Gilles Clavreul et la Palestine

Qui fait l’apologie du terrorisme ?

Alain Gresh /

Alain Gresh

Journaliste, auteur de La République, l’islam et le monde, Fayard.

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AFP

« Dignité et fierté ! Bravo aux deux Palestiniens qui ont mené l’opération de résistance à Tel-Aviv #Free Palestine. » Le jour de l’attaque menée à Tel-Aviv et qui a fait quatre morts israéliens, une militante du Parti des indigènes de la République (PIR) a publié ce tweet qui a suscité une violente réaction de Gilles Clavreul.

Dans un entretien accordé au Figaro le 16 juin 2016, Gilles Clavreul, délégué interministériel à la lutte contre le terrorisme, affirme avoir « transmis à la justice ce tweet qui fait l’apologie du terrorisme. Une enquête a été ouverte ». Et il met en cause « cette rhétorique perverse qui sert notamment à ceux qui se prétendent défenseurs de la cause palestinienne : les seules victimes ce sont les Palestiniens qui subissent l’oppression israélienne. Face à cette oppression, il n’y a pas terrorisme mais acte de résistance, de sorte que “la responsabilité de ce décès incombe à l’Etat colonial israélien”, écrit l’auteure du tweet sur le site du PIR. On sait la force d’attraction de ce discours violemment antisioniste, qui donne un semblant d’habillage théorique à la haine antisémite. »

Gilles Clavreul a raison ! Mais va-t-il assez loin ? Nombre de personnes bien plus importantes que cette militante du PIR ont fait le lien entre la colonisation qui se poursuit et s’étend depuis des décennies et le terrorisme. Je peux lui signaler d’autres coupables, en premier lieu parmi les Israéliens. Ainsi, le quotidien israélien Haaretz du 10 juin a osé publier un éditorial, je dis bien un éditorial : « La seule solution au terrorisme palestinien, c’est la fin de l’occupation ».

Plus préoccupant encore, le maire de Tel-Aviv Ron Huldai a prétendu sans aucune pudeur, comme le signalait le quotidien américainWashington Post, que « l’étincelle de la violence terroriste se trouve dans la poursuite de l’occupation ». Le premier magistrat de la principale ville israélienne a le culot d’affirmer : « quand il n’y a pas de terrorisme, personne ne parle de l’occupation. Personne n’a le cran de faire un pas vers une solution définitive. Cela fait 49 ans que nous vivons l’occupation. »..

Pour Clavreul, tous ces Israéliens sont des antisémites convaincus, des « self-hating jews ». Ils osent prétendre que, quand on vit sous occupation, sans aucun espoir, sans aucune perspective, la violence suit forcément. « Si vous fâchent les signes, combien vous fâcheront les choses signifiées », écrivait joliment Rabelais.

Nelson Mandela, que Gilles Clavreul n’a sans doute jamais lu mais dont je suis convaincu qu’il le cite dans ses conférences sur le racisme comme un « modèle », affirmait dans ses Mémoires : « C’est toujours l’oppresseur, non l’opprimé, qui détermine la forme de la lutte. Si l’oppresseur utilise la violence, l’opprimé n’a pas d’autre choix que de répondre par la violence. » Arrêté en 1962 et condamné, Madiba rejeta, à partir de 1985, plusieurs offres de libération en échange de sa renonciation à la violence ; il ne s’y rallia que quand il eut enfin obtenu satisfaction sur un principe fondamental : un homme =une femme = une voix. Et il affirmait, on peut le rappeler : « Que nous ne seront jamais libres tant que les Palestiniens ne seront pas libres. »

Je ne peux, pour ma part, me réjouir d’aucune mort de civils. Et je pense que le tweet tel que formulé par la mitante du PIR reflète une absence d’empathie et aussi un schématisme politique affligeant. Mais je méprise ceux qui ne pleurent que les civils israéliens (ou plus généralement « blancs », occidentaux) et restent muets sur le sort des Palestiniens. Je méprise tous ces responsables, dont le gouvernement français, qui ont soutenu l’attaque de l’armée israélienne contre Gaza à l’été 2014 : si le Hamas et ses alliés doivent être considérés comme des « terroristes » pour avoir tué quelques civils, comment faut-il qualifier l’Etat d’Israël, qui en a massacré, selon les estimations les plus basses — celles de l’armée israélienne elle-même —, entre huit cents et mille, dont plusieurs centaines d’enfants ?

Comment ne pas être outragé de la mansuétude de MM. Hollande, Valls et compagnie à l’égard d’un gouvernement israélien qui tue régulièrement des civils palestiniens et qui vient d’accueillir en son sein, au ministère de la défense (il faudrait plutôt dire de la guerre) israélien d’un raciste d’extrême droite Avigdor Liberman, un homme qu’ils qualifieraient de « fasciste » s’il accédait aux affaires dans n’importe quel pays européen ? On n’a vu aucune réaction face au fait qu’un soldat franco-israélien ait assassiné de sang froid un Palestinien désarmé et le gouvernement est étrangement silencieux à l’égard de tous ces franco-israéliens qui font leur service militaire dans les territoires occupés, au mépris de la loi internationale, et participent à des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Il fut un temps, pas si lointain, où les socialistes « pacifiaient » l’Algérie à coup de ratonnades et de gégène, d’interdiction de manifestations et d’arrestations arbitraires. Il s’agissait déjà de combattre « le terrorisme ». On ne s’étonnera pas que Clavreul, qui soutient l’interdiction du mouvement pacifique BDS (Boycott désinvestissement sanctions) et de manifestations de soutien aux Palestiniens, veuille désormais interdire le PIR, au nom de la démocratie bien sûr.

Contre-attaqueR

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