Un accueil presque parfait (suite)

On ne peut s’abriter sous une carte de séjour...

Roxane /

Roxane

Professeure et travailleuse social

Nicolas Vigier - Demandeurs d’asile

http://www.fnars.org/publics/refugi...24 000 réfugiés...de plus. Alors que la France a instruit en 2014 près de 60 000 demandes d’asile, elle continue à faire la belle sur la scène politique et médiatique européenne et à faire croire qu’on peut s’abriter sous un titre de séjour provisoire ou en grignoter les coins lorsqu’on a faim.

Le dépôt de la demande d’asile, c’est là que tout commence et tout finit. Tout commence, parce que c’est le moment de déposer un dossier, de raconter mille fois son histoire, de devoir donner des preuves, de répondre aux questions, de prendre un rendez-vous pour finir le dossier dans deux semaines, puis dans trois et d’essayer de se repérer dans les méandres administratifs que le bon Français a le luxe de pouvoir ignorer. Parce qu’une fois en possession du précieux sésame indiquant que l’on est, statutairement, officiellement, demandeur d’asile et que donc on est autorisé, toléré sur le territoire, provisoirement mais quand même, il reste la question du logement de ce soir, du diner, de cette plaie mal soignée au pied, du petit-déjeuner, des tampons, des vêtements, et plus généralement de demain et d’après-demain. Pour chaque demande d’asile déposée en 2014, moins d’une sur quatre donnait lieu à une orientation en Centre d’accueil de demandeurs d’asile (CADA) [1]. Concrètement, ça signifie que la France, renommée pour sa supposée invention des droits de l’homme, n’accueille pas : elle autorise le séjour. Elle tolère en attendant de rendre sa décision. Elle accepte de ne pas arrêter et expulser, pour l’instant. Elle se félicite de délivrer des titres de séjour, vante sa bonté et ses libéralités, sans évoquer les conditions matérielles d’accueil.

Le CADA, lieu d’accueil provisoire... pour certains seulement

Accueillir, c’est loger, protéger, donner de quoi manger, former, offrir des conditions d’existence décentes, donner une place, proposer le libre choix d’un futur à construire. Pas laisser des personnes ayant parcouru des milliers de kilomètres faire le 115 tous les soirs pendant des heures et vendre des roses aux Parisiens méprisants après 22. En 2014, alors que 59 313 premières demandes d’asiles [2] étaient déposées et instruites, les personnes statutaires disposaient de 24 411 places, dispersées dans toute la France. Or, comme les personnes restent en moyenne 18 mois en CADA, il n’y a eu au final que 13 562 nouveaux demandeurs d’asile qui ont pu y être hébergés. Ca fait moins d’un demandeur sur quatre à qui l’on a proposé une place dans une structure spécialisée. Le reste à la rue ou dans les quelques « milliers »[http://www.ofii.fr/la_demande_d_as...l ] de lits d’hébergement d’urgence ou temporaire.

Sur les 22 % de demandeurs chanceux qui se voient proposer une place en CADA, dans l’attente de l’examen de leur dossier, 53 % verront leur demande refusée [3]. Plus d’une personne sur deux. Ce sont, parmi les déboutés du droit d’asile, ceux qu’il faut sortir des structures, ceux qui ont demandé, ceux qui ont obtenu une des rares places en CADA disponibles et qui se verront remettre à la rue – pas à la minute mais à terme – sans papiers, sans droits, sans toit, sans travail. Ils iront rejoindre les cohortes des victimes des marchands de sommeil, les autres déboutés au 115 ou tous ceux qui dorment dans les cuisines et les escaliers sales des foyers. Ils iront aussi grossir les rangs des cuisiniers des restaurants, des travailleurs non-déclarés, des aides à domicile, des corvéables à merci. Ils n’auront pas accès à l’aide sociale puisque résidents « irréguliers » mais aux seuls produits, maigrichons, de l’action humanitaire en France. Le sort de la personne qui devient réfugié statutaire n’est pas beaucoup plus enviable : l’ensemble des places disponibles en CPH [4] (les structures censées permettre, via un hébergement provisoire, aux réfugiés le miracle de l’intégration républicaine) s’élève à 1 083 en 2014 [5]. Pour 14 589 statuts de réfugié accordés la même année.

On peut toujours continuer de se flatter, de s’enorgueillir de l’augmentation du nombre de décisions favorables, de se féliciter des 1 000 nouvelles places en CADA créées [6], on peut continuer aussi de s’indigner sur le mur de barbelés hongrois de 175 kilomètres, de pleurer sur les violences contre les candidats à l’asile, là-bas, en Bulgarie, de compter les morts en Méditerranée, on peut continuer de faire la fête à coup de fanfares et de camions-merguez lorsqu’une préfecture accepte de procurer 100 places d’hébergement provisoires [7] dispersées en région parisienne. On est si loin du compte. Un titre de séjour, c’est grand comme une carte de crédit. Pas si simple de s’y abriter.

Contre-attaqueR

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