler toute défense de la sécurité à du fascisme ou toute défense de la laïcité à du racisme, alors le pire est certain. La gauche ne sera pas au second tour. » Fourest nous demande de fermer les yeux sur la politique liberticide, raciste et antilaïque de Valls pour combattre la politique liberticide, raciste et antilaïque de Fillon ou Le Pen.

Numéro 1026, du 25 novembre au 1er décembre 2016

Page 36, Daniel Bernard revient sur la plainte en diffamation qu’ont déposée à l’encontre de Jeanette Bougrab et Pascal Bruckner le Parti des Indigènes de la République et les Indivisibles. Ces organisations reprochent aux polémistes de les avoir rendues responsables des attentats de janvier 2015. Pour Marianne, il s’agit d’un « procès politique » : « les communautaristes veulent censurer leurs adversaires ». Ainsi, la liberté d’expression dédouanerait des polémistes de tout travail de justification ; la liberté d’expression autoriserait les personnes – seules celles en accord avec la ligne politique de l’hebdomadaire – à instrumentaliser les morts et les victimes d’attentats pour marquer des points rhétoriques contre des organisations de l’antiracisme politique, sans faire le moindre travail d’argumentation.

Numéro 1025, du 18 au 30 novembre

Dans un éditorial consacré au Conseil d’État et à l’installation de crèches en mairie, Éric Conan refait l’histoire de la laïcité. Il écrit que cette juridiction « n’a de cesse, depuis trente ans, de vider la laïcité de son sens au profit du multiculturalisme » (page 49). Il en veut pour preuve ces décisions dans les années 90 concernant l’exclusion d’élèves portant le voile : « Il a autorisé le voile à l’école, dans un avis au gouvernement en 1989, mais surtout en assumant de transformer les principes de la laïcité pour en faire le cadre de l’expression religieuse dans un arrêt de 1992 désavouant Ali Boumahdi, principal du collège Jean-Jaurès de Montfermeil, qui avait exclu trois jeunes filles voilées intimidant leurs camarades. » Il reprend ainsi la falsification historique qui consiste à faire croire que la loi de 2004 portant interdiction des signes religieux à l’école et visant particulièrement les jeunes musulmanes seraient dans la continuité des grandes lois laïques de la fin du XIXème siècle et du début du XXème.
Or, les décisions du Conseil d’État s’appuient sur ces grandes lois laïques et sur les principes constitutionnels, notamment celui de la liberté de conscience et d’expression. Si le Conseil d’État a annulé l’exclusion en 1992 (voir la décision à ce lien), c’est bien au nom des lois existantes, pas en allant à leur encontre [1]. D’ailleurs, si les principes laïques, et notamment la loi de 1905, avait permis l’exclusion d’élèves au nom de la laïcité, pourquoi s’embêter à rédiger une loi ad hoc en 2004 ?
Fondée sur la falsification judiciaire et historique, la tribune a au moins le mérite de ne pas cacher son orientation islamophobe et sa laïcité à double vitesse puisque Conan écrit des militants catholiques qui se réjouissent de la décision d’autoriser les crèches ’culturelles’ dans les mairies : « ils ne voient pas que la laïcité traditionnelle, arrangement public au sein d’une société de culture chrétienne protégeait plus le catholicisme que cette laïcité d’accommodement à un islam sûr de lui et dominateur. »

Numéro 1024

Dans la rubrique « Notre opinion » (page 4), Renaud Dély évoque un « premier communautarisme », antérieur à « l’émergence du péril fondamentaliste islamiste », le communautarisme «  d’élites égoïstes et nombrilistes », le « narcissime d’une caste avide de profits ». Pourtant, Marianne nous avait habitué-es à désigner cette tendance du nom d’ « universalisme républicain ». Qu’on se rassure, Marianne ne change pas pour autant de ligne éditoriale, puisque l’article se termine par la mention de « légitimes angoisses identitaires » attisées par la vagues migratoires.

Dans sa tribune (page 6), Jacques Julliard commence par s’inquiéter des invectives qui plomberaient les débats sur les causes de la radicalisation et des attentats. Mais c’est pour mieux rentrer dans les invectives. Défendant Gilles Kepel, qui serait pertinent car il suit les intuitions de Michel Houellebecq dans Soumissions, Julliard indique ainsi que : « La grande perversité des dames patronnesses de l’islamo-gauchisme [il serait dommage de ne pas être islamophobe ET sexiste en même temps], c’est d’empêcher la naissance d’un islam compatible avec notre modèle républicain, en prétextant que le problème n’existe pas. » L’islam serait donc en soi incompatible avec la République, il serait un problème et tous ceux qui affirment le contraire, preuves à l’appui, sont des « dames patronnesses ». Julliard nous avait prévenu : il regrette une « véritable hystérisation [les femmes posent vraiment problème à Julliard.] et (...) un risque permanent de stigmatisation morale » quand on débat de l’islam. Et Marianne en est un des premiers responsables.

