Livres

L’après-Charlie. Le dialogue, pas la répression

René Monzat /

René Monzat

Journaliste et auteur, spécialiste de l’extrême-droite.

Je suis ou je ne suis pas Charlie ? Telle n’est pas la question. Huit mois après les attentats du 7 janvier, l’éducation nationale accepte enfin d’entendre les questions de ses élèves et ouvre le débat. Sortie de l’ouvrage à trois voix de questions-réponses entre des lycéens et trois acteurs de la laïcité et du vivre-ensemble. Il était temps...

Ce petit livre est signé par trois auteurs : Jean-Louis Bianco, président de l’Observatoire de la laïcité, Lylia Bouzar, présidente du Centre de prévention des dérives sectaires liées à l’islam (CPDSI) et Samuel Grzybowski, président-fondateur de l’association interconfessionnelle « Coexister ». Coédité par le réseau Canopé de documentation pédagogique lié au Ministère de l’éducation nationale, il sera envoyé à tous les lycées de France (dans la salle de documentation des lycées).

Les juifs, les musulmans, le voile...

Il est donc indispensable de parcourir ses cinq parties, qui regroupent au total 20 questions structurées, avec, à chaque fois trois réponses ou réactions de jeunes scolarisés, et trois réponses des auteurs.
Jean Louis Bianco qui dirige l’Observatoire de la laïcité, est clair sur le droit et dans sa conception simple et limpide de la laïcité (séparation des églises et de l’Etat, liberté religieuse). Samuel Grzybowski parfois plus acéré se montre plus critique sur la politique de l’Etat. Enfin les propos de Lydia Bouzar sont parfois mollassons et consensuels et toujours sans distance avec ce que font les « autorités ».

Première question, la plus sensible : « Est-on obligé de dire "Je suis Charlie" ? » : Lylia Bouzar se tâte : « Il faut déjà définir ce dont il s’agit » et « je peux critiquer Charlie et me sentir Charlie ». Bianco : « Bien sûr, on peut ne pas être Charlie ! Cela fait partie de la liberté d’opinion. » Grzybowski explique pourquoi il ne le dit pas, et pourquoi il est « bien content » de ne pas l’avoir dit.
Chaque question s’ouvre sur des réponses ou remarques de lycéennes ou lycéens, données telles quelles, et reproduites sans souci de leur reconstruire une cohérence :
« Je pense qu’à force de parler de la Shoah tous les ans à l’école, on est un peu habitué à voir que des juifs se font tuer. C’est triste mais c’est vrai. On ne se rend même plus compte que c’est aussi grave que les autres. » Explique Nicolas. Cela permet de percevoir la distance abyssale entre les propos tenus, parfois étranges et décalés, comme aurait pu les exprimer Coluche qui savait dire des choses pas du tout drôles, et une partie du corps enseignant tétanisé par la crainte d’un discours pro terroriste ou antisémite.

Autre questions : « À quoi cela sert-il de se réclamer des valeurs de la République si on ne se mobilise pas vraiment contre les discriminations que subissent les jeunes des quartiers populaires ? » ou « pourquoi sanctifier Charlie et interdire Dieudonné ? » etc...
Sur deux sujets en particulier l’ouvrage est utile :
« Pourquoi interdit-on aux mamans musulmanes qui portent un foulard d’accompagner les sorties scolaires ? » Lylia Bouzar précise : « refuser la proposition des mères au nom de cette ancienne circulaire serait par conséquent illégal ». Pour Bianco, « les mères qui portent le foulard, comme tout autre parent qui porterait un autre signe religieux, peuvent donc accompagner les sorties scolaires ». Quant à Grzybowski, il explique : « Le vrai problème, c’est qu’en allant trop loin dans les mesures de neutralité liée au service public, on risque de toucher au point fondamental des libertés individuelles. Le cas des mamans voilées en est l’illustration. »

Deuxième questionnement, « Pourquoi certains responsables politiques veulent ils interdire le port du foulard a l’université ? » Lylia Bouzar affirme le droit de porter un foulard à l’université. Jean-Louis Bianco insiste : « Ce serait dévoyer la laïcité [de tenter de l’interdire] ». Samuel Grzybowski : « Je trouverais cela scandaleux et inconscient. Les droits de l’homme rendent impossible une telle idée ».

Si les réponses sont parfois inégalement convaincantes, l’essentiel est ailleurs : si plus d’enseignants avaient partagé l’exigence d’écoute portée par ce petit livre sans criminaliser la parole de leurs élèves, l’après-Charlie aurait été moins traumatisante pour les collégiens et lycéens présumes « musulmans », ainsi aussi que pour leurs profs.

Contre-attaqueR

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