Page 12, le fondateur du Printemps Républicain Laurent Bouvet commente la victoire de Trump en y voyant le signe que «  les clivages économiques et sociaux ne suffisent pas à expliquer le comportement électoral des classes populaires ». « L’enjeu, c’est clairement l’identité, enchaine-t-il. Toutes ces angoisses remettent en question l’identité de chacun. Tout élément touchant à la politique, à l’actualité ou à la vie quotidienne alimente cet engrenage. » Bouvet rajoute : « Peu importe que ces représentations soient réelles ». La précision est bienvenue. En France, qui contribue à alimenter des représentations identitaires anxiogènes, en relayant des propos ineptes tenus dans le colloque qu’il organise (« Dans le nord de Paris, il y a une ligne de bus où il est difficile de rentrer si on est pas barbu », par exemple) ? Laurent Bouvet.

Page 27, dans le dossier consacré à l’anniversaire des attentats de novembre 2015, Martine Gozlan reprend à son compte la rhétorique des droites extrêmes et de Manuel Valls sur la culture de l’excuse, qui, selon elle, encombrerait les plateaux télés – elle ne justifie évidemment pas cette affirmation hasardeuse. Sans honte, elle exploite la douleur des familles et des proches pour marquer des points contre les penseur-ses et les militant-es avec qui elle est en désaccord. Il y a les gentils, il y a les méchants (les musulman-es / islamistes / salafistes) : c’est ce qu’elle appelle la « pensée claire », euphémisme pour qualifier un discours simpliste.

Page 30, dans le même dossier, une recension du dernier livre de Zineb El Razhoui, est une occasion pour Martine Gozlan d’aligner des mensonges sur l’islamophobie. Elle cite un long passage qui amalgame l’islamophobie à la critique d’une religion. Or la définition de l’islamophobie qu’utilise le CCIF (« l’ensemble des actes de discrimination ou de violence qui visent des institutions ou des individus en raison de leur appartenance, réelle ou supposée, à la religion musulmane ») exclut la critique de la religion. Gozlan réactualise par ailleurs la théorie d’un lobby influençant les médias : « C’est ainsi que sévit, respecté de tous, l’invraisemblable Comité contre l’islamophobie en France (CCIF), qui impose ses avis à la pensée médiatique dominante. ». Complotisme, refus du réel : il faut vraiment aimer le mensonge et être sans honte pour affirmer que le CCIF serait respecté de tous-tes et imposerait ses avis aux médias.

Numéro 1015, page 11

Dans la rubrique « Ce que Marianne en pense », Jack Dion prend la défense de Charlie Hebdo, une nouvelle fois critiquée, et poursuivie en justice, pour un dessin titré « Séisme à l’italienne » jugé insultant pour les victimes. Pour l’auteur, à Charlie Hebdo, la ligne du « graphiquement correct n’existerait pas », le mauvais goût serait la marque de fabrique de l’hebdomadaire satirique. Et Jack Dion d’enchainer : « Chaque semaine, la cohorte des islamistes avérés et leurs idiots utiles guettent à la loupe le dessin validant une dérive ’islamophobe’ désormais considérée comme la preuve d’un racisme avéré, à croire que l’islam est devenu un totem. »
Marianne passe ainsi d’une polémique autour d’une caricature sur une catastrophe naturelle à l’islam sans expliquer cette transition. Et assimile les personnes qui critiquent la ligne éditoriale du magazine aux terroristes responsables du carnage ou aux auteurs de menaces de mort reçues par l’équipe de l’hebdomadaire satirique. Pour Jack Dion, critiquer une caricature de Charlie Hebdo, ce n’est pas exercer sa liberté d’expression, celle qu’il défend uniquement pour les caricaturistes et les personnes en accord avec lui ; c’est être complice du terrorisme musulman. Et il exonère le magazine de tout racisme : pour Marianne, se réjouir de la mort d’un enfant, qui s’est noyé en fuyant la Syrie, sous le prétexte qu’adulte, il serait forcément devenu violeur, car musulman, ce n’est pas raciste.

Numéro 1015, page 11

A la même page, au prétexte d’une tribune de Fharad Khoroskhavar dans le Monde, une brève de Martine Gozlan s’en prend, a à la sociologie. Elle est accusée de mal défendre la laïcité telle que Marianne la conçoit. Là encore, la conception de la liberté d’expression de l’hebdomadaire se trouve prise en défaut, puisque la journaliste regrette qu’on donne la parole à « ceux qui dénoncent les dérives d’un laïcisme frénétique », pour reprendre une expression du New York Times que la journaliste cite. Selon elle, les critiques des mésusages de la laïcité seraient des « ennemis de notre exception française, seul horizon des destins libres dans un pays heureux ». Il faudrait donc les censurer ? Gozlan estime que ces « ennemis de notre exception française » monopolisent la parole depuis trente ans, sans justifier cette assertion que les unes des médias, les discours des politiques et les obsessions des polémistes publiques contredisent. Elle conclut enfin contre Khoroskhavar, qui dénoncent les « féministes éradicatrices » : « Seraient-elles plus dangereuses que les Belphégor qui se ruent sur les policiers avec un coutelas ? ».

Numéro 1015, pages 22-23

Marianne interviewe Brice Couturier. Pour le journaliste de France Culture, un petit groupe minoritaire et occulte de journalistes et de commentateurs exerce un pouvoir de censure et de diversion sur l’ensemble des médias. D’autres appelleraient cela « lobby judéo-maçonnique », ou «  Illuminati », Brice Couturier parle de « parti des médias ». Cette force occulte sèmerait la terreur idéologique dans les rédactions, allumerait des contre-feux pour éviter de parler des vrais sujets : « la vraie menace, ce n’est pas le ’péril fasciste’, c’est la guerre que nous a déclarée le djihadisme international. Elle ne fait que commencer. Et ça, le parti des médias ne veut pas qu’on en parle ». n’hésite pas à asséner l’intéressé. Au passage, Brice Couturier se plaint qu’on puisse exiger d’un journaliste comme lui qu’il vérifie les informations qu’il diffuse.

Numéro 1014, page 13

Intitulée « Vue sur le point Godwin », une brève dénonce le dernier livre des économistes Pierre Cahuc et André Zylberberg. Ceux-ci « ont franchi un point de non-recours dans l’escalade vers le point Godwin, qui consiste à assimiler tout et n’importe quoi au nazisme ». D’après Marianne, ces auteurs ultra-libéraux compareraient toute théorie qui s’écarterait de leurs principes au programme d’Hitler. Dénoncer de tels usages de l’histoire est en effet urgent. La semaine précédente, Marianne publiait un éditorial de Jacques Julliard qui assimilait toute personne ne partageant pas sa conception de l’islam et de la laïcité à des vichystes collaborationnistes.

Numéro 1014, page 90

Caroline Fourest débute une chronique régulière, « Sans détour », en décrivant la France comme un pays en guerre. Elle reprend l’expression de François Fillon (« concours Lépine des solutions les plus stupides et les plus imbéciles censées lutter contre le terrorisme ») pour s’alarmer de propositions contraires aux droits humains (l’enfermement des « fiché-es S », la construction de murs contre les réfugiés, etc.) et de l’évolution de débats. Elle s’indigne par exemple qu’on puisse « traiter de lâche ou de munichois toute personne osant évoquer la Constitution, la démocratie ou vaguement la raison ». C’était pourtant ce qu’avait fait Jacques Juillard dans le même magazine, une semaine plus tôt, qui, à en croire Fourest, a donc bel et bien participé à un concours Lépine des solutions les plus stupides.
Une colonne plus loin, la polémiste s’en prend à la gauche. Celle-ci ne devrait pas s’occuper de la loi Travail, mais bien de la guerre. « Sans même parler de la gauche pour qui la France n’est pas en guerre, mais qui clame qu’elle l’a bien cherché quand même... En plus d’être indigne, cette gauche-là ne sert qu’à pousser les Français dans les bras de la droite folle et de l’extrême-droite. » Ainsi, donc, les personnes qui replaceraient les attentats dans leur contexte historique et géopolitique, qui rappelleraient que la France, avant de subir des attaques, en a porté, et que ce sont des musulman-es qui paient le plus cette guerre, ces personnes seraient indignes et complices du FN, plus que, par exemple, une majorité socialiste qui a passé quatre mois, au nom de la lutte contre le terrorisme, à faire voter une mesure prônée par le Front national. Et l’essayiste de conclure : « La guerre, c’est trop sérieux pour subir la politique mesquine que nous endurons si souvent en temps de paix. »

[1Concernant les allégations de menaces, la juridiction écrit : « les filles des requérants se sont vu refuser l’accès aux salles de classe et aux cours d’éducation physique, puis ont été définitivement exclues du collège au motif que le port d’un foulard couvrant leur chevelure constituait une violation desdites dispositions ; qu’ainsi, sans qu’il soit établi ni même allégué que les conditions dans lesquelles était porté en l’espèce un foulard qualifié de signe d’appartenance religieuse aient été de nature à conférer au port de ce foulard par les intéressées le caractère d’un acte de pression, de provocation, de prosélytisme ou de propagande, à porter atteinte à la dignité, à la liberté, à la santé ou à la sécurité des élèves, ou à perturber l’ordre dans l’établissement ou le déroulement des activités d’enseignement, ». On le réécrit : « sans qu’il soit établi ni même allégué ». Eric Conan a-t-il des sources contradictoires prouvant que des menaces auraient été évoquées à l’audience ? Ou invente-t-il ?

Contre-attaqueR

« Mort cérébrale » après une interpellation à Gare du Nord : que s’est-il passé ?

